vendredi 12 mars 2021

EZECHIEL 46

 

V 1 à 3 : la porte côté Est

Dans le chapitre 43 du livre, le guide d’Ezéchiel a révélé que c’est par la porte Est du parvis extérieur que la gloire de Dieu pénétrerait dans le nouveau temple, une fois construit : Ezéchiel 43,1.4. De ce fait, cette porte ne devait plus être franchie par quiconque. Jour et nuit, et pour toujours, elle devait rester fermée : Ezéchiel 44,1 et 2. Foulé par les pas du Dieu très saint, le pas de la porte entrée Est du temple ne pouvait plus l’être par d’autres pieds que les siens. L’interdit ordonné ici rappelle celui que Moïse reçut au jour de son appel au ministère lorsqu’en plein désert la voix de Dieu s’adressa à lui pour lui dire : « Ote tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte : Exode 3,5 ; Actes 7,33. » A cause de la nature tout autre de Dieu, il est des distances et des interdits qui sont nécessaires, pour leur salut, entre lui et ses créatures. La sainteté de Dieu est ce qui inspire aux anges et aux hommes pieux la crainte de son nom. Qu’elle puisse aussi habiter en nous !

Représentant du peuple auprès de Dieu, le prince d’Israël avait ordre de se présenter devant la porte Est du parvis intérieur du temple les jours de sabbat et pour la fête du début de mois. Il n’entrait pas dans le temple lui-même, mais se tenait là, près des montants de la porte, sur le parcours qu’avait emprunté la gloire de Dieu pour y pénétrer. En ces jours solennels, le prince ne venait pas les mains vides. Il apportait avec lui, au nom du peuple, un holocauste et des sacrifices de communion que les prêtres, mandatés par Dieu, offraient. Le protocole suivi était tout entier empreint des vérités de l’Evangile. Il stipulait que le peuple de Dieu n’avait aucune liberté de s’approcher de Dieu si ce n’est par les voies et les moyens ordonnés par lui. Le Seigneur est le premier qui entre dans le temple. Nul ne peut avoir communion avec lui sans la médiation du prêtre et du sang offert par son entremise. La sainteté de Dieu exclut toute légèreté et toute témérité à ce sujet. La grâce que Dieu octroie à son peuple n’a rien de spontané. Elle exige des nécessités auxquelles nul ne peut se dérober. Le protocole imposé ici témoigne de la médiation de Jésus, notre grand-prêtre et notre sacrifice. « Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure : Hébreux 10,19 à 22. »

V 4 à 7 : l’holocauste et l’offrande offerts par le prince

Il y avait pour les sacrifices et les offrandes apportées par le prince le jour du sabbat et au début de chaque mois une part prescrite par Dieu et une autre laissée à la volonté du prince. La part prescrite touchait aux nombres d’animaux sacrifiés en ces jours (6 agneaux et un bélier pour le sabbat, plus un taureau au début de chaque mois). Les offrandes végétales et l’huile qui accompagnaient les sacrifices étaient en partie imposées et en partie volontaires. La part imposée par Dieu dans le sacrifice témoignait d’une nécessité incontournable. Le peuple de Dieu, représenté dans la personne de son prince, ne pouvait entrer en communion avec lui qu’au travers du sang versé, de l’offrande végétale et de l’huile. Les trois éléments, déjà présents dans le culte lévitique, nous parlent du sacrifice parfait de notre Seigneur. Le sang évoque l’expiation des péchés, l’offrande végétale de fleur de farine sa vie parfaite, et l’huile l’onction dont il était revêtu. Faisant référence à ces dispositions, l’auteur de l’épître aux hébreux nous rappelle que « si le sang des taureaux et des boucs, et la cendre d’une vache, répandue sur ceux qui sont souillés, sanctifient et procurent la pureté de la chair, combien plus le sang de Christ, qui, par un esprit éternel, s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant ! : Hébreux 9,13-14. »

Le chemin de la communion avec Dieu ouvert grâce aux sacrifices et aux offrandes imposés, place est faite pour des offrandes volontaires à Dieu de la part de ceux qui ont été purifiés. Bien que volontaires, les offrandes apportées librement par le prince ne pouvaient pas être de n’importe quelle espèce. Elles étaient de même nature que celles qui étaient imposées, des offrandes végétales de fleur de farine. La disposition qui les réglementait avait comme objet de donner au prince l’occasion d’exprimer au nom du peuple sa reconnaissance pour la purification dont il avait été l’objet. Provenant de cœurs purifiés, elles étaient revêtues, elles aussi, de la sainteté qui caractérisait les offrandes imposées. Le premier don qui nous ouvre la voie de la communion avec Dieu procède de la vie livrée du Seigneur Jésus pour nous. Ce don initial est fondamental et incontournable. Accompli une fois pour toutes, il ne sera pas renouvelé, mais constamment rappelé à la mémoire du peuple de Dieu. A partir de lui, de multiples dons, sensés exprimés la gratitude du peuple de Dieu, lui sont possibles. L’apôtre Paul, soutenu par les Philippiens dans son ministère, interprète leur geste dans cette optique : « J’ai tout reçu, et je suis dans l’abondance, dit-il ; j’ai été comblé de biens, en recevant par Epaphrodite ce qui vient de vous comme un parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte, et qui lui est agréable : Philippiens 4,18. » Veillons à ce que notre cœur, lavé par le sang de l’Agneau, ne soit pas chiche à son égard ! Que notre vie entière soit comme une offrande qui lui est consacrée volontairement, ce qui sera de notre part un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, un culte raisonnable : Romains 12,1.

V 8 à 10 : le circuit du prince et du peuple

La longueur du temps que prend le guide d’Ezéchiel pour lui faire visiter le temple, le mesurer et l’instruire sur la façon dont le culte rendu à Dieu devait se dérouler tient à une chose : la réglementation stricte avec laquelle Dieu tient à codifier ses rapports avec son peuple. Dans le passé, de nombreux écarts ont été commis par le peuple, les prêtres et les rois. Désormais, de tels errements ne seront plus possibles. Le culte à Dieu devra être rendu selon ses directives et sa volonté formellement explicitée. Les règles ordonnées n’épargneront personne. Elles concerneront chacun, qu’il soit un dignitaire ou un simple membre du peuple.

Après les sacrifices et les offrandes apportées par le prince, c’est ici le parcours qu’il fera dans le parvis intérieur du temple lors des fêtes cultuelles qui lui est ici signifié. Le parcours du prince ne sera pas le même selon qu’il se présente seul devant l’Eternel ou au milieu de son peuple. Lorsqu’il se présente seul, le prince passera par le vestibule de l’entrée et reprendra le même chemin en quittant les lieux : une prescription déjà énoncée : Ezéchiel 44,3. Aux jours des fêtes qui rassembleront le peuple, le prince ne sera pas séparé des gens qui le composent, mais au milieu d’eux. Ce rapport de proximité a un double bénéfice. Il rappelle que le prince n’est pas, comme les rois du passé, au-dessus des membres du peuple de Dieu, mais l’un d’eux. Il en est certes leur chef ou leur représentant, mais il leur est totalement assimilé. Le second bénéfice met en valeur le lien fraternel qui le lie aux autres Israélites. Le prince, dirait-on dans le langage chrétien, est un frère parmi les frères. Après qu’il eut accompli le service qui lui est dévolu, le prince ne s’attardera pas dans le temple. Il entrera et sortira avec le peuple, faisant un avec lui du début jusqu’à la fin de l’acte cultuel.

Aux jours où le peuple entrera dans le parvis, un circuit précis lui est imposé. La population des Israélites qui entrera par la porte Nord sortira par celle du Sud, et vice-versa pour celle qui pénétrera dans le parvis par l’autre côté. Tout le peuple traversera le parvis dans on entier dans un sens ou dans un autre. Cette exigence n’est pas seulement d’ordre pratique. Elle a aussi comme but que chaque pèlerin fasse un parcours complet du lieu en le traversant de part en part. Elle indique que la marche avec Dieu est une marche ininterrompue qui a comme objet de nous donner la vision la plus complète des choses de Dieu. Aucun arrêt suivi d’un retour en arrière n’y est prévu : cf Luc 9,62. Que notre cœur soit tout entier porté vers ce qui est devant nous, l’excellence de la vision de la gloire et de la plénitude de notre Dieu : cf Philippiens 3,13.

V 11 et 12 : les offrandes volontaires du prince

Outre les solennités au cours desquelles sacrifices et offrandes lui étaient ordonnés, le prince pouvait, lorsqu’il le désirait, venir de son propre chef au temple pour offrir à Dieu un sacrifice volontaire. Non imposé, le sacrifice volontaire du prince, qui relevait de sa seule initiative personnelle, avait une portée qui dépassait la valeur de tous les sacrifices prescrits. Il témoignait à lui seul de la gratitude du prince pour les bontés de son Dieu. Les sacrifices volontaires offerts par des membres du peuple de Dieu ont toujours été des révélateurs des dispositions qui habitent les cœurs des uns et des autres. C’est au jour où Marie de Béthanie offrit un parfum de grand prix qu’elle répandit sur les pieds de Jésus, que la cupidité secrète qui logeait dans le cœur de Judas fut dévoilée : Jean 12,4 à 6. Le faux disciple ne supporta pas la manifestation gratuite et généreuse de l’adoration qu’exprimait l’amie de Jésus. Elle lui était, à cause de son idolâtrie pour l’argent, insupportable. De même, Ananias et Saphira, pour ne pas être en reste à l’égard de la communauté, crurent s’en tirer à bon compte en simulant le même détachement que leurs frères à l’égard de leurs biens. Caché aux yeux des hommes, le mensonge ne passa pas inaperçu à ceux de Dieu. Le couple y laissa sa vie, créant un précédent qui inspira une crainte salutaire à toute l’Eglise : Actes 5,1 à 11.

Parce que l’amour du Christ à notre égard a été sans limite, il nous revient de lui exprimer notre amour par l’offrande de tout ce que nous sommes. A cet égard, Dieu s’attend à ce que, pour entretenir notre relation avec lui, nous pratiquions les disciplines qu’il a prévues à cet effet. Tout, dans la relation que nous avons avec Dieu par Christ, n’est cependant pas codifié. Il y a place dans notre vie avec lui pour des actes spontanés et volontaires qui, plus que tout, témoignent de notre reconnaissance à son égard. Que l’action de grâces soit toujours l’état d’esprit qui nous anime lorsque nous entrons dans les parvis de la maison de Dieu : Psaume 50,14 ; 96,8 ; 100,4 ; 107,22.

V 13 à 15 : l’holocauste perpétuel

Comme ce fut le cas au temps de l’alliance mosaïque, l’holocauste quotidien d’un agneau d’un an sans défaut sera offert dans le temple. Une différence notoire existe cependant entre la prescription lévitique et celle énoncée par le guide d’Ezéchiel. Dans le passé, l’holocauste perpétuel était double : un agneau était offert le matin et un autre le soir : Exode 29,38-39. Désormais, seul celui du matin sera offert. Selon certains commentateurs, cette nouveauté serait due au temps différent dans lequel se trouve Israël dans les vues d’Ezéchiel. L’holocauste du soir était offert juste avant que la nuit tombe. Dans les ténèbres par lesquelles devait passer Israël, il était primordial que le peuple de Dieu sache que le sang versé pour sa rédemption ne perdait en rien de son efficacité. L’Israël de demain ne connaîtra plus la nuit. Il vivra dans une lumière continue. Aussi l’holocauste du soir ne lui sera plus utile. Seul celui du matin, symbole de l’efficacité de la rédemption accomplie par Christ, suffira pour en perpétuer le souvenir.

Alors qu’une offrande végétale de deux litres de farine, accompagnée d’un litre d’huile, était offerte avec l’agneau lors du culte lévitique, elle passe ici du simple au double. La contenance de l’huile s’amplifie quant à elle de sa moitié. L’offrande offerte le matin cumule celle du matin et du soir apportée dans le passé. L’offrande de farine et l’huile, rappelons-le, symbolisent la vie pure, sainte et consacrée de l’Agneau qui s’est offert pour les péchés de son peuple. La valeur de cette vie ne peut être diminuée. Elle est la seule offrande qui satisfait pleinement la justice de Dieu. C’est pourquoi elle se retrouve ici figurée dans sa totalité.

V 16 à 18 : les cadeaux du prince

Héritier par la volonté de Dieu d’une portion du pays attenante à la ville et à l’emplacement du temple, le prince était libre de gratifier un de ses fils ou de ses serviteurs d’une part de ses biens. Il ne pouvait le faire que sous certaines conditions définies ici. Si l’un de ses fils recevait du prince une portion de sa terre, celle-ci lui serait comptée comme un héritage qui passerait ensuite à ses enfants. Si la même opération se faisait en faveur d’un serviteur, celui-ci en serait le propriétaire jusqu’à l’année du jubilé, qui se produisait tous les 50 ans : Lévitique 25,10 à 12. Cette disposition, énoncée dans la loi mosaïque, poursuivait un but. Elle visait à ce que personne parmi les fils et les tribus d’Israël ne soit dépossédé à jamais du patrimoine qu’il avait reçu de Dieu dans le pays. La loi du jubilé protégeait le bien du prince, mais aussi celui du simple citoyen. Outre l’application de cette mesure, le prince se devait de s’interdire de spolier un habitant du pays en lui prenant de force sa terre. Les cadeaux du prince ne devaient pas être pris sur le bien des autres, mais sur les siens propres. La part que l’Eternel lui accordait dans le pays était suffisamment grande pour que les exactions commises par les rois du passé ne se reproduisent plus.

La prescription imposée ici au prince induit une vérité qui n’a pas encore été soulignée. Elle exprime le fait que, du temps de la royauté terrestre du Christ, c’est à une famille unique que reviendra le privilège de la dignité princière. La charge sera transmise de père en fils avec les biens qui lui sont afférents. Dans le royaume éternel de notre Seigneur chacun aura une part réservée qui lui sera propre. Il n’en sera jamais dépossédé et nul ne pourra lui prendre. C’est l’héritage que l’Eternel réserve à ses saints.

V 19 à 24 : les cuisines du temple

Le dernier lieu que le guide d’Ezéchiel lui fit visiter fut les cuisines du temple. Comme toutes celles qui existent dans les maisons, les cuisines étaient le lieu où étaient cuites les viandes qui étaient apportées au temple pour le sacrifice. En effet, la loi prescrivait que des repas soient préparés à la fois pour les prêtres et pour le peuple à partir des sacrifices. Les cuisines destinées aux repas des prêtres n’étaient pas au même endroit que celles qui servaient pour le peuple. Les premières se situaient à l’intérieur du parvis du temple, les secondes étaient installées aux quatre coins du parvis extérieur. La part des sacrifices qui revenait aux prêtres était une part sainte. C’était une part prise sur les sacrifices de culpabilité et d’expiation offerts à Dieu en figure de la rédemption du peuple. Personne ne pouvait rien retrancher pour lui-même de ces sacrifices offerts tout entiers en vue de la justification. Les parts prélevées par les serviteurs du temple pour le peuple provenaient des sacrifices de reconnaissance. Elles étaient l’expression de la communion rétablie entre l’Eternel et son peuple, comme la célébration d’une amitié retrouvée autour d’un repas : cf 1 Corinthiens 10,21 ; Apocalypse 3,20.

La visite finale des cuisines, et la dissociation faite entre elles selon leur utilité, témoigne qu’aucun détail n’est le fait du hasard dans l’arrangement du temple comme l’organisation du culte. Tout répond à un but précis et une signification porteuse de sens. Tout évoque en premier lieu l’œuvre parfaite du Christ. Le temple n’a plus besoin de grand-prêtre, car il l’est, lui, pour toujours. Le sacrifice crée le lien d’alliance définitif avec le peuple de Dieu. Les prescriptions cultuelles définissent le type de rapport que Dieu a établi par Christ avec le nouvel Israël, rétabli dans sa terre et dans la communion avec lui. Cette réalité, vécue par la foi dans l’Eglise de Jésus-Christ, sera figurée par le nouvel Israël à la vue de toutes les nations dans le temps béni de la royauté terrestre du Christ. Nous ne sommes pas encore ici dans la phase achevée du royaume. Le péché sera toujours présent et nécessitera l’expiation par le sang. Mais ce sera l’époque où « il ne se fera ni tort ni dommage, dit Dieu, sur toute ma montagne sainte ; car la terre sera remplie de la connaissance de l’Eternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent : Esaïe 11,9. »

mercredi 17 février 2021

EZECHIEL 45

 

V 1 à 8 : territoire réservé à l’Eternel et au prince

Au temps de la royauté terrestre du Seigneur, il sera procédé à une répartition de la terre d’Israël entre ses tribus totalement différente de celle du passé. Le dernier chapitre du livre d’Ezéchiel traite de ce sujet. Pour l’heure, le guide du prophète précise quel devra être la part réservée aux prêtres, aux Lévites et au prince dans le pays. Plusieurs changements majeurs sont ici révélés à Ezéchiel par son guide :

1.        Une part sainte

En plus de la part réservée à chaque tribu, une portion du pays longue de 12,5 kms et large de 5 kms sera déclarée sainte. Cette portion sainte n’appartiendra à aucune tribu, mais reviendra aux prêtres, fils de Tsadok.  C’est en son milieu que se trouvera le temple. Un espace libre de 25 mètres de large autour de cette zone servira de lieu tampon entre la zone extérieure au temple et le lieu saint. Sous ce lot, une seconde portion de même surface sera réservée cette fois-ci aux Lévites qui y habiteront avec leurs familles. Les Lévites seront ainsi au plus près du temple et n’auront besoin de faire qu’une courte distance pour s’y rendre. Sous cette portion se trouvera enfin celle destinée à la ville, d’une surface moitié moins large. La nouveauté qu’introduit ici la révélation d’Ezéchiel est que le temple ne se situe plus dans la ville. La portion consacrée à la ville est séparée de celle où se situe le temple par celle des Lévites. Autrefois propriété de Juda, Jérusalem (qu’Ezéchiel ne nomme pas) sera tout entière incluse dans la portion consacrée à l’Eternel. Il est notoire ici que, quoique Jérusalem soit la capitale spirituelle du monde, elle n’est pas, aux jours de la royauté terrestre du Christ, le lieu exact de résidence du temple. A cause de l’imperfection qui subsiste, celui-ci gardera ses distances à l’égard de la ville. Ce ne sera que dans la Jérusalem éternelle que Dieu habitera véritablement au milieu des siens. Sa présence sainte ne rencontrant rien qui ne porte la marque de la souillure, le temple n’aura plus de raison d’être. « Jérusalem sera le tabernacle de Dieu parmi les hommes. Il habitera avec eux, ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux, il sera leur Dieu : Apocalypse 21,3. »

2.       La part réservée au prince

Aux limites des trois lots empilés l’un sur l’autre, s’étalera de chaque côté la part du prince jusqu’aux frontières du pays. Cette portion dévouée au prince a pour objet de désamorcer une situation qui, dans le passé, a été cause de nombreuses exactions. Les rois d’Israël n’ayant pas d’autres propriétés que celles qu’ils acquéraient, la tentation était grande pour eux de spolier l’un ou l’autre de leurs sujets. L’exemple le plus représentatif de ces abus nous est fourni dans l’Ecriture par Achab, désireux de s’approprier la vigne de son voisin Naboth. Il le fera au prix du mensonge et du meurtre : 1 Rois 21. Propriétaire par décret divin d’une large part du pays, le prince d’Israël sera affranchi de la tentation qui ont conduit plusieurs de ses prédécesseurs à pécher gravement de la sorte devant l’Eternel.

V 9 à 12 : le prince, garant de la justice

Outre les faits d’exactions avérés, les rois du passé, pour asseoir leur pouvoir, pressuraient le peuple de bien des manières. Roboam, au début de son règne, voulut utiliser la manière forte. Il exaspéra le peuple au point que celui-ci se révolta et lui fit, dans sa grande majorité, sécession : 1 Rois 12,14 à 19. Il ne sera plus question, dit le guide d’Ezéchiel, que de telles choses se reproduisent. Les princes futurs d’Israël, au temps de la royauté terrestre du Messie, devront être les garants de la justice. Ils veilleront à ce que les transactions commerciales ne soient pas faussées, mais équitables. Les poids et les mesures qui serviront de normes devront être connues et respectées par tous. Le guide d’Ezéchiel en dresse d’avance le tableau comparatif.

« Les poids dans l’Antiquité étaient fabriqués à partir de métaux ou de pierres semi-précieuses et souvent sculptés en forme de canards, de lions ou de tortues. La loi appelait à une standardisation des poids et des mesures (Lévitique 19,35-36). Cependant, parmi les poids mis au jour grâce aux fouilles, très peu sont identiques, en dépit de leur dénomination similaire. Il est important de prendre conscience que, dans l’Antiquité, les poids ne pouvaient pas avoir la même précision que les poids modernes. C’était dû en partie à la méthode de fabrication mais aussi à la variation des standards suivant les époques et les régions. Aussi devons-nous plutôt considérer qu’il s’agissait d’estimations communément admises. Ceux qui faisaient en toute connaissance de cause usage de poids et de balances fausses étaient la cible de critiques prophétiques car ils cherchaient à tromper à la foi Dieu et leurs semblables (Amos 8,5-6 ; Michée 6,11 ; Malachie 3,8-9).[1] »

V 13 à 17 : contribution pour le prince

Souverain de son royaume, le Seigneur accordera au temps de sa royauté une valeur insigne au prince d’Israël. Sans conteste, il sera à cette époque le dirigeant le plus considéré de la terre. En plus du territoire qui lui sera alloué près du temple et de la ville sainte en Israël, le prince d’Israël jouira de contributions prélevées parmi le peuple sur leurs récoltes et leurs troupeaux. En contrepartie, c’est lui qui aura la charge de présenter à Dieu les holocaustes et les offrandes apportées par les Israélites lors des fêtes cultuelles instituées dans l’année. Comme tout dirigeant, il sera celui qui représente son peuple devant son Dieu. Il sera pour toutes les familles de la terre l’exemple de ce qui doit être fait et rendu à l’égard de l’Eternel, un exemple qui, s’il n’est pas suivi, sera immédiatement sanctionné : Zacharie 14,16 à 19. Tout en lui rendant un honneur remarquable, les ordonnances prescrites en faveur du prince poursuivent un objectif précis. Elles ont pour but d’assurer entre lui et le peuple de Dieu des rapports fraternels et bienveillants tout en prévenant toute source d’oppression ou d’abus de pouvoir. Parce qu’il lui sera beaucoup donné, le prince n’aura pas la tentation prédite par Samuel au sujet des rois d’Israël, de spolier et d’exploiter le peuple qui sera sous son gouvernement :  1 Samuel 8,10 à 18.

V 18 à 25 : les fêtes cultuelles principales

Comme ce fut le cas au temps de l’alliance mosaïque, l’année religieuse des Israélites à l’époque de la royauté terrestre du Christ sera ponctuée par la célébration de fêtes destinées à commémorer les grands actes rédempteurs de Dieu. Trois fêtes sont ici mentionnées :

a.       La fête du premier mois

Le premier jour du mois de l’année sera le jour de la purification du sanctuaire. Ce jour se substituera au dixième du septième mois de l’ancienne alliance, qui était le jour des expiations : Lévitique 16. Le sang d’un jeune taureau sans défaut sera répandu à la vue de tous sur les montants des portes du temple, sur les quatre angles du socle de l’autel et sur les montants des portes du parvis intérieur. Le peuple rassemblé en ce jour se souviendra que seul le sang versé par une victime innocente lui permet l’accès à la présence de Dieu. Le sang versé est le principe fondamental de la justification. La purification du temple différera de celle du tabernacle en ce que certains éléments qui y figuraient ne seront plus là, tel l’autel des parfums.

Le septième jour du mois, le même rituel sera répété. Il ne s’agit plus ici de purifier le sanctuaire, mais de faire l’expiation des péchés commis par inadvertance ou par ignorance parmi le peuple. En dépit de toute la lumière dont bénéficieront les Israélites, le peuple de Dieu restera une formation composite au sein de laquelle le degré de conscience et de connaissance variera selon les individus. La justification, pour être efficace, doit embrasser et recouvrir tous les cas de figures, y compris ceux qui concernent les plus simples. Que le peuple de Dieu n’ait à ce sujet aucune crainte ! Le sang purifie le peuple de ses péchés, mais aussi des imperfections inhérentes à sa nature. Notons ici que la fête du septième jour est une nouveauté de cette ère. Elle n’existait pas au temps de la période mosaïque.

b.       La fête de la Pâque

La fête de la Pâque, souvenir pour les Israélites de la sortie hâtive d’Egypte, durera sept jours durant lesquels on mangera du pain sans levain. Le premier jour de la fête, le prince offrira pour lui et pour le peuple, en sacrifice d’expiation, un taureau. Puis les jours suivants, il offrira chaque jour les mêmes sacrifices. La Pâque reste la grande fête institutionnelle qui traverse toutes les époques. Ordonnée en Egypte, célébrée dans le désert, elle a été remise à l’honneur au temps du roi Josias après des siècles d’oubli : 2 Rois 23,21 à 23. Réalisée pleinement par le sacrifice de Jésus, la Pâque sera le temps où le peuple de Dieu dans son entier célèbrera l’Agneau immolé pour son péché.

c.       La fête du quinzième jour su septième mois

C’est ici la date de l’ancienne fête des tentes : Nombres 29,12. Destinée à rappeler au peuple sa condition de pèlerins, elle s’étalera aussi sur sept jours pendant lesquels seront offerts les mêmes sacrifices que lors de la fête de Pâque.



[1] La Bible avec Notes d’étude archéologiques et historiques : page 1287

vendredi 12 février 2021

EZECHIEL 44

 

V 1 à 3 : la porte et le prince

Conduit par son guide, Ezéchiel est ramené à l’entrée Est du sanctuaire par laquelle il a commencé sa visite. Il fait alors le constat que celle-ci n’est plus ouverte. Le guide du prophète lui explique qu’il en sera désormais ainsi. Parce que la gloire de l’Eternel est entrée par elle, la porte Est ne sera désormais plus accessible aux hommes. Ceux-ci entreront donc dans le sanctuaire par les portes Nord ou Sud. Alors que du temps de Jésus, et pendant plusieurs siècles, la porte Est du parvis du temple d’Hérode était ouverte, les musulmans décidèrent de la murer, sans doute pour faire échec à la prophétie. Les Juifs, en prévision de la venue de la gloire de Dieu par elle, ont appelé cette porte « la porte dorée ». Quelle que soit l’état dans lequel cette entrée se trouve aujourd’hui, les ennemis de l’Eternel se montrent ridicules. Le temple et son sanctuaire seront rebâtis et la porte Est verra la gloire de Dieu passer par elle pour y résider.

Depuis l’aube de l’histoire d’Israël, la raison première des différentes habitations qui ont été dressées pour Dieu était de lui permettre d’habiter au milieu de son peuple. Ici encore, tel est le but du temple. Il est le lieu du rayonnement de la gloire de Dieu sur le monde, au milieu du peuple qu’il a choisi. Malgré cette proximité voulue de Dieu, il y aura toujours entre lui et ses créatures qu’il aime une distance infranchissable. Dieu est un Dieu qui se plaît à avoir communion avec nous. Mais ce Dieu qui nous chérit avec tendresse n’est pas comme nous. C’est un Dieu trois fois saint devant lequel les chérubins les plus glorieux se voilent la face : Esaïe 6,2. Ce caractère distinct de Dieu est ici mis en exergue par l’interdit qu’Ezéchiel vient de découvrir. L’entrée Est du sanctuaire a vu les pas de Dieu la franchir pour venir habiter le temple. Désormais, celle-ci n’est plus un lieu commun. Elle est comme une terre sainte que les pas des hommes ne peuvent plus fouler sous peine de la profaner. La porte scellée de l’entrée Est en sera pour tous les visiteurs du temple le rappel signifiant.

Si le commun des mortels ne pouvait passer par la porte, une clause particulière fut énoncée au sujet du prince du pays, le gouverneur civil de Jérusalem. Lui seul avait le droit de se tenir devant la porte, dans le vestibule intérieur, pour manger devant son Dieu. Le prince de Jérusalem jouira de ce privilège en raison de son statut. Par l’exception dont il est l’objet, l’Eternel soulignera aux yeux de tous les peuples que nul n’est égal à lui parmi les dirigeants des nations. Le prince d’Israël est le serviteur de Dieu et tous les rois sont appelés quelque part à lui prêter allégeance. Car, jour et nuit, il se tient dans la présence de son Dieu et jouit avec lui d’une proximité qui n’est donnée à personne d’autre.

V 4 à 9 : accès interdit aux étrangers

Aussi important soit le service des prêtres dans le temple, celui-ci ne leur appartient pas. C’est en pur don de sa grâce que Dieu a accordé aux fils d’Aaron de le servir dans le lieu de sa présence. Aucun étranger n’y avait droit : Nombres 18,7. Conduit du côté de la porte nord du sanctuaire, Ezéchiel est pressé par son guide d’observer attentivement l’entrée du temple et toutes les issues du sanctuaire. Puis, parce qu’il est prophète, son guide le charge d’un message destiné aux prêtres. Les issues du sanctuaire, comme la porte du temple, jouent un rôle capital dans le culte qui est rendu à l’Eternel. Dans toute maison, une porte ouverte est une permission donnée aux visiteurs de partager l’intimité de ses occupants. Or, tout pèlerin qui s’approche du temple doit le savoir. Entrer dans le sanctuaire, c’est entrer dans la maison de Dieu, une maison dans laquelle seule la sainteté convient : Psaume 93,5. Les prêtres chargés du service du temple, comme les Lévites, se doivent donc d’être vigilants. Des conditions précises sont à remplir pour s’approcher de Dieu. Car là où Dieu se trouve, là se trouve aussi sa gloire, une gloire face à laquelle on ne peut, comme Ezéchiel, que tomber en adoration.

Une des raisons pour laquelle, dans le passé, la gloire de Dieu dut quitter le temple, vient de la légèreté avec laquelle les prêtres ont agi à l’intérieur du temple. Chargé d’être les gardiens de son entrée, ils ont laissé de nombreuses personnes non autorisées, des étrangers incirconcis, pénétrer en son sein. Il n’est plus question qu’à l’avenir de telles profanations se commettent. Seuls des personnes circoncises de cœur et de corps pourront s’approcher de Dieu et entrer dans le sanctuaire. Notons ici la précision de l’ordre des termes qui détermine la qualité des pèlerins admis dans le sanctuaire. La nécessité de la circoncision du cœur précède celle du corps. Paul en a, dans sa lettre aux romains, bien expliqué la cause. « Le Juif, ce n’est pas celui qui en a les dehors ; et la circoncision, ce n’est pas celle qui est visible dans la chair. Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu : Romains 2,28-29. » La circoncision du corps est une opération faite par la main de l’homme. Celle du cœur est l’œuvre unique de l’Esprit. Elle consiste dans le dépouillement de la chair, l’homme ancien qui est inimitié contre Dieu : Colossiens 2,11. Une fois de plus, le culte nouveau rendu dans le temple final n’est pas la réplique exacte du culte ancien pratiqué avant la venue de Jésus. Il tient compte, pour s’approcher de Dieu, de la nécessité de la régénération. Celle-ci, dit Ezéchiel, s’impose en premier aux prêtres, chargés du service du temple. Il est inconcevable que, dans le lieu de la gloire de Dieu, quelqu’un de non-sanctifié puisse offrir à Dieu un culte qui l’honore. « Que tes sacrificateurs, Eternel Dieu, soient revêtus de salut, et que tes bien-aimés jouissent du bonheur ! : 2 Chroniques 6,41. »

V 10 à 14 : prescriptions données aux Lévites

Les Lévites occupent une place à part parmi les tribus d’Israël. Choisis par Dieu pour faire le service du temple, ils remplacent les premiers-nés parmi les enfants de toutes les tribus d’Israël qui appartiennent de droit légitime à Dieu : Nombres 3,12. Mis à part pour Dieu au temps de l’Alliance ancienne, ils le seront toujours au jour du règne glorieux de Christ sur terre. Tous les Lévites cependant ne jouiront pas des mêmes privilèges et de la même proximité de Dieu à cette époque. Dieu se souviendra, au jour du règne glorieux de son oint, qui parmi les fils de Lévi, lui a été fidèle et qui ne l’a pas été. Les Lévites infidèles ne seront pas destitués de leurs fonctions. Mais le Seigneur agira justement envers eux. Au lieu d’exercer les fonctions les plus prestigieuses dans le temple, ils seront relégués aux tâches subalternes. Les familles de Lévites jadis infidèles n’auront ainsi plus le droit de s’approcher des offrandes saintes ou très saintes. Ils devront se résoudre à ne s’occuper que des aspects matériels du service : la garde des entrées du sanctuaire et du temple, l’égorgement des sacrifices ou toute autre tâche pratique liée au service dans l’enceinte sacrée.

Il se peut que, dans un temps d’apostasie générale, un serviteur de Dieu se pose la question de savoir à quoi cela lui sert d’être fidèle. Découragé par les épreuves qu’il traverse, Asaph le chantre, voyant à côté de lui les méchants prospérer, se disait : « C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence : Psaume 73,13. » Ce qui se produit ici avec les Lévites apporte la réponse au soupir désabusé du chantre. Non ! Ce n’est jamais en vain qu’un serviteur de Dieu reste fidèle à son Dieu et à l’appel qu’il a reçu. Au jour de la venue en gloire du royaume, il jouira d’une proximité avec son Dieu que ceux qui ont défailli ne connaîtront pas. Aux eunuques qui lui sont fidèles, Dieu promet : Je leur donnerai dans mon temple et à l’intérieur de mes murailles une place et un nom qui vaudront mieux, pour eux, que des fils et des filles. En effet, je leur donnerai un nom éternel qui ne disparaîtra jamais : Esaïe 56,5. » Le temps défavorable dans lequel Dieu nous appelle à servir n’est pas celui où la vraie valeur des choses est montrée. C’est un temps de test dans lequel Dieu jauge la profondeur de notre attachement à sa personne. Le temps de la gloire est le temps de la révélation. C’est aussi le temps de la rétribution, époque au cours de laquelle chacun recevra de la part de son Dieu ce qui lui est dû : Apocalypse 22,12. Que, dans sa grâce, Dieu nous aide à saisir, dans le temps de sa patience, toutes les opportunités qui s’offrent à nous pour nous sanctifier : Apocalypse 22,11.

V 15 à 31 : les fils de Tsadok

Après celles qui concernent les autres Lévites, Ezéchiel reçoit de la part du guide qui l’accompagne les directives qui touchent aux descendants de Tsadok qui, seuls, exerceront la prêtrise dans le temple devant l’Eternel. De toutes les familles issues de Lévi, les fils de Tasdok jouiront au temps de la royauté terrestre du Christ d’un privilège sans pareille. Alors que les autres Lévites seront tenus de rester dans le parvis du temple, eux seuls s’approcheront de Dieu pour lui offrir la meilleur part des sacrifices qui lui sont offerts par le peuple. Les fils de Tsadok, par les prérogatives particulières dont ils bénéficieront, seront la démonstration vivante que la fidélité à Dieu finit toujours par être valorisée et récompensée. Mis à part pour le service du temple, les fils de Tsadok devaient se tenir à des règles précises dans l’exercice de leur fonction :

a. Habillement : v 17 à 19

C’est vêtu d’habits de lin qu’ils devaient exercer la prêtrise. Les fils de Tsadok ne devaient porter ni habit de laine, matière propice à provoquer la sueur, ni ceinture pour la même raison. Partout, le lin est un textile apprécié pour sa souplesse et sa légèreté. Grâce à la propriété thermorégulatrice de sa fibre, le lin garde celui qui le porte au frais l’été et au chaud l’hiver. Fibre naturelle, il possède des vertus hypoallergiques et n’irrite pas la peau. C’est le tissu le plus approprié pour mettre à l’aise le prêtre de Dieu dans ses gestes, et le plus durable. Outre ses qualités intrinsèques, le lin est aussi porteur d’un symbole. Le fin lin, dit l’apôtre Jean, ce sont les œuvres justes des saints : Apocalypse 19,8. Seuls à en être revêtus, les fils de Tsadok sont l’unique famille, parmi les Lévites, digne d’être rangée dans cette catégorie.

Parce que les habits de lin seront ceux utilisés pour le service de Dieu dans le temple, les prêtres devront les ôter lorsqu’ils seront au contact du peuple. Les habits du service seront déposés dans les salles prévues à cet effet dans le lieu saint. Les prêtres les quitteront pour revêtir des habits communs et aller, dans le parvis extérieur, au-devant de leurs semblables. L’ordonnance imposée ici aux prêtres nous rappelle que le serviteur de Dieu a une double identité. D’une part, il est un citoyen du royaume au même titre que les autres. D’autre part, il est un homme qui, à cause de la fonction sacrée qu’il exerce, s’en sépare. Le serviteur de Dieu, dans l’exercice de ses fonctions, porte sur lui la marque du lieu où il se tient. Qui l’entend, le côtoie lorsqu’il sort de la présence de Dieu, ressent le caractère prégnant de la sainteté qui résulte de ce contact. C’est pourquoi le prêtre de Dieu ne peut se tenir devant lui avec les mêmes vêtements que ceux qu’il porte dans la vie courante, et vice-versa. La porte du temple est une frontière mortelle pour qui n’est pas revêtu de la bonne manière. Il n’y a par contre rien de préjudiciable pour un serviteur de Dieu à côtoyer ses semblables. Il n’a pas, à cause de sa fonction, à marquer sa différence avec eux d’aucune manière. Il est l’un d’entre eux et ne doit son statut qu’à la grâce de Dieu.

b.       Aspect et comportement : v 20 et 21

Alors que les naziréens du passé ne devaient pas se couper les cheveux : Nombres 6,5, le prêtre du nouveau temple ne devra ni se raser complètement la tête, ni laisser pousser sa chevelure. L’objet de la recommandation vise les convenances. « La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas, dira Paul aux Corinthiens, que c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux ? : 1 Corinthiens 11,14. » Le prêtre de Dieu doit une être une personne attentive à son aspect et son comportement dans tous les domaines. Il ne doit faire preuve d’aucune excentricité qui attirerait les regards sur lui et veiller à agir en toutes choses avec sobriété. C’est pourquoi aussi l’Eternel lui impose de s’abstenir, du temps de son service, de toute boisson alcoolisée.

c.       Mariage : v 22

Serviteur de l’Eternel à plein temps, le prêtre devait se plier à certains critères pour le choix de celle qui deviendrait son épouse. Celle-ci ne pouvait, avant de devenir sa femme, avoir été l’épouse d’un autre. Le prêtre de Dieu pouvait épouser la veuve d’un autre prêtre, mais c’était là la seule exception à la règle. Les restrictions imposées au prêtre au sujet du choix de son épouse témoignent de l’importance que Dieu donne à la sainteté de sa vie. Le prêtre doit être porteur de l’image de l’homme idéal en qui il ne se trouve rien qui soit sujet à critiques. Or, rien n’est plus sensible à ce sujet que le couple que forme le serviteur de Dieu avec sa femme. Moïse lui-même en fera les frais, lui qui n’avait pas épousé une israélite, mais une cushite : Nombres 12,1.

d.       Ministère : v 23 et 24

Outre le service de Dieu dans le temple, les prêtres exerceront un ministère en direction du peuple qui comprend trois volets. Le premier a trait à l’enseignement. Les prêtres seront chargés d’instruire le peuple dans les voies de Dieu. Ils devront veiller à ce que le peuple de Dieu soit équipé dans sa connaissance de Dieu pour discerner ce qui est compatible avec la sainteté de ce qui ne l’est pas, ce que les sacrificateurs du passé n’avaient pas faits : Ezéchiel 22,26. La mission des prêtres dans ce domaine reprendra celle donnée par l’Eternel aux fils d’Aaron : Lévitique 10,10. Le second volet du ministère des prêtres touche à la justice. Les prêtres seront les juges des affaires courantes dans le pays. Instruits par la loi, ils auront la charge d’en appliquer la règle de manière à ce que l’ordre et le droit soient respectés dans le pays. Enfin, les prêtres veilleront à ce que les fêtes en l’honneur de l’Eternel, y compris le sabbat, soient célébrées et respectées comme il se doit par la nation. Le rôle majeur des prêtres sera d’être des gardiens : du temple, du respect de la loi, de l’ordre, de l’application de la justice, de la gloire rendue à Dieu par le peuple.

e.       Périodes de deuil : v 25 à 27

Comme tous les autres habitants du pays, le prêtre est un être social qui vit en connexion avec ceux qui lui sont proches. Ce qui touche son entourage l’affecte. Cependant, parce qu’il est au service de Dieu dans une proximité qu’aucun autre ne connait, il se doit de se préserver lui-même de certaines choses. La sainteté de sa fonction exige de sa part une distance vis-à-vis de tout ce qui pourrait le souiller, en particulier ce qui a trait à la mort. Aussi, l’Eternel veille-t-il ici, comme il l’a fait à l’égard de ceux de l’Ancienne Alliance : Lévitique 21,1 à 3, à règlementer la conduite des prêtres du nouveau temple en cas de deuil d’un proche ou d’une connaissance. La participation d’un prêtre à des funérailles ne pourra qu’être exceptionnelle. Elle ne concernera que le décès de ses êtres les plus proches : père, mère, fils, fille, frère ou sœur dans la mesure où ces derniers n’étaient pas mariés. Suite aux obsèques, le prêtre se purifiera et attendra sept jours avant de reprendre sa place dans le service du temple. Il le débutera en veillant à offrir un sacrifice d’expiation pour lui-même, de manière à ce que le sang versé couvre son impureté.

Par ces mesures qui touchent à tous les domaines de son existence, Ezéchiel souligne à quel point la vie du prêtre, serviteur de Dieu, est toute entière conditionnée par le service qui est le sien. Le prêtre ne s’appartient pas. Il ne vit pas son existence pour lui-même, mais pour qu’elle soit un outil pour le culte de son Dieu. Il est l’exemple de ce que doit être dans la Nouvelle Alliance la vie d’un chrétien, même si les applications pratiques sont différentes. L’enfant de Dieu, dit Paul, ne doit pas se conformer à la pensée du monde. Il doit être renouvelé dans son intelligence. Sa pensée est désormais conditionnée par le statut nouveau qui est le sien. Son comportement découle de la position spirituelle nouvelle qui est la sienne. Ses actes, ses gestes ne servent plus ses désirs et ses appétits naturels. Ils expriment le culte qu’il désire rendre par tous les membres de son corps à Dieu : cf Romains 12,1 à 2.

f.        L’héritage des prêtres : v 28 à 31

Comme il en fut pour les Lévites et la maison d’Aaron autrefois, les prêtres du nouveau temple n’auront pas d’héritage terrestre dans le pays : cf Nombres 18,20 ; Deutéronome 10,9 ; 18,2 ; Josué 13,33. Leur seul bien sera de jouir de quelque chose que personne d’autre ne connaîtra dans la même mesure qu’eux en Israël : la proximité avec Dieu. Alors que la part des autres membres du peuple de Dieu sera faite de terres et de propriétés dans le pays, celle des prêtres consistera exclusivement en possessions spirituelles. Pour autant, les prêtres n’auront pas à s’inquiéter au sujet de leur subsistance matérielle. Elle leur sera assurée par les portions qu’ils prélèveront pour eux de toutes les offrandes et sacrifices apportés à l’Eternel par le peuple, ajoutées aux prémices de toutes les récoltes du pays. Le cœur du peuple de Dieu tourné vers Dieu, ses serviteurs ne manqueront de rien.

Une des mesures qui permet d’évaluer la piété du peuple de Dieu tient dans la fidélité avec laquelle celui-ci apporte à Dieu ses offrandes. La passion, le zèle, la reconnaissance à Dieu étiolés, les dîmes n’entrent plus dans le temple. Les serviteurs de Dieu ne recevant plus leur nourriture, le service de Dieu en pâtit : cf Malachie 3,10. Si, dans le passé, des Lévites durent abandonner leurs fonctions pour de telles raisons, une telle situation ne se reproduira plus sous le règne terrestre du Christ. Si les choses ont besoin d’être réglementées, le principe qui donne vie au royaume est et reste l’amour. Là où l’amour brûle, tout est fait avec joie, plaisir, désir. Il n’y a ni douleur, ni sacrifice : tout est don, offrande, générosité. Là où l’amour se refroidit, tout devient lourd et pénible. Les exigences de Dieu ne sont plus vues comme des aides à la libéralité, mais deviennent des fardeaux et des contraintes. Que nos cœurs restent embrasés par l’amour de notre Dieu ! C’est là la condition première de la joie et de la bonne marche des affaires du royaume de Dieu !

lundi 1 février 2021

EZECHIEL 43

 

V 1 à 12 : la gloire de l’Eternel dans le temple

Nous ne savons pas quels furent les sentiments d’Ezéchiel après que son guide lui ait fait visiter le temple, ses parvis, et l’extraordinaire esplanade qui l’entourait. Au temps où Jésus était sur terre, la simple vue des pierres énormes du temple construit par Hérode avait suffi pour susciter l’admiration de ses disciples : Matthieu 24,1. Aussi impressionnant et magnifique soit un édifice, il n’est rien si celui pour qui il a été conçu le délaisse. Au temps de Jérémie et d’Ezéchiel, les Israélites s’étaient accrochés à l’idée que, à cause du temple, il était impossible que Dieu déserte la nation : Jérémie 7,4. Mais l’Eternel, à cause de l’idolâtrie pratiqué dans le pays et jusque dans les murs de sa maison, avait fui le lieu : Ezéchiel 11,22. Jusqu’à ce que la vision reçue ici par Ezéchiel se réalise, la gloire de Dieu n’y était plus revenue. Le temple avait été rebâti au temps d’Aggée le prophète, puis agrandi au temps d’Hérode. Mais à aucun moment, la gloire de l’Eternel n’était réapparue. 70 ans après Jésus-Christ, le temple était détruit inaugurant une longue période pendant laquelle les Israélites n’auraient plus ni roi, ni chef, ni sacrifice, ni temple : Osée 3,4. Revenus dans leurs terres, les Israélites sont toujours à ce jour sans temple. Mais la parenthèse est proche de se refermer.

Nous pouvons imaginer la joie que procura pour Ezéchiel la vision qu’il relate dans ce chapitre. Après s’être fait pendant des décennies le porte-parole de la situation affligeante d’Israël, cause du départ de la gloire de Dieu du temple, le prophète la voit revenir et entrer dans la maison de Dieu par la porte Est, celle par laquelle il a commencé sa visite. Le retour de la gloire de Dieu au milieu de son peuple témoigne une fois de plus que, dans l’histoire, le péché, aussi tragique soit-il, n’a pas le dernier mot. Notre Dieu est l’Alpha et l’Oméga de l’histoire. C’est lui qui l’ouvre et lui qui la ferme. Et si tristes soient les temps intermédiaires, ils ne sont pas éternels. La victoire de Dieu sur les forces du mal est assurée, certaine. Quelle que soit la puissance de l’adversité rencontrée, elle constitue pour le peuple de Dieu affligé une source inaltérable d’espérance.

La vision que reçoit Ezéchiel de la gloire de Dieu n’est pas nouvelle. Elle est trait pour trait identique à celle qu’il a reçue au début de son ministère, près des rives du fleuve Kébar. La voix de Dieu, au moment de son apparition, couvre tous les autres sons, un effet semblable au bruit que font de grandes chutes d’eau lorsqu’on se tient à leur proximité. Transporté dans le parvis intérieur, Ezéchiel voit la gloire de Dieu remplir le temple. Cette visibilité de la gloire de Dieu dans le temple rebâti mettra fin dans les nations à tout doute et toute spéculation. Les anciens athées comme les idolâtres de tout poil devront se rendre à l’évidence. Un seul Dieu existe : c’est le Dieu d’Israël, le Dieu de l’Ecriture. Ce Dieu nous a donné un seul Sauveur, Jésus-Christ, son Fils unique et éternel. Ce témoignage sera si patent qu’il sera la raison première du pèlerinage des peuples et de leurs rois chaque année vers Jérusalem.

La présence de la gloire de Dieu dans le temple signera la fin de toute idolâtrie en Israël. Parce que Dieu ne partage pas sa gloire avec un autre, ni son honneur avec des idoles : Esaïe 42,8, les anciennes manières d’agir des rois d’Israël disparaîtront à jamais. Comme toutes les nations, Israël sera dirigé par un prince à sa tête : Ezéchiel 44,3 ; 45,7.16-17.22 ; 46. Mais il n’y aura plus d’infidélité en lui, seule une dévotion passionnée pour son Dieu, exemplaire pour tous les autres souverains du monde. Comme souligné en introduction de cette partie du livre, la révélation que reçoit ici Ezéchiel ne lui est pas donnée qu’en vue de dévoiler ce qui se produira dans l’avenir. Elle est un message destiné à faire rougir ses contemporains pour leurs fautes et leurs méfaits devant Dieu. Elle a pour but de leur montrer ce dont leur péché les prive, la finalité qui était celle visée par Dieu pour Israël quant à son élection. La perdition des âmes est douleur à cause du péché. Mais elle est remords essentiellement par la prise de conscience de ce dont elles sont dessaisies en voyant la félicité des élus : Luc 16,23. L’incroyable grandeur du temple, sa beauté majestueuse magnifiée par la présence visible de Dieu poursuivent aussi ce but. Elles sont comme un aiguillon qui a pour objet de raviver la honte liée au péché des contemporains d’Ezéchiel, et d’en souligner le caractère tragique. Que les Israélites retiennent la leçon, mais, qu’en même temps, ils ne désespèrent pas ! Si Dieu leur a révélé les plans, les formes, les dimensions du futur temple, c’est qu’il y a un espoir pour eux dans l’avenir. Le Dieu saint qui abhorre le péché est un Dieu de grâce. Ses projets pour son peuple ne sont pas faits de malheur, mais d’espérance : Jérémie 29,11. Que sa grâce reste pour nous chaque jour la source de notre salut !

V 13 à 27 : l’autel des sacrifices et les offrandes

Pour conclure la visite et la description du sanctuaire de l’Eternel, Ezéchiel s’arrête sur l’élément qui, par son aspect imposant, ne devait pas manquer de frapper le regard de tous ceux qui y entraient : l’autel des sacrifices. Elevé à plus de 5 mètres du sol, la hauteur de l’autel était telle qu’elle dépassait celle du mur extérieur. De loin, alors que les pèlerins n’étaient pas encore passés par les portes du sanctuaire, il leur était possible de le voir. L’autel est le mémorial de la croix sur laquelle Jésus a été élevé. C’est de cette position, peu avantageuse pour lui, que Jésus a dit qu’il attirerait tous les hommes à lui : Jean 3,14-16 ; 12,32. La hauteur extraordinaire de l’autel, auquel le sacrificateur ne pouvait avoir accès pour offrir des sacrifices qu’en montant un escalier, répondait au même but que la croix dressée au mont Golgotha. Du haut de la croix, Dieu, par Son Fils, invite tous les hommes à s’approcher de lui sur la base du sang versé pour être purifié de leurs péchés et entrer en communion avec lui. C’est le sens qu’aura l’autel, visible par tous de loin, dans le nouveau temple.

Outre la hauteur, l’emplacement où se trouve l’autel, au centre même du sanctuaire, accentue la primauté qu’a celui-ci dans le culte que les pèlerins sont invités à rendre à Dieu au temple. Alors qu’il prêchait l’Evangile, l’apôtre Paul a rappelé aux Corinthiens qu’il ne voulait avoir parmi eux d’autre message que celui de Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié : 1 Corinthiens 2,2. Dans la théologie de Paul, le sacrifice de Jésus occupe la même place que l’autel dans le sanctuaire érigé au temps de la royauté terrestre du Christ : le centre. Toute théologie qui ne respecte pas la centralité de la croix est illégitime et contraire à la volonté de Dieu. Elle est comparable, en termes d’usurpation, à la façon d’agir du voleur qui, au lieu d’entrer dans la bergerie par la porte, s’y introduit par la fenêtre : Jean 10,9-10.

La mise en fonction de l’autel répondra à un protocole précis, révélé par le guide d’Ezéchiel. Seuls les sacrificateurs agréés par Dieu, les fils de Tsadok, officieront.  Le premier sacrifice offert sera celui d’un taureau en signe d’expiation. Son sang sera répandu sur les 4 cornes de l’autel, puis sur les 4 angles du socle et sur le rebord qui l’entoure. Après que le sang aura été versé, le taureau sera brûlé à l’extérieur du sanctuaire, dans un endroit réservé à cet office. Le second jour, un bouc sera offert en sacrifice d’expiation selon le même schéma que le premier jour. Puis, on prendra un jeune taureau et un bélier sans défaut pour les offrir, avec du sel, en holocauste à Dieu. Les 7 jours suivants, le sacrificateur offrira chaque jour un bouc en sacrifice d’expiation, puis de nouveau un jeune taureau et un bélier sans défaut. L’expiation pour le péché faite, l’autel pourra recevoir par la suite les holocaustes et les sacrifices de communion offerts par le peuple.

Comme il en est pour toutes les autres modifications du culte lévitique, celui pratiqué dans le nouveau temple intègre à la fois judaïsme et christianisme. Les rites conservés ne contredisent pas, mais servent de support au message évangélique. Ainsi le sacrifice d’expiation n’est pas renouvelé. Il est accompli une fois pour toutes. Il rappelle l’efficacité de celui de Jésus : Hébreux 9,12, et souligne que, pour se faire, notre Seigneur souffrit hors de la porte de la ville : Hébreux 13,12. L’expiation faite, ce n’est plus en vue du péché que les fidèles apportent des sacrifices, mais pour témoigner de leur consécration et de leur reconnaissance à Dieu.  Le foyer de l’autel, un carré de 6 mètres de côté, permettait d’en recevoir une grande quantité en même temps. Le type de sacrifices offerts rejoint ceux que l’Evangile nous invite aussi à apporter à Dieu. Le sacrifice offert par Christ est unique, mais les nôtres sont multiples, variés et renouvelables à l’infini. « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable : Romains 12,1. » « Ne livrez pas vos membres au péché, comme des instruments d’iniquité ; mais donnez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants de morts que vous étiez, et offrez à Dieu vos membres, comme des instruments de justice : Romains 6,13. » « Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom : Hébreux 13,15. » « Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ : 1 Pierre 2,5. » Que nous puissions réjouir le cœur de Dieu par l’offrande de nos vies et de tous nos biens sur son autel.

vendredi 29 janvier 2021

EZECHIEL 42

 

V 1 à 14 : visite des dépendances

Après le temple, le guide d’Ezéchiel poursuit sa visite par les dépendances qui jouxtent le temple. Echelonnées sur trois étages de largeur différente, réparties en cellules, les salles qui composent les dépendances servent de « réfectoire » pour les prêtres. C’est là qu’ils mangent la part des offrandes très saintes qui leur revient parmi tout ce qui est apporté par les croyants dans le temple. Tout le temps de leur service, les prêtres sont habillés d’une manière adéquate à leur fonction. Ce n’est que lorsqu’ils quittent le lieu saint pour s’approcher du peuple qu’ils se dépouillent de leurs vêtements sacerdotaux pour en revêtir d’autres. Ils laissent alors leurs vêtements de service dans les dépendances conçues à cet effet.

Deux faits notoires sont à relever au sujet des prêtres. Le premier est qu’Ezéchiel désigne nommément qui, parmi les Lévites, occupera au temps de la royauté de Christ sur terre la fonction de prêtres. Ce sont, dit-il, les descendants de Tsadok : Ezéchiel 40,46. Ce privilège n’est pas dû au hasard. Il est le résultat de la fidélité dont ont fait preuve Tsadok et ses fils au temps où ils exerçaient la sacrificature, à l’inverse d’autres qui se sont montrés traîtres, tels Abiathar qui embrassa le parti d’Adonija contre David : Ezéchiel 48,11 ; 1 Rois 1,7. Fidèle à David, le roi choisi par Dieu, Tsadok fut aussi celui qui, en son temps, oignit Salomon comme roi : 1 Rois 1,34. La distinction de Tsadok et l’élévation de sa lignée témoigne du fait que notre obéissance à Dieu n’est jamais vaine. Au jour choisi par Dieu, le Seigneur lui-même saura la valoriser en donnant à ses fidèles la grâce de jouir de prérogatives qui seront refusées à d’autres.

Le second élément que fait ressortir la description que fait Ezéchiel de l’exercice de la sacrificature est que celle-ci est amputée, au regard de celle du passé, de la fonction de grand-prêtre. Le grand-prêtre est Jésus lui-même qui, dans le ciel, se tient dans la présence de Dieu pour son peuple : Hébreux 4,14. Il est aujourd’hui et pour toujours assis à la droite de la majesté divine : Hébreux 8,1. Pour se faire, il a traversé pour nous le tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas construit de main d’homme, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création : Hébreux 9,11. L’absence de souverain sacrificateur dans le dernier temple confirme le fait que celui-ci n’existe une fois de plus que de manière temporaire. Le culte rendu en ce temp est un savant mélange de judaïsme et de christianisme. Les éléments vétérotestamentaires que l’on y retrouve n’ont pas pour objet d’annoncer, mais de rappeler ce que Christ est et a fait pour nous. Ceux qui manquent (le voile, le souverain sacrificateur) sont là pour dire qu’en Christ tout est accompli. « Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure : Hébreux 10,19 à 22. »

V 15 à 20 : le mur d’enceinte

Suite à la visite du temple et de ses annexes, le guide d’Ezéchiel le conduit au-dehors pour mesurer l’enceinte du lieu. Celle-ci formait un carré dont chaque côté mesurait 1 km ½ . Tous les commentateurs du livre sont unanimes pour dire qu’une telle surface dépasse les dimensions du mont Morija où se trouve l’emplacement du temple actuel. Est-ce à dire pour autant que la vision d’Ezéchiel nous rapporte des mesures symboliques ? Nous ne devons pas aller trop vite dans cette affirmation. La 1ère chose qu’Ezéchiel révèle dans son livre est que le temple futur ne se situera plus dans la ville, mais à quelque distance. La ville et le temple seront séparés par une portion qui sera destinée aux habitations des Lévites : Ezéchiel 45,1 à 8. D’autre part, il nous faut considérer le fait que ce n’est pas parce qu’une chose n’est pas possible aujourd’hui qu’elle ne peut l’être demain. Penser ainsi, c’est dénier à Dieu sa toute-puissance et le confiner à l’existant. Or, l’Ecriture mentionne à plusieurs reprises que les bouleversements liés à la venue du Messie affecteront profondément la géographie de la terre sainte. « L’Eternel paraîtra, et il combattra ces nations, comme il combat au jour de la bataille. Ses pieds se poseront en ce jour sur la montagne des oliviers, qui est vis-à-vis de Jérusalem, du côté de l’orient ; la montagne des oliviers se fendra par le milieu, à l’orient et à l’occident, et il se formera une très grande vallée : une moitié de la montagne reculera vers le septentrion, et une moitié vers le midi… Tout le pays deviendra comme la plaine, de Guéba à Rimmon, au midi de Jérusalem ; et Jérusalem sera élevée et restera à sa place, depuis la porte de Benjamin jusqu’au lieu de la première porte, jusqu’à la porte des angles, et depuis la tour de Hananeel jusqu’aux pressoirs du roi : Zacharie 14,3-4.10. » Plutôt que de douter, il nous faut prêter foi à la Parole qui nous est donnée. L’histoire d’Israël, depuis le début, repose sur l’impossible : la naissance d’Isaac, la sortie d’Egypte, le passage de la Mer rouge, la chute de Jéricho… Elle se terminera de la même façon qu’elle a commencé, en témoignage à la puissance de Dieu, dont l’une des vertus principales et d’appeler les choses qui ne sont pas comme si elles étaient : Romains 4,17.

Quelle est la fonction du mur d’enceinte qui entoure le temple et ses parvis ? Comme tous les autres, ce mur a valeur de séparation. Il est érigé, dit Ezéchiel, pour servir de frontière entre le saint (le lieu où se trouve le temple) et le profane (le reste du monde). Le mur franchi, on entre dans un lieu sacré, le lieu de la présence de Dieu. Ici, seules les personnes habilitées à s’y trouver peuvent s’y tenir. Aucune des activités qui s’y pratiquent n’est neutre. Toutes sont en lien direct avec le culte, la sainteté, le sacrifice qui rend possible la communion entre Dieu et les siens. Le lieu saint sera le phare qui éclairera les nations et attirera les peuples vers la montagne de l’Eternel : Esaïe 2,2 à 5. « Tous les survivants de toutes les nations venues attaquer Jérusalem, dit Zacharie, y monteront chaque année pour adorer le roi, l’Eternel, le maître de l’univers, et pour célébrer la fête des tentes : Zacharie 14,16. » « Tes portes, dit Esaïe en parlant de Jérusalem, seront constamment ouvertes, elles ne seront fermées ni le jour ni la nuit pour laisser entrer chez toi les ressources des nations, ainsi que leurs rois en cortège : Esaïe 60,11. » Que Dieu fasse bientôt rayonner sa gloire sur Jérusalem !


mercredi 27 janvier 2021

EZECHIEL 41

 

V 1 à 26 : visite de l’intérieur du temple

L’enceinte et le parvis extérieur mesurés, le guide d’Ezéchiel le fait entrer après lui dans le temple. Si le temple a une structure qui épouse les anciennes habitations de Dieu au milieu de son peuple (le tabernacle, le temple de Salomon et celui construit au temps d’Hérode), il se démarque d’elles par la disparition en son sein de certains éléments et la présence d’autres qui n’y figuraient pas auparavant. Le temple a une entrée qui mène au lieu saint, puis au lieu très saint. Dans la première partie du temple, le lieu saint, le prêtre Ezéchiel n’a pu qu’être frappé par le vide du lieu comparé à ce qui se trouvait autrefois dans le tabernacle et dans le temple de Salomon. Il n’y avait plus ni chandelier, ni table avec les pains de proposition, ni autel avec de l’encens. Seule une table vide occupait l’endroit. La table a toujours été dans l’Ecriture un symbole de communion. Alors qu’il célèbre les bons soins de l’Eternel, son berger, David exprime la sécurité qu’il trouve dans la présence de son Dieu par la table qu’il dresse devant lui face à ses adversaires : Psaume 23,5. A-t-on déjà vu deux amis s’attabler pour communier ensemble face à des ennemis qui veulent leur peau ? Peu avant sa mort, Jésus voulut instituer pour ses disciples un mémorial destiné à leur rappeler ce qu’il allait faire pour eux. C’est assis à table avec eux qu’il inaugura la première Cène, repas qui devait être perpétué par tous les croyants jusqu’à son retour : Matthieu 26,20. La Cène est la table du Seigneur : 1 Corinthiens 10,21. Qui accueille le Seigneur le fait entrer chez lui et a le privilège de souper avec lui : Apocalypse 3,20. Entrer dans le temple de Dieu, c’est depuis la venue de Jésus avoir accès direct à la communion avec lui. C’est pourquoi il n’y a désormais besoin de nul autre symbole qu’une table pour l’attester.

Que signifie être chrétien ? Quelle est l’invitation qui se cache derrière l’appel que Dieu nous adresse par son Fils ? Paul y répond ! « Dieu est fidèle, dit-il, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils Jésus-Christ : 1 Corinthiens 1,9. » Devenir chrétien, c’est avoir communion avec Dieu par Jésus-Christ, son Fils. Dans le temple nouveau que Dieu a bâti en Christ, la communion est au cœur de tout. Elle est le fondement de notre vie avec Dieu, du privilège qui nous est octroyé de nous tenir dans sa présence. C’est pourquoi, tout au long de notre marche, il nous est demandé de veiller à ce qu’elle ne se rompe pas. Dès que le péché fait irruption dans notre vie, il nous faut le confesser de manière à ce que, par la vertu du sang de Christ, la communion entre nous et Dieu soit rétablie : 1 Jean 1,6-7. En communion avec Dieu par Jésus-Christ, nous sommes aussi en communion les uns avec les autres. C’est pourquoi nous participons ensemble à la table du Seigneur au même pain et à la même coupe : 1 Corinthiens 10,16-17. Le souhait final de l’apôtre aux Corinthiens résume à lui seul le désir qui est celui de Dieu pour chacun de nous : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! :2 Corinthiens 13,13. »

Le second élément qui ne manqua pas de frapper Ezéchiel dans sa visite du temple est l’absence du voile qui, jadis, séparait le lieu saint du lieu très saint. Il y avait, certes, des portes, mais Ezéchiel les voit ouvertes. Dans les anciennes habitations de Dieu au milieu de son peuple, le voile était porteur d’une signification prophétique capitale. « Le Saint-Esprit montrait par là que le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert, tant que le premier tabernacle subsistait : Hébreux 9,8. » La présence du voile interdisant l’accès au lieu très saint indiquait que les prescriptions données par Dieu dans l’Ancienne Alliance ne pouvaient répondre parfaitement aux nécessités qui s’imposaient pour rétablir la communion entre Dieu et l’homme. Ces prescriptions, dit l’auteur de l’épître aux hébreux, étaient imposées seulement jusqu’à une époque de réforme : Hébreux 9,10. « Mais Christ est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle : Hébreux 9,12. » Il est entré dans le lieu très saint, au-delà du voile, non pour lui mais pour nous et, d’une certaine façon, avec nous : Hébreux 6,20. C’est pourquoi, au jour de sa mort, le voile du temple ancien se déchira en deux du haut jusqu’en bas : Matthieu 27,51. «Ainsi donc, frères, nous avons l’assurance d’un libre accès au sanctuaire par le sang de Jésus, accès qu’il a inauguré pour nous comme un chemin nouveau et vivant au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair, et nous avons un grand prêtre institué sur la maison de Dieu. Approchons-nous donc d’un cœur sincère, avec une pleine foi, le cœur purifié d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure : Hébreux 10,19 à 22. » Purifiés par le sang de Christ, en communion avec Dieu, nous avons un libre accès à la présence de Dieu : tel est le sens de la présence des autels du sacrifice à l’entrée du temple, de la table dans le lieu saint et de l’absence de voile entre le lieu saint et le lieu très saint dans le temple nouveau.

samedi 23 janvier 2021

EZECHIEL 40

 

5ème PARTIE : LE RENOUVELLEMENT DU CULTE

CHAPITRES 40 à 48

Deux visions encadrent le livre d’Ezéchiel. La première est celle de la gloire de Dieu décrite au 1er chapitre. Elle inaugure le départ de la gloire de Dieu du pays à cause de l’idolâtrie pratiquée par ses habitants, y compris ses élites. La seconde couvre les 9 chapitres de la fin du livre. Elle est celle du temple de Dieu restauré. Elle nous parle du retour de la gloire de Dieu dans le pays après la défaite définitive des forces du mal qui animaient l’empire du monde. Au moment où Ezéchiel reçut sa première vision, il avait 30 ans. Le prophète était déjà en exil depuis 5 ans : Ezéchiel 1,1. La seconde vision lui parvint dans la 25ème année d’exil. Ezéchiel a alors 50 ans. La période qui court de 30 à 50 ans est celle de l’exercice de la sacrificature pour les prêtres destinés à cette fonction. A cause de sa situation d’exilé, Ezéchiel n’aura jamais l’occasion d’exercer la prêtrise. Dieu le consolera en lui donnant une vision qu’il est le seul dans l’Ecriture à avoir reçu : celle du temple glorieux qui sera érigé au jour de la royauté du Messie sur terre.

Si la vision que reçoit Ezéchiel est pour un temps lointain, elle fait partie intégrante du message que Dieu lui donne pour ceux qui vivent près de lui. Le plan de la maison a pour objet de les faire rougir de leur conduite : Ezéchiel 43,10. La beauté, la grandeur, la gloire du temple sont si impressionnants qu’ils ne peuvent que confondre les Israélites qui viennent de perdre le leur. Les dimensions du temple futur témoignent de l’amplitude glorieuse du projet de Dieu pour Israël… et de la folie qu’a été leur idolâtrie qui a conduit la gloire de Dieu à quitter le pays. La majesté du temple nouveau a pour objectif de conduire les auditeurs d’Ezéchiel à la repentance. La vision a aussi un but pragmatique. Elle servira en son temps de guide pour sa construction par ses architectes et ses bâtisseurs : Ezéchiel 43,11.

Qui visite un haut lieu d’architecture pour la première fois a besoin d’un guide. Ezéchiel est celui que Dieu nous a donné. Parce qu’il ne nous est pas aisé de visualiser ce que le prophète nous décrit, je vous invite à vous reporter aux vidéos citées en marge. Elles vous donneront un aperçu détaillé de la ville et du temple dont le prophète parle ici.[1] [2] [3]

CHAPITRE 40

V 1 à 4 : visite guidée

Alors qu’il se trouve à Suse en Babylonie, c’est dans le pays d’Israël qu’Ezéchiel est transporté dans la vision qu’il reçoit de son Dieu. Dès le début du récit d’Ezéchiel, il est essentiel souligner cette vérité : tout ce que le prophète va recevoir, tout ce qui va lui être montré ne relève pas de réalités qui se trouvent dans le ciel, mais qui, en un temps donné, existeront en Israël. La vision que reçoit ici Ezéchiel confirme le message qu’il a délivré dans les chapitres précédents. Si, jusqu’à la défaite Gog, la réputation de Dieu en Israël a été salie et ternie, la restauration du pays va ouvrir une ère sans pareille dans son histoire. Dieu va magnifier son nom au-delà de tout ce qui a été vu jusqu’à présent. L’opprobre attaché à l’appellation sous laquelle Dieu se désignait dans le passé, le Dieu d’Israël, ne sera désormais plus de mise. Pour toutes les nations, pour tous les peuples, les noms de Dieu et celui d’Israël, indissolublement liés, seront synonymes de gloire, de majesté et de primauté sur tout ce qui peut se nommer.

Saisi par l’Esprit de Dieu, Ezéchiel, 14 ans après la prise de Jérusalem, est déposé sur une haute montagne de son pays. Bien qu’il connaisse sa patrie, Ezéchiel n’identifie pas le lieu où il se trouve. Soit le prophète ne le reconnait pas, soit il n’a pas la liberté de le nommer. Le fait qu’Ezéchiel se retrouve sur une position dominante témoigne d’une volonté de Dieu. Dieu veut que ce qu’il va lui montrer soit vu de tous et de loin. Il veut que les réalités qui constituent l’objet de la vision dominent la vie du nouvel Israël, qu’elles soient perçues comme le centre de son existence. Encore distant de ce qui se trouve sur cette montagne, Ezéchiel discerne de loin des bâtiments qui lui font penser à une ville. Il verra plus tard que cette ville n’est autre que le temple de Dieu. Un nouveau déplacement aéroporté conduit Ezéchiel à l’entrée du lieu vu de loin, face à un homme qui va lui servir de guide. Bien qu’ayant un aspect humain, le guide d’Ezéchiel ne lui est pas semblable. Son aspect, dit-il, ressemble à celui du bronze (ou l’airain). Il avait sur lui quelque chose qui relevait à la fois de l’humain et du céleste. Le guide d’Ezéchiel tenait dans ses mains deux choses. La 1ère était un cordon de lin, outil qui servait à mesurer de grandes longueurs. La seconde était une canne, outil utilisé pour métrer des mesures courtes. L’objectif du guide n’est pas seulement de faire visiter à Ezéchiel le lieu où il se trouve. Il veut que celui-ci prenne note de tout ce qui va lui être montré et retienne les mesures qui vont être relevées pour les communiquer à la communauté d’Israël. Une telle directive n’est pas donnée pour rien. Elle suppose que le plan de ce qui va être révélé à Ezéchiel serve de guide pour le jour où la vision se réalisera. Le fait que ce rapport se trouve dans le livre du prophète témoigne qu’il a rempli fidèlement sa mission.

V 5 à 16 : vision du parvis extérieur du temple, côté Est

Conduit à l’endroit où il avait vu de loin comme une ville sur une haute montagne, Ezéchiel se trouve placé face au temple. Au vu de la place que prend dans le livre sa description détaillée, la prophétie a pour but de souligner la place centrale qu’occupera celui-ci au jour de la royauté terrestre du Messie d’Israël. La centralité du temple dans l’Israël restauré, devenu pour le monde le lieu de la manifestation de la gloire de Dieu, témoigne de la nécessité de faire du culte rendu à Dieu le noyau de la vie de l’humanité. Alors que, depuis la genèse, Dieu était rejeté à la périphérie de la vie des hommes, le règne du Messie rétablit l’ordre originel des choses. Au centre de tous les regards, de toutes les attentions, se trouve le Seigneur, à qui chacun est appelé à rendre son culte. Placé au centre de la terre, le temple, tel un aimant, est appelé à attirer vers Dieu le cœur de tous les hommes de quelque endroit qu’il se trouve. Le temple est le lieu de rassemblement des peuples autour de Dieu et autour de son peuple.

En tant que petite communauté rassemblée dans la foi autour de notre Seigneur, parfois dans de simples maisons, nous ne prêtons guère d’attention à la majesté du cadre dans lequel, dans le passé, nos pères ont voulu rendre culte à Dieu. Nous n’avons pas forcément raison sur ce point. Si le fait de nous retrouver dans des lieux de vie habituels invite nos contacts à pressentir que notre Dieu est un Dieu proche et accessible, l’architecture impressionnante des temples et cathédrales du passé suggérait d’emblée aux visiteurs de ces lieux qu’il se trouvait face à un Dieu souverain revêtu de royauté et de grandeur. Le cadre dans lequel nous rendons notre culte n’est pas le seul élément qui témoigne du Dieu auquel nous croyons. Mais il n’est pas neutre. Avec d’autres, tels notre tenue, nos attitudes, le contenu de nos chants, le saint respect que nous avons de son nom, il transmet quelque chose de la conscience que nous avons de qui il est.

La visite que fait Ezéchiel du temple qui se trouve devant lui commence par ses abords. Ezéchiel voit en premier le mur d’enceinte qui entoure le temple de tous côtés. La hauteur du mur comme sa largeur sont identiques. Elles font 3 mètres. Puis Ezéchiel entre par le côté Est dans le parvis extérieur du temple. Il franchit une porte au-delà laquelle se trouve des locaux de forme carré, ayant pour tous leurs côtés la même mesure de trois mètres. Ce qui frappe dès le début est la symétrie de la construction. Les mesures sont précises, identiques pour nombre d’éléments. Dans le passé déjà, David le faisait remarquer pour la ville de Jérusalem. « Nos pas se sont arrêtés, disait-il, dans tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, tu es construite comme une ville qui forme un ensemble parfait : Psaume 122,3. » Dieu, dit Paul, n’est pas un Dieu de désordre : 1 Corinthiens 14,33. Il est un Dieu qui aime l’harmonie. Il a fait le corps, qui est une image de son temple, de manière à ce que chaque membre trouve sa place à l’endroit où il l’a voulu pour l’unité de l’organisme : 1 Corinthiens 12,12 à 14. La construction du corps ne relève pas d’une fantaisie, mais d’une disposition réfléchie par Dieu : 1 Corinthiens 12,24, tout comme le temple que visite Ezéchiel. Quelle impression les visiteurs de nos communautés ont-ils de notre Dieu en nous voyant ? Quelle image de sa personne nos attitudes, la façon avec laquelle nous sommes devant lui, le cadre, l’atmosphère qui se dégage de nos rencontres, leur renvoie-t-elle ? C’est à cette première réflexion que nous invite la visite guidée du temple auquel nous convie Ezéchiel ?

V 17 à 37 : les entrées

Après avoir vu l’entrée côté Est, Ezéchiel sera conduit successivement par son guide vers l’entrée Sud (v 24) et l’entrée Nord (v 35). Il y avait ainsi trois voies d’accès, à partir de l’extérieur vers le parvis intérieur du temple. Le côté Ouest ne comportait pas d’entrée pour la simple et bonne raison que le temple se trouvait adossé à ce côté. Ce triple accès au temple correspondait à une intention : celle de faciliter l’accès à tous les pèlerins venus des quatre coins du pays et du monde pour adorer. Si, dans le passé, l’accès au temple était réservé aux seuls Juifs circoncis, ce qui était marqué par le fait que le tabernacle ou le temple de Salomon ne disposaient que d’une entrée, cela n’est plus le cas ici. Paul rappelle que l’un des bénéfices de la croix est d’avoir renversé le mur qui séparait autrefois Juifs et païens : Ephésiens 2,14. L’ordre donné à Jésus à ses disciples après la résurrection est de faire de toutes les nations des disciples, ce qui sera pleinement réalisé au jour de sa royauté : Matthieu 28,19. La façon avec laquelle est conçu le temple que voit Ezéchiel n’a pas seulement pour objet de communiquer à ses visiteurs une idée de la majesté et de la grandeur de celui que l’on vient adorer. Elle est aussi porteuse d’un message d’ouverture et d’accueil de ce Dieu. Avec ses trois ouvertures, le temple semble dire avec Jésus : « Venez… ! », une invitation sans cesse réitérée dans toute la Parole de Dieu : Psaumes 34,11 ; 46,8 ; 66,5.16 ; 95,1 ; 95,6 ; 100,2 ; Esaïe 2,3.5 ; 45,20 ; 55,1.3 ; Jérémie 50,5 ; 51,10 ; Osée 6,1 ; Michée 4,2 ; Matthieu 11,28 ; 22,4 ; 25,34. « L’architecture, dit l’architecte japonais Tadao Ando, est un langage universel, une affaire de géométrie mais aussi de spiritualité. Selon les circonstances, on peut choisir un carré ou un triangle, mais, au fond, le résultat de tout cela doit être un lieu qui parle au cœur des humains.[4] »

V 38 à 43 : des tables pour les sacrifices

Poursuivant sa visite du côté de l’entrée Nord, Ezéchiel vit une salle destinée à être le lieu où étaient lavées les victimes offertes en holocaustes. De chaque côté de l’entrée du vestibule de cette salle se trouvaient deux tables sur lesquelles on devait égorger les animaux offerts en sacrifices. Les sacrifices offerts dans le temple étaient du même type que ceux définis dans le lévitique : holocaustes, sacrifices d’expiation et de culpabilité. Au total, ce fut huit tables qu’Ezéchiel dénombra en vue de cette utilisation.

La présence de ce mobilier, rattaché à la période précédant la venue de Christ, n’a pas manqué tout au long des âges d’interroger les commentateurs. Selon l’auteur de l’épître aux hébreux, une lettre destinée spécifiquement aux Juifs, la mort et la résurrection de Christ signent l’arrêt définitif du système ancien par lequel les Juifs s’approchaient de Dieu. « Les dons et les sacrifices présentés (sous l’Ancienne Alliance), dit-il, ne peuvent pas rendre parfait, sur le plan de la conscience. Avec les aliments, les boissons, les diverses ablutions et les règles relatives au corps, c’étaient des prescriptions imposées seulement jusqu’à une époque de réforme : Hébreux 9,9-10. » Cette époque de réforme survenue, on comprend mal pourquoi dans le nouveau temple érigé au temps de la royauté terrestre de Christ, il est nécessaire de réintroduire des éléments dépassés par sa venue.

Sans fournir d’explication complète, il nous faut tenir compte de ces quelques éléments de réponse. La 1ère chose dont nous devons nous souvenir est que les révélations reçues par Ezéchiel sont d’abord destinées à ses contemporains exilés. Ezéchiel exerce son ministère dans la période la plus funeste de l’histoire d’Israël. La ville de Jérusalem et le temple sont détruits. Le pays est dépossédé de ses habitants. La gloire de Dieu est bannie du pays. A vue humaine, l’avenir du peuple élu est des plus sombre. La vision qu’Ezéchiel communique a pour but de raviver l’espoir des Israélites exilés. Ce n’est pas parce qu’Israël a failli dans sa mission que Dieu est incapable d’accomplir ses promesses. La gloire de Dieu reviendra, après des siècles d’absence dans le pays. Israël sera le phare spirituel des nations qui afflueront à Jérusalem pour rendre gloire à son Dieu. La seconde chose dont il faut nous rappeler est qu’Ezéchiel s’adressant à des Juifs leur parle le langage qu’ils comprennent. Toute la culture juive de l’approche de Dieu repose sur le système lévitique des sacrifices. Le salut du monde, des nations, a dit Jésus, vient des Juifs : Jean 4,22. Est-ce pour le signifier aux nations que Dieu, d’une manière qui n’en est que l’ombre, le rappelle par ce mobilier et ces rites aux pèlerins venus du monde entier pour adorer le Dieu d’Israël ? Ne prenons-nous pas aujourd’hui la Cène dans nos Eglises dans ce but ? Les sacrifices offerts par les prêtres dans le nouveau temple n’auraient pas de vertus purificatrices, mais valeur de rappel. Il fallait pour que le péché soit expié que le sang soit versé. Christ est la victime parfaite dont les sacrifices offerts ici ne sont que l’ombre. Le dernier élément à prendre en compte est le fait que, si glorieux soit le temple présenté ici, il n’est pas la dernière habitation de Dieu parmi les hommes. Nous sommes ici encore dans un état temporel, auquel succèdera l’éternité. Or Jean le précise dans son Apocalypse : dans les temps éternels, « il n’y aura plus de temple dans la ville. Car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l’Agneau : Apocalypse 21,22. » Le salut, la rédemption des nations passe par Israël. Le dernier temple cumule tous les symboles de la révélation dont Christ est le centre et l’accomplissement.