jeudi 26 novembre 2020

EZECHIEL 33

 

A.      Ezéchiel, la sentinelle de Dieu : v 1 à 20

 

V 1 à 6 : cas de figure

 Après la vision que reçut Ezéchiel de la gloire de Dieu (Ch 1), celui-ci lui assigna la mission qui serait la sienne auprès du peuple (Ch 2). Habité par l’Esprit, Ezéchiel avait la charge de délivrer au peuple de Dieu les messages qu’il recevait de la part de son Dieu. Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, les gens de Juda sauraient qu’il y a parmi eux un prophète dépêché par Dieu pour les avertir : Ezéchiel 2,5. Jusqu’à ce chapitre, le livre d’Ezéchiel témoigne de la fidélité avec laquelle le prophète s’est acquitté de sa mission. Mises à part quelques rares touches, les messages du prophète sonnaient comme des avertissements sévères envers le peuple de Dieu. L’heure n’est plus à la repentance, mais à la préparation du jugement qui va s’abattre sur le reste qui subsiste encore en Juda.

 La partie que nous abordons du livre d’Ezéchiel est davantage porteuse d’espoir. Dieu, dit l’apôtre Paul, ne se repent pas de ses dons et de son appel : Romains 11,29. A cause du caractère irrévocable de celui-ci, il y a un espoir pour Israël. En introduction de cette nouvelle tranche du livre d’Ezéchiel, l’Eternel précise à nouveau quelle est la fonction première d’Ezéchiel. Il la présente sous la forme d’un cas de figure qui permet d’identifier avec précision la responsabilité qui repose sur chacun dans ce qui advient au peuple en entier. L’image utilisée est celle de la sentinelle.

 Le rôle que jouait une sentinelle en temps de guerre était connu de tous. La sentinelle était en quelque sorte la gardienne du salut de la communauté. Placée sur un point élevé, un rempart ou une tour de guet, elle avait comme office principal de prévenir des dangers qui guettaient la cité. La sentinelle devait avoir l’œil ouvert. Elle ne pouvait se permettre de sommeiller, d’être nonchalante, distraite ou de se donner à autre chose que ce pour quoi elle occupait son poste. Si importante que soit la fonction qu’occupait la sentinelle, sa responsabilité se limitait cependant au fait de prévenir ceux qui étaient sous sa protection des périls qui pointaient à l’horizon. Sa mission accomplie, la réaction de ceux qu’elle avait avertis n’était plus de son ressort. Si un citoyen, ayant entendu le son de la trompette émis par la sentinelle, ne le prenait pas au sérieux, celle-ci était dégagée de sa responsabilité. Si, à l’inverse, la sentinelle ne faisait pas son travail, le citoyen mourrait certes à cause de ses fautes (nous sommes toujours ici dans un contexte de jugement). Mais Dieu demanderait aussi compte à la sentinelle pour son manquement à son devoir et sa négligence.

V 7 à 9 : Ezéchiel sentinelle

Le rôle que joue une sentinelle dans la sauvegarde d’un peuple rappelé, Dieu réaffirme à Ezéchiel la vocation qui est la sienne :  cf Ezéchiel 3,16 à 21. Il est, par sa fonction de prophète, la sentinelle qu’il a donnée à Juda pour son bien. Désormais, tout le devenir du peuple est lié à l’attitude qu’il adoptera à l’égard des signaux et des avertissements émis par lui. La caractéristique première de la sentinelle qu’est Ezéchiel est de voir d’avance le danger qui, au loin, menace le peuple. En tant que sentinelle et prophète, Ezéchiel est un visionnaire. Alors que, dans la ville, chacun est occupé à ses propres affaires, le regard de la sentinelle se porte vers l’horizon. De toutes les directions que son point de vue élevé lui permet d’embrasser, elle est la première qui discerne de quel endroit surgit le péril qui menace la cité. La sentinelle n’est pas seulement la gardienne de la cité, mais encore de la vie de chacun à l’intérieur de ses murs. Ezéchiel est une sorte de voyant pour tous, mais aussi pour chaque personne. Les messages que Dieu lui ordonne d’adresser ne sont pas que généraux. Ils sont individualisés. Aussi Ezéchiel ne doit-il pas craindre la confrontation directe et personnelle avec des individus : elle fait partie de son mandat. Ezéchiel n’est pas seulement un censeur. Il doit se souvenir que le but premier de son action est le salut de ceux qu’il prévient, non leur jugement. Si le méchant averti se laisse convaincre et change de conduite, il vivra. S’il passe outre la parole qu’il reçoit, il mourra. La responsabilité d’Ezéchiel ne sera à charge contre lui que s’il n’a pas rempli avec fidélité sa fonction.

V 10 et 11 : les motivations divines

Alors que, jusque-là, les messages d’Ezéchiel témoignaient du caractère impénitent d’Israël, il apparaît ici que le ton change. C’est que le temps a passé. Les prophéties d’Ezéchiel se sont accomplies. La gloire de Dieu a quitté le temple établi à Jérusalem. La menace de la déportation à Babylone du reste qui était en Juda s’est réalisée. Le peuple a pris la mesure de l’exactitude des annonces d’Ezéchiel et de tous les prophètes qui l’ont précédé. Dans l’état dans lequel se trouvent les exilés, l’esprit frondeur a fait place à la résignation, voire au découragement. Dans l’humiliation, les yeux de chacun se sont ouverts. La communauté comprend à quel point son péché est grand, ses transgressions nombreuses. Elle désespère d’un avenir possible pour elle.

S’il ne lui a pas épargné le châtiment, le Seigneur tient à consoler son peuple. Tout ce qui est arrivé à Israël n’avait pas pour but de le détruire, mais de le conduire à la contrition à cause de ses fautes. Même si Israël peut être rangé dans la catégorie des méchants, il n’est pas dans le plaisir de Dieu de le voir mourir. Les pensées de Dieu pour son peuple sont des pensées de salut, d’espérance. Il suffit à Israël de changer de conduite, de renoncer aux pratiques qui ont provoqué le courroux de Dieu pour être au bénéfice de sa faveur. Après avoir été incrédule quant aux avertissements que Dieu lui a donnés pour qu’il échappe au jugement, il ne faudrait pas qu’Israël le soit maintenant quant aux promesses de sa grâce. Le projet de Dieu n’est pas la destruction de son peuple, mais sa restauration. C’est là la tonalité qu’Ezéchiel va donner à ses prophéties à partir d’ici et jusqu’à la fin de son livre.

V 12 à 16 : cas de jurisprudence

Le rôle d’Ezéchiel, en tant que sentinelle de Dieu auprès de son peuple, est d’avertir le méchant du jugement qui l’attend suite à ses actions mauvaises, afin de l’inciter à y renoncer et à faire le bien. Comme il vient de le préciser, Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant. Ce qu’il souhaite au plus profond de lui, c’est son salut. L’intention de Dieu précisée, il reste à définir les principes qui guident ses sentences dans l’application de sa justice envers chacun. C’est ce qu’Ezéchiel énonce ici au travers de divers cas qui fondent la jurisprudence divine.

Sur quelle base Dieu déclare-t-il qu’une personne est juste ? La réponse est, dans tous les cas évoqués, la même. Le juste n’est pas celui qui, un certain temps, à mené une vie bonne, conforme aux exigences de la loi. Le juste est celui qui a persévéré jusqu’à la fin dans cette disposition. Si un juste venait à commettre le mal après avoir pratiqué le droit et la justice, ce qu’il a été dans le passé ne peut couvrir le mal qui a suivi. Le statut de juste requiert de celui à qui il est attribué une constance dans la pratique du bien. Il en est du juste comme de celui qui, sur le plan légal, paie un loyer au propriétaire de son appartement. Tous les mois où il a été fidèle dans ses règlements ne peuvent justifier ou compenser ceux où, soudain, il ne s’est plus acquitté de ce qu’il devait. Si le juste est celui qui persévère dans une conduite que Dieu approuve, qu’en est-il du méchant ? Peut-il un jour être reconnu comme juste ? Oui, répond Ezéchiel ! Si, après avoir commis le mal, le méchant renonce à sa mauvaise conduite, s’il se met à faire le bien, il ne sera pas sanctionné pour son passé mauvais. Son changement d’attitude et de comportement lui vaudra le pardon de Dieu et la grâce d’être déclaré juste.

Au regard de la jurisprudence énoncée ici, on peut conclure qu’il existe deux dangers différents auxquels sont exposés le juste et le méchant. Le danger du juste est de se croire tellement en sécurité à cause de sa justice qu’il en vient à baisser sa garde. Sûr de lui, le juste se relâche. Il commence à entrer dans des compromis et, de glissades en glissades, il en vient à commettre ouvertement le mal. Arrivé à ce stade, le juste a perdu son statut. Si exemplaire a-t-il été dans le passé, tout ce qui a fait sa réputation de juste est annulé. Le danger du méchant est autre. Celui-ci peut se penser si irrécupérable qu’il ne se donne pas la peine de s’amender. Le méchant a besoin d’entendre que Dieu est prêt à lui pardonner ses méfaits s’il prend la décision de renoncer à ses injustices. Dieu attend du juste qu’il reste ferme et vigilant sur sa conduite. Il attend du méchant qu’il se détourne du mal et s’en repente.

La jurisprudence énoncée ici a-t-elle cours dans la Nouvelle Alliance. La Nouvelle Alliance est fondée sur le postulat qu’il n’y a pas de juste devant Dieu : Romains 3,10. Tous donc doivent se repentir pour être justifié par Christ. Justifiés, les croyants en Christ sont appelés à une vie juste et sainte. La grâce dont ils sont l’objet n’a pas pour unique but d’effacer leurs transgressions. Elle les enseigne à renoncer à un mode de vie impie, aux convoitises du monde et à vivre dans le temps présent conformément à la sagesse, la justice et la piété : Tite 2,12. Le croyant véritable, né de nouveau en Jésus-Christ, ne perd pas son salut et sa justice en péchant. Mais il doit savoir que la désobéissance l’expose au châtiment de Dieu qui, dans des cas extrêmes, peut aller jusqu’à la mort : Hébreux 12,4 à 11 ; 1 Corinthiens 11,30 ; Actes 5,1 à 11. Le bien ou le mal que l’on fait, en tant qu’enfant de Dieu, n’est pas sans incidence sur notre parcours. Dieu peut rétablir dans sa communion tout croyant qui pèche, s’il se repent. Mais l’Ecriture nous avertit de ne pas abuser de cette doctrine. Dieu reste pour nous un Dieu trois fois saint qui, s’il est notre Père plein de miséricorde, mérite notre plus grand respect et notre plus grande dévotion. Servons-le donc avec reconnaissance et dans la crainte de ce qu’il est !

V 17 à 20 : désaccord

Ezéchiel ayant exposé les principes qui guident les arrêts que Dieu prend dans sa justice au sujet de la conduite de chacun, des membres du peuple de Dieu lui firent part de leur mécontentement. Sans doute approuvait-il l’idée que le juste soit récompensé pour sa droiture et le bien qu’il fait. Mais que toute sa justice soie effacée pour une faute commise plus tard, ou que le méchant soit gracié de ses forfaits à cause d’une repentance tardive, ne passait pas. Les contestataires auraient préféré que Dieu pèse la conduite de chacun en fonction de la somme de bonnes choses et de mauvaises qu’il a faites. Selon le cas, aurait été déclaré juste celui qui démontrait dans sa vie que le bien qu’il avait fait surpassait le mal, et méchant l’inverse. Le temps dans lequel parle Ezéchiel ne connait pas encore dans sa plénitude le principe selon lequel la justification s’opère sur la base de la grâce. Mais il l’amorce et, déjà, la réaction des contemporains du prophète démontre le scandale qu’il représente pour ceux qui, s’appuyant sur leur propre justice, espèrent être agréés de Dieu. Pour autant, le Seigneur ne va pas, dans sa façon d’agir, contre ce sens commun de la justice. Oui, il tient compte de la conduite de chacun. Mais il ne le fait pas de manière comptable. Ce qui prévaut dans son jugement est la disposition de cœur dont font preuve les prévenus qui sont à la barre de son tribunal. Il n’est pas de la justice de Dieu de déclarer juste quelqu’un qui, ayant abandonné le chemin de la droiture, se rend soudainement coupable de malversations et de malhonnêteté. De même, il n’est pas équitable de traiter le méchant comme s’il l’était encore, alors qu’il a visiblement changé d’attitude et de comportement. La grâce de Dieu prévaut sur le nombre de forfaits commis lorsque, dans le cœur, elle rencontre une vraie repentance. La justice de Dieu ne peut être imputée à celui qui, ayant commencé à faire le bien, finit par s’en détourner. Dieu ne regarde pas à nos mérites ou nos démérites, mais aux dispositions qui se forment dans nos cœurs. En matière de jugement, il nous faut nous souvenir que ce n’est pas notre conception de la justice qui compte, mais celle de Dieu.

V 21 à 23 : annonce de la chute de Jérusalem

C’est la 5ème année de l’exil des captifs à Babylone qu’Ezéchiel reçut l’appel de Dieu d’être son prophète : Ezéchiel 1,2. En tant que tel, nous avons vu qu’Ezéchiel ne s’appartenait plus. Le prophète ne serait plus libre de ses mouvements. Esclave de Dieu, il ne devait parler que lorsque Dieu lui en donnait la capacité. Le reste du temps, Ezéchiel était muré dans le silence : Ezéchiel 3,26. Toute la prophétie d’Ezéchiel à destination de son peuple avait pour objet la chute et la fin de Jérusalem. Réduit à la seule existence de sa capitale, le royaume de Juda ne tenait qu’à un fil. La portion congrue d’Israël ne subsisterait que dans la mesure où le roi établi par le conquérant babylonien lui prêtait allégeance. Ce ne fut pas le cas. Cherchant secours auprès de l’Egypte, il travaillera à briser en vain le joug que l’Eternel a posé sur lui. Ce qui devait arriver arriva. Sept ans après qu’Ezéchiel reçut l’appel de Dieu, soit la 12ème année de l’exil, un rescapé enfui de Jérusalem annonça aux exilés que la ville était tombée. Comme l’avaient annoncé les prophètes, entre autres Jérémie et Ezéchiel, c’en était fini d’Israël.

La cible première de la prophétie d’Ezéchiel visant son peuple, la fin de Jérusalem ne justifiait plus qu’il reste dans le mutisme. Imposé par Dieu, celui-ci n’avait qu’un but : que les Israélites connaissent par ce signe qu’un prophète était au milieux d’eux : Ezéchiel 2,5. Israël n’existant plus en tant que nation, le ministère d’Ezéchiel pouvait s’orienter exclusivement vers les exilés. Il ne s’agit plus de prévenir le peuple de Dieu du danger de disparition qui le guette à cause de ses désobéissances, mais d’orienter ses regards vers son futur. C’est le sens de toute la section du livre du prophète dont ce chapitre fait partie. La fin de la capitale juive met fin aux contraintes que Dieu imposa à son serviteur pour le temps où le cœur de son message la concernait. La prophétie accomplie, une nouvelle étape débute pour Ezéchiel pour laquelle les anciennes mesures ne s’imposent plus.

Même si le serviteur de Dieu reste toute sa vie le doulos de Dieu, il ne vit pas toujours dans les mêmes conditions. Son sort est ajusté au service qui lui est demandé. Il est du plus haut point que chacun comprenne au cours du temps ce à quoi Dieu l’appelle. Le ministère n’est pas statique. Il évolue avec les nouvelles donnes que Dieu nous impose. Nous ne faisons pas à trente ans ce que nous ferons à cinquante, et au jour de la retraite ce que nous faisions avant. Comme les autres hommes, nous sommes aussi soumis aux bouleversements politiques et sociétaux du temps dans lequel nous vivons. L’irruption d’une guerre, d’une pandémie ou d’un régime autoritaire nous oblige à nous adapter. Le témoignage d’Ezéchiel nous rappelle que, si nous pouvons être surpris par les changements soudains qui se produisent dans notre environnement, Dieu ne l’est pas. Il saura en temps voulu nous équiper et nous faire entrer dans ce qu’il a prévu pour nous dans cette circonstance nouvelle.

V 24 à 29 : cause de la chute de Jérusalem

Tout a commencé pour Israël avec Abraham, ai-je dit en introduction de ce livre. Des siècles plus tard, Abraham, le père de la nation, reste la figure de référence des Israélites. N’est-il pas celui qui, dès l’origine, a reçu les promesses par lesquelles Israël est devenu le peuple élu de Dieu ? La terre qu’il occupe ne lui a-t-elle pas été donnée en héritage ? « Si Abraham, lorsqu’il était seul, a reçu le pays de la main de Dieu, à plus forte raison celui-ci nous appartient-il, nous, sa descendance nombreuse, pensent les Israélites qui errent dans les ruines du pays. » Dans l’ordre logique des choses, oui, il devrait en être ainsi. Encore faudrait-il, comme le dira Paul plus tard, que ceux qui se réclament d’Abraham marchent sur ses traces : cf Romains 4,12. Ceux-là sont les vrais fils d’Abraham, les Juifs qui méritent de porter ce nom. Mais ici, de loin, ce n’est pas le cas !

L’apôtre Paul et Ezéchiel n’ont pas vécu ensemble. Ils ne se sont pas parlé. Mais tous les deux sont sur la même ligne de pensée quant à la définition de ce qu’est un vrai fils d’Abraham. Le portrait que dresse Paul de l’hypocrisie des Juifs de son temps est, pour ainsi dire, le copier/coller de ce que dit Ezéchiel ici. « Vous vous dites les héritiers d’Abraham, dit le prophète aux Israélites errant dans les ruines dévastées de leur ville. Tout votre comportement témoigne que vous ne l’imitez en rien. L’une après l’autre, les prescriptions de la loi sont bafouées. Vous mangez le sang, vous commettez l’adultère, vous adorez des idoles, vous commettez des crimes… et vous posséderiez le pays ? Ce à quoi vous devez vous attendre est d’être consumé par la colère de Dieu. Ce n’est pas le relèvement qui est devant vous, mais la mort par l’épée, la peste et les bêtes sauvages. » « Toi qui de dis Juif, dira Paul, tu enseignes les autres, et tu ne t’enseignes pas toi-même ! Toi qui prêches de ne pas voler, tu voles ! Toi qui dis de ne pas commettre adultère, tu commets l’adultère ! Toi qui as les idoles en horreur, tu pilles les temples ! Toi qui places ta fierté dans la loi, tu déshonores Dieu en la transgressant ! : Romains 2,21 à 23. » Les deux hommes se rejoignent sur une vérité fondamentale de la foi : on ne peut revendiquer devant Dieu quoi que ce soit comme titre ou statut que dans la mesure où celui-ci correspond à la réalité de notre vécu.

L’hypocrisie que dénoncent Paul et Ezéchiel à propos des Juifs concerne aussi aux chrétiens, héritiers d’Abraham dans la foi. Non ! Il ne suffit pas de se déclarer tel pour prétendre jouir de la bénédiction divine attachée à ce titre. Encore faut-il prouver par sa vie l’évidence de ce statut. Dans l’absolu, dira Paul, seul le Seigneur connait ceux qui lui appartiennent. Mais quiconque prononce le Seigneur, qu’il s’éloigne de l’iniquité : 2 Timothée 2,19. En effet, dira Jésus aux Juifs de son temps, ceux qui me disent : « Seigneur, Seigneur ! » n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père céleste : Matthieu 7,21. » L’hypocrite peut se tromper lui-même et les autres. Mais il ne trompera jamais Dieu !

V 30 à 33 : Ezéchiel chanteur

Quel prédicateur, appelé par Dieu et habité par sa parole, ne se réjouirait pas de voir les foules venir à lui pour entendre ses messages ? N’est-ce pas là le désir de chacun qui est serviteur de Dieu, le sujet de sa prière ? Ezéchiel, en apparence, fait partie de ses privilégiés. Reconnu comme prophète, il voit se déplacer de nombreux Israélites désireux d’écouter ce qu’il à dire. Assis religieusement à ses pieds, ils hochent avec satisfaction de la tête et témoignent de leur enthousiasme à l’ouïe de ses propos. Ils aiment le ton de sa voix, la justesse de ses mots, la précision de ses oracles. A la vue de ce spectacle, Ezéchiel aurait toutes les raisons d’être ravi. S’il devait rendre compte à d’autres du fruit de son travail, il ne pourrait que rendre grâces à Dieu. La parole est prêchée ! Des foules réceptives viennent l’écouter. Après qu’il a parlé, elles en redemandent. Que désirer de plus ?

Si Ezéchiel peut être trompé par ces signes visibles de ferveur parmi ses auditeurs, Dieu ne l’est pas. Au-delà du visible, Dieu voit l’invisible. Les expressions extérieures de l’engouement que suscitent un message ou un prédicateur ne lui suffisent pas. Elles peuvent, certes, être la manifestation d’une profonde adhésion du cœur à la parole prêchée. Mais elles ne peuvent être aussi que le fruit de l’excitation que provoque un spectacle qui charme les yeux ou les oreilles. Chacun d’entre nous le sait. Il nous est facile d’être remué par des choses de rien. Un film sentimental peut nous arracher des larmes, comme l’écoute d’une belle musique. Bien qu’inspiré et fidèle à la parole, Ezéchiel n’est pas pris au sérieux par ses auditeurs comme il le devrait. Ils se rendent certes nombreux auprès de lui. Mais, dit l’Eternel, son public ne diffère pas de celui qu’attire un auteur-compositeur doué pour le chant. Les Israélites ne viennent voir et écouter Ezéchiel que pour le spectacle et les sensations qu’il leur procure. Mais au fond d’eux-mêmes, ils n’ont nulle envie de mettre en pratique ce que ses messages ordonnent. Preuve en est par le fait qu’ils ne se détournent pas de leurs pratiques malhonnêtes.

Qu’êtes-vous allés voir au désert ? a demandé à trois reprises Jésus à ceux qui s’étaient rendus auprès de Jean-Baptiste : Matthieu 11,7 à 9. Cette question devrait se poser à chacun de nous qui se rend à un lieu de culte. A l’heure où le service dominical rendu à Dieu et la prédication de la parole se muent en shows en bien des endroits, les serviteurs de Dieu qui optent pour ce style devraient aussi s’interroger. Si, au temps d’Ezéchiel, alors qu’il n’y avait ni micro, ni spots, ni instruments de musique, ni power-point, ni mise en scène impressionnante, le risque était là que l’on vienne écouter un prophète pour le plaisir des sens, qu’en est-il aujourd’hui ? Ne devrions-nous pas, à l’heure où le sensationnel prévaut partout, davantage opter pour la sobriété et la simplicité ? Certes, le problème des motivations qui étaient dans les cœurs ne relevait pas d’Ezéchiel. Lui ne faisait que son travail avec fidélité devant Dieu et les hommes. Nous nous devons cependant de tout faire pour ne pas encourager ce qui favorise l’exaltation des sentiments par les sens. Le but de notre service ne sera jamais d’offrir un spectacle, comme si ceux qui viennent nous écouter doivent en avoir pour leur argent. Il nous faut veiller à sonder régulièrement les motivations des cœurs. Car, comme le dit Jésus, au final, heureux sont ceux qui, non seulement écoutent la parole de Dieu, mais qui la gardent : Luc 11,28.

 

 

vendredi 13 novembre 2020

EZECHIEL 32

 

V 1 à 16 : complainte sur l’Egypte

Après celle sur Juda : Ezéchiel 19, et sur Tyr : Ezéchiel 27, c’est la 3ème complainte qu’Ezéchiel entonne dans son livre. Elle touche cette fois-ci l’Egypte. Les complaintes d’Ezéchiel ont toutes le même but. Après avoir établi les actes d’accusation qui légitiment le jugement à venir de Dieu sur les entités qui en sont l’objet, la complainte résume de manière poétique et imagée la vision qu’a Dieu de leurs parcours et les effets que leur ruine produit sur leur entourage. Il n’y a rien qui n’ait déjà été dit par les paroles prophétiques qu’a délivré Ezéchiel dans le contenu de sa complainte sur l’Egypte. La complainte souligne d’abord l’impression de puissance que donnait le pays des Pharaons sur les autres peuples. L’Egypte est comparée à une lionne, symbole de royauté et de noblesse, ou à un crocodile, animal réputé terrifiant. L’idée principale évoquée ici est que, parmi tous les royaumes qui composaient les empires, l’Egypte paraissait l’un de ceux contre lesquels il valait mieux réfléchir à deux fois avant de l’attaquer. Peu d’animaux dans la savane ont une envergure suffisante pour oser défier le lion et, dans les fleuves, le crocodile. Pourtant, au jour où Dieu jugera l’Egypte, elle ne pourra rien contre les peuples violents qu’il va dépêcher contre elles pour la détruire. L’Egypte ne sera plus l’Egypte. Délogée de sa place, sa foule bruyante et ses richesses seront dispersées parmi les nations et feront le bonheur de celles-ci. Les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre s’abattront sur le cadavre de l’Egypte et se repaîtront de ses chairs. Jour de joie pour certains, le jour de la ruine de l’Egypte sera pour d’autres synonyme de deuil et de terreur. Car, si l’Egypte n’a pu tenir face à Nebucadnetsar, comment eux le pourraient-ils ?

La complainte d’Ezéchiel n’est pas vraiment de lui. Elle est, selon son propre commentaire, la reprise du chant entonné par les filles des nations à la chute de l’Egypte : v 16. Elle témoigne du ressenti de celles-ci à cette nouvelle stupéfiante. Tant que l’équilibre des forces prévaut, la paix et la sécurité de chacun est à peu près assurée. Mais que se produit-il le jour où une puissance nouvelle et agressive entreprend de bousculer le fragile équilibre des nations ? Tout est alors chamboulé. La tranquillité apparente disparaît pour faire place à la crainte. Les médias du monde s’affolent et l’angoisse monte parmi les nations. Le scénario décrit ici par Ezéchiel se répète. Le croyant sait cependant que le bouleversement des peuples n’est pas le produit du hasard. Il est l’œuvre de la main de Dieu qui, en son temps, ébranle tout ce qui peut l’être pour que seul subsiste l’inébranlable : Hébreux 12,27. Dans l’ordre final des choses, le chaos précède l’ordre, l’effondrement et le jugement des empires humains, l’établissement du royaume éternel de Dieu. Que notre cœur ne soit pas, comme celui des autres, inquiets à l’écoute des nouvelles qui nous parviennent du monde. Il existe un trône de gloire éminent depuis le début : c’est là que se trouve notre sanctuaire : Jérémie 17,12.

V 17 à 32 : L’Egypte comme les autres

La complainte qu’entonne Ezéchiel sur l’Egypte n’est pas un chant de réjouissance. C’est une plainte, une lamentation. La ruine, la destruction d’un peuple n’est jamais une bonne nouvelle. C’est la fin d’une nation qui a eu ses heures de gloire, mais qui, par ses péchés, a amené la colère de Dieu sur elle. Un temps portée aux nues, l’Egypte brisée rejoint les empires qui, avant elle, se sont endormis dans les profondeurs de la terre. Comme eux, elle s’est crue forte, invincible, éternelle. Elle est accueillie dans le séjour des morts par tous ceux qui, déjà là, sont revenus de cette illusion. Lieu d’attente des trépassés, le séjour des morts est un lieu de nivellement. Plus personne ici ne peut se vanter d’être grand ou plus grand que les autres. Tous sont réduits à néant. La gloire passée, l’effroi que l’un ou l’autre a pu inspirer, n’existent plus. Ensemble, côte à côte, les guerriers des empires gisent les uns à côté des autres, célébrant par leur mort la gloire de celui qui les a tués… avant que celui-ci les rejoigne à son tour. Aujourd’hui, c’est le tour de l’Egypte.

Il se trouve que, depuis la fenêtre de mon bureau, j’ai une vue imprenable sur le cimetière de ma localité. Aux côtés de tombes ordinaires, se trouvent dressés de magnifiques monuments funéraires ressemblant, avec leurs colonnes de marbre ou de granit, à de petits temples, témoins de la richesse et de la gloire passées de leurs occupants. Ces magnifiques tombeaux se distinguent des autres par leurs ors et leur décoration. Malgré leur aspect impressionnant, ils ne sont pourtant rien de plus que les autres. Ils rappellent à chacun que, face à la mort, les grands de ce monde n’ont pas plus de pouvoir que les autres. La visite que fait Ezéchiel à l’Egypte du cimetière des empires est semblable à celle que ferait faire un guide du cimetière de ma ville à un moribond. La tournée des tombes est porteuse d’un message implacable. Peu importe ce que l’un ou l’autre fut hier. La réalité qui s’impose aujourd’hui est que chacun en est réduit au même état. Il n’est plus que souvenir et poussière. Laissons-nous guider par Ezéchiel dans la visite du cimetière des empires. Rendons-nous avec l’Egypte aux différentes tombes qui s’y trouvent ! Dans l’ordre, nous y rencontrons :

a.       L’Assyrie

Ce n’est pas la première fois qu’Ezéchiel évoque la gloire passée de ce peuple. Tout le chapitre précédent lui est consacré. L’Assyrie occupe à elle seule une grande place dans le cimetière des empires. Aux côtés de la tombe de son souverain, sont disposés les multiples sépulcres de ses valeureux guerriers. A la simple évocation de leurs noms (Sanchérib, Assurbanipal Esar-Haddon…), les peuples tremblaient. Mais aujourd’hui, l’Assyrie n’est plus rien. Le gourdin de Dieu est brisé à jamais : Esaïe 10, 5 à 27. Après avoir été l’instrument de la colère de Dieu, le peuple assyrien, incirconcis de cœur, l’a subie à son tour.

b.       Elam (la Perse)

C’est le chapitre 49 du livre de Jérémie qui parle le mieux du jugement qui frappera Elam. Comme les Hébreux, Elam est un peuple issu de Sem, le fils de Noé : Genèse 10,22. Associés aux Mèdes, les Elamites formeront ensemble l’empire perse : Esaïe 21,2, qui aura à sa tête plusieurs rois jouant un rôle important dans la destinée d’Israël au temps de l’exil : Cyrus, Darius, Assuérus… Esther, jeune réfugiée juive, deviendra, par le choix de Dieu, reine de Perse. Elle sauvera en son temps son peuple d’un génocide fomenté par Haman, favori du roi et descendant d’Agag. Dans sa prophétie, Jérémie annonce la ruine d’Elam et sa dispersion parmi tous les peuples : Jérémie 49,36. Elam cependant n’est pas voué à la disparition définitive. Après son exil, l’Eternel promet de faire revenir les déportés d’Elam dans leur pays pour former à nouveau une nation. Cette nation est l’Iran actuel, puissance incontournable de l’Orient.

Comme il en est de la prophétie de Jérémie, celle d’Ezéchiel est une vision de l’avenir. Au temps où elle est écrite, ce sont les Babyloniens qui sont la puissance majeure qui domine le monde. L’empire perse se formera après lui. Comme les autres prophètes, Ezéchiel ne parle pas de réalités qui touchent à son temps seulement. Il est un visionnaire doté d’un regard qui embrasse l’histoire. Les tombes des peuples dont il parle après Elam témoignent davantage encore de cette connaissance anticipée de l’histoire qu’a Ezéchiel.

c.       Méshec et Tubal

Dès la genèse, Méshec et Tubal apparaissent comme des entités apparentées à un groupe de personnes qui deviendront pères de nations proches l’une de l’autre. Méshec et Tubal sont des fils de Japhet, avec Javan (père de la Grèce), et Magog dont Ezéchiel va largement parler un peu plus loin : Ezéchiel 38 et 39. Au temps de la splendeur de Tyr, Ezéchiel cite Javan, Méshec et Tubal parmi les nations majeures qui commerçaient avec elle : Ezéchiel 27,13. C’est dire que ces peuples, sans être des empires au même titre que l’Assyrie ou la Perse, étaient à l’époque où Ezéchiel écrit, des puissances connues et réputées. Nous ne savons pas si la ruine qui a entraîné leur ensevelissement aux côtés des autres puissances dans le cimetière des empires est due aux conquêtes babyloniennes. Ce qui est certain est que, dans l’avenir, elles partageront le sort de Gog, le dernier ennemi d’Israël, identifié comme leur prince : Ezéchiel 38,2.

La raison de la présence de tous ces peuples dans le cimetière des empires est toujours la même, à quelque nuance près. Ces puissances ont toutes marquées l’histoire par la terreur qu’elles inspiraient. Le souvenir qu’elles ont laissé ne s’est pas effacé avec leur mort. Leurs crimes les suivent dans leur tombe et, qui se souvient d’elles, n’a qu’une envie : les maudire. Ils sont pour ceux qui ont souffert de leur cruauté ce que les noms de Hitler ou de Staline, les grands tyrans du siècle passé, évoquent pour nous aujourd’hui. Leur tombeau n’est pas un mémorial à leur gloire, mais le témoignage de la justice de Dieu et de sa puissance. Ezéchiel conduit ainsi l’Egypte de tombeau en tombeau pour qu’elle ouvre les yeux sur le sort auquel elle n’échappera pas. Il lui reste quelques tombes à visiter avant de se retrouver dans l’emplacement qui lui a été réservé.

d.       Edom

Le sort d’Edom a déjà été succinctement traité par Ezéchiel : Ezéchiel 25,12 à 14. Frère de sang d’Israël, Edom a été jugé par l’Eternel pour l’attitude dont il a fait preuve à son égard au jour où Dieu l’a châtié. Edom (qui est Esaü) n’a aucune pitié de son frère. Au contraire ! Profitant de la situation de faiblesse dans laquelle il se trouvait, Edom s’est joint à ses adversaires pour assouvir sa haine et sa vengeance contre lui. Il dort aujourd’hui à côté des empires disparus dans leur nécropole.

e.       Les autres souverains

« Etc… » écrivons-nous lorsqu’il s’agit d’abréger une liste répétitive de choses qui sont identiques. C’est ce que fait ici Ezéchiel. Il pourrait avec l’Egypte s’arrêter à chaque tombe qui se trouve dans le lieu qu’il visite. Les souverains de toutes les parties du monde y sont présents : les Sidoniens, les rois du Nord. Chacun d’eux, après avoir été, n’est plus. Réduits à rien, ils n’inspirent plus ni crainte, ni frayeur. Si elle doit en tirer instruction, l’Egypte peut aussi se consoler de cette visite funèbre. Elle n’est pas un cas unique. Son sort futur est celui qui attend toute puissance au jour où le jugement de Dieu la visite. Les cimetières ne sont pas seulement le lieu où reposent les morts. Ils sont les porteurs d’un message qui s’adresse aux vivants. Ils les avertissent de ce qui les attend sous peu et les invitent à se détourner de leurs crimes. Le rendez-vous ultime de chaque être, de chaque nation, est fixé à la barre du tribunal du Tout-Puissant. Chacun est appelé à s’y préparer dès aujourd’hui ! Que notre nom gravé sur la stèle de notre tombe évoque aux passants le souvenir de notre réconciliation avec Dieu !

lundi 2 novembre 2020

EZECHIEL 31

 

V 1 à 9 : L’Assyrie, un précédent

C’est au Pharaon que l’Eternel ordonne à Ezéchiel d’adresser la prophétie funeste dont son pays, l’Egypte, est l’objet. Ezéchiel a-t-il eu l’occasion de lui faire parvenir par un moyen ou un autre le texte de ses annonces ? Nous ne le savons pas, comme nous ne savons pas non plus comment le souverain d’Egypte aurait réagi à leur lecture. Il se peut que, à l’écoute de cette communication, le Pharaon reste incrédule. L’Egypte n’est-elle pas un empire qui a traversé les siècles ? Qui ne connait et ne craint la puissance de ses Pharaons ? Il n’est pas né, aurait pu se dire le souverain d’Egypte, celui qui abattra sa puissance et la ruinera !

Prévenant la réaction sceptique du Pharaon, l’Eternel l’appelle à plonger ses regards dans l’histoire pour les porter sur le sort qui arriva à une puissance glorieuse ancienne, totalement défaite au jour où Ezéchiel parle : l’Assyrie. Si le Pharaon a du mal à croire à l’actualité de la sombre prophétie qu’Ezéchiel lui adresse, qu’il se souvienne qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce qui a été est ce qui sera, et ce qui s’est fait est ce qui se fera : Ecclésiaste 1,9. La parole que Dieu donne à ses prophètes est une parole pour le futur. Mais ce qui donne sa crédibilité est ce qui s’st produit dans le passé. « Les ruines des anciens Empires témoignent toutes que le pouvoir ne tient que tant que Dieu n’y met pas fin.[1] » Si, quelque part dans le monde, la preuve a été donnée que ce que prédit la Parole s’est réalisée, notre incrédulité à son égard n’a aucune justification.

Qu’était l’Assyrie ? Ce n’est pas la première fois que, pour illustrer le caractère flamboyant d’une gloire, l’Ecriture utilise l’image de l’arbre. « Outre leur valeur commerciale, certains arbres étaient prisés pour leur signification symbolique, en raison de leur taille majestueuse, de l’impression de solidité ou de pérennité qu’ils donnaient.[2] » Le premier qui se servira des arbres pour illustrer ce que Dieu voulait qu’il transmette à son peuple sera Jotham, le fils de Gédéon : Juges 9,7 à 15. L’image sera reprise ensuite dans le livre de Daniel : Daniel 3,21 à 4,13, puis par Jésus dans les Evangiles : Matthieu 13,31-32. L’Assyrie, rappelle Ezéchiel, était autrefois un arbre magnifique, tel un cèdre du Liban. Arbre à la ramure impressionnante et au feuillage persistant, le cèdre du Liban pouvait atteindre la taille de 35 mètres de hauteur et vivre plus de 500 ans. Les conditions de la longévité du cèdre tenaient en partie à sa proximité d’un point d’eau. L’Assyrie était un tel arbre. Idéalement placée, elle bénéficiait d’un apport constant de richesses qui faisait d’elle une puissance inégalée, un arbre dont la cime surpassait celle des autres. A cause de son envergure, le cèdre qu’était l’Assyrie abritait dans ses branchages les nids de nombreuses espèces d’oiseaux du ciel, un foisonnement de vie collatérale sans égal. La majesté de l’arbre ne tenait pas qu’à sa ramure exceptionnelle. Le cèdre la devait à ses racines immenses qui en assuraient la stabilité. Qui connaissait l’Assyrie au temps de sa gloire en était certain : rien ne pouvait ébranler sa puissance ! Et pourtant… !

V 10 à 14 : l’orgueil précède la chute

Il n’est pas nécessaire de chercher loin pour trouver la cause de la chute des puissances et des empires du passé. Que ce soit Tyr, l’Assyrie ou, plus tard Babylone, le péché qui attire, comme la foudre sur le paratonnerre, la colère de Dieu, est toujours le même : l’orgueil. L’orgueil, rappelle Paul, est le premier des péchés, celui du diable : 1 Timothée 3,6. Au commencement de la création, l’orgueil n’existait pas. Chacun savait que la gloire, les capacités, la beauté qui le caractérisaient, étaient dues à son Créateur. L’orgueil entra dans la création au jour où, le premier, celui qui allait devenir le diable, voulut détourner à son profit ce qui revenait à Dieu. C’est dans le cœur, au tréfonds de l’être, que nait ce dérèglement monstrueux que représente l’orgueil. L’orgueil est l’expression brutale de la convoitise, ce désir qui, à l’origine, poussa Satan à vouloir prendre la place de Dieu. Orgueil et convoitise sont si inséparables qu’ils représentent ensemble le péché premier commis dans l’univers, celui qui a ouvert aux autres la porte de l’accès à l’âme : Jacques 1,14-15.

La fierté de l’Assyrie, comme celle du roi de Tyr : Ezéchiel 28,1 à 5, est la cause unique et suffisante de sa ruine. Parce que comme lui, elle se croyait invincible, elle va connaître le brisement. Livrée entre les mains de celui que Dieu a choisi comme le chef temporaire des nations, Nebucadnetsar, l’Assyrie verra sa puissance abattue et ses richesses dispersées au profit des peuples de la terre. La cause répétitive de chute des puissants de ce monde nous enseigne la même leçon. Elle est que la grandeur s’accommode mal avec l’humilité. « Alors que tu étais petit à tes propres yeux, dira Samuel à Saül, n’es-tu pas devenu le chef des tribus d’Israël ? : 2 Samuel 15,17. » L’orgueil ne naît pas par hasard. Il procède d’un changement de regard sur soi et sur la réalité. Alors que jusqu’alors on savait que l’on était rien par soi-même et que l’on devait tout à Dieu, la seconde proposition disparaît pour nous amener à croire que c’est à nous-mêmes que l’on doit ce que l’on est. Seul le jugement, le fait d’être cassé par plus grand que soi, a le pouvoir de ramener l’orgueilleux, a sa place. Cette correction divine est la raison de l’élévation et de l’abaissement tour à tour des puissances du monde. Constante de l’histoire, ce scénario sans cesse répété témoigne de la vanité de l’homme et de son incapacité à apprendre de ses échecs. La ruine de l’Assyrie aurait dû instruire l’Egypte et le Pharaon sur ce qui les attend s’ils cultivent la même attitude. Mais elle ne sert de rien. Chacun qui s’élève croit qu’il pourra faire mieux que ses prédécesseurs, et qu’il échappera à la correction dont il a été l’objet. Cette simple pensée porte déjà en elle le germe qui détruira celui qui l'abrite. Le diagnostic du prophète Jérémie se confirme de siècles en siècles : Le cœur est tortueux plus que tout, et il est incurable : Jérémie 17,7. Nul, sauf Dieu, n’a le pouvoir de le changer !

V 15 à 18 : descente dans le séjour des morts

Il y a des disparitions qui, dans le monde, causent plus d’émoi que d’autres. Le citoyen anodin qui s’en va suscite tristesse et larmes dans le cœur de ses proches. Le reste du monde n’en est pas perturbé. « C’est ici le sort de chacun, pense le commun des mortels. » D’un autre ordre est la perturbation émotive que provoque l’extinction d’une étoile de la sphère du spectacle. Saisie par la nouvelle, la foule des admirateurs se presse autour de sa dépouille. On repasse dans sa mémoire ses chansons, on visite sa filmographie, on s’arrache les souvenirs de son passage ici-bas. La mort d’une célébrité revêt un caractère tragique d’une ampleur que ne connaît pas celle d’un anonyme.

Il en est des stars de ce monde comme des empires qui exercent leur domination dans le monde. Leur disparition provoque, parmi les Etats qui leur sont affiliés comme parmi leurs adversaires, un remous saisissant. « L’as-tu appris ? L’Assyrie, cette puissance que l’on croyait éternelle, s’est effondrée ! Pas possible ! » Partout dans le monde, la chute de l’empire assyrien fait trembler les cœurs et verser des larmes. Un deuil est proclamé dans les pays qui lui sont proches. Chez d’autres, qui ont péri avant lui ou souffert de sa tyrannie, elle éveille une forme de consolation. « Nous autres qui n’étions rien, nous sommes aussi passés par la mort. Maintenant, son tour est venu à lui aussi qui se croyait si fort ! : cf Esaïe 14,16-17 ; Ezéchiel 28,19 » Le précédent qu’est l’Assyrie devrait enseigner l’Egypte et la préparer à ce qui l’attend. Elle aussi, malgré ses dieux, sera précipité dans les profondeurs de la terre. Les entrailles du séjour des morts s’émouvront à son arrivée. L’Egypte subira comme tous les autres le sort réservé par Dieu à tous les incirconcis de cœur. Que la disparition soudaine et définitive des gloires du passé donne aux nations arrogantes de notre temps la sagesse que procure le sentiment de la faiblesse et de la crainte de Dieu !



[1] Notes sur Jérémie : Gilles Georgel : Edition Scripsi : page 92

[2] Les arbres dans l’Israël ancien : La Bible avec notes d’études archéologiques et historiques : page 1202 : Société Biblique de Genève

vendredi 30 octobre 2020

EZECHIEL 30

 

V 1 à 3 : le jour de l’Eternel

Il existe dans la parole prophétique un jour unique, un jour qui ne ressemble à aucun autre. Il est le jour de l’Eternel. Tous les jours que Dieu a fait sont à lui. C’est pourquoi ils doivent être un sujet de joie pour son peuple : Psaume 118,24. Mais il y a un jour particulier qui ne revient qu’à Dieu. C’est le jour où, sa patience tarie, l’Eternel tire le trait de ce que lui doivent les nations et exerce sans retenue sa vengeance contre elles. Le jour de l’Eternel a été un thème récurrent chez bon nombre de prophètes. Joël en a fait le sujet principal de son livre. Il le décrit comme le jour du ravage du Tout-Puissant : Joël 1,15. Ce jour sera si terrible que personne n’aura la force de le soutenir : Joël 2,11. En ce jour, Dieu convoquera les armées du monde dans la vallée de Josaphat, la vallée de leur jugement : Joël 3,14. Opprimé, le peuple de Dieu aspire à la venue de ce jour. Amos prévient cependant : le jour de l’Eternel ne sera pas lumière, mais ténèbres : Amos 5,20. Il sera, selon Esaïe, un jour cruel, de colère et d’ardente fureur, qui réduira la terre en solitude et en exterminera les pécheurs : Esaïe 13,9. Le jour de l’Eternel sera le temps du jugement des nations : Esaïe 30,3, la période qui, de la part de Dieu, leur est spécifiquement réservée : Ezéchiel 30,3.

Si le jour de l’Eternel est un jour obscur pour les nations sans Dieu, il revêt pour le peuple de Dieu une connotation toute autre. Le jour de l’Eternel est le jour de la venue en gloire de notre Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ. C’est le jour que le peuple de Dieu racheté attend avec impatience. Bien que survenant à l’improviste : Luc 21,34, le jour de la parousie ne saurait le surprendre. Car celui-ci ne vit pas dans les ténèbres, mais dans la lumière : 1 Thessaloniciens 5,4. En ce jour-là, Christ viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru : 2 Thessaloniciens 1,10. Veillons donc et prions en tout temps, afin que nous ayons la force d’échapper à tout ce qui se produira à ce moment-là, et de paraître debout devant le Fils de l’homme : Luc 21,36.

V 4 à 9 : l’Egypte et ses soutiens anéantis

Le monde dans lequel vit Ezéchiel a de nombreux traits de ressemblance avec le nôtre. C’est un mode multipolaire, fait de puissances qui s’agrègent en blocs qui finissent par s’opposer l’un à l’autre. Roi du Nil, l’Egypte n’est pas une puissance solitaire. Elle est un crocodile auquel sont attachés par ses écailles de nombreux poissons : Ezéchiel 29,4. La puissance de l’Egypte repose sur une alliance faite avec de nombreux peuples, comme l’était celle de l’URSS au XXème siècle. A cause des liens qui la rattachent à ses affidés, son jugement ne la touchera pas elle seule, mais tous les états qui lui sont alliés. L’épée qui s’abattra sur l’Egypte ne pourra laisser indemne ses soutiens. Aux yeux du conquérant qui la combat, l’Egypte est une entité qui les inclut tous. L’Ethiopie (le Soudan actuel), Puth (la Lybie ou la Somalie moderne), Lud et Cub sont l’Egypte, le bloc dont elle est la puissance majeure. L’affaiblissement de celle-ci ne peut se faire que d’une manière. Elle nécessite que l’alliance qui l’unit à ses alliés soit démantelée. Nebucadnetsar ne conquerra pas seulement l’Egypte. L’Ethiopie tremblera à sa chute, car elle sait qu’après elle, son tour vient. Comme le fut la fin de Tyr, celle de la coalition qui était à la base de la puissance de l’Egypte a un effet didactique pour le peuple de Dieu. Elle lui rappelle la leçon fondamentale qui fut à l’origine de sa naissance, lors de sa sortie d’Egypte au temps de Moïse. Cette leçon est que l’Eternel seul doit être son appui, la source de sa sécurité, la puissance qui lui sert d’appui. Tout autre recours est un roseau qui finit par casser et blesser quiconque s’appuie sur lui : Ezéchiel 29,7.

Entrer dans une alliance quelle qu’elle soit, n’est pas sans conséquence. L’alliance lie entre elles toutes les parties qui la composent. Au jour de sa puissance, les éléments faibles de l’alliance ont tout à gagner dans le fait d’y être inclus. Ils jouissent de la protection et de la sécurité que leur offre la puissance forte qui en est le moteur. Au jour de l’adversité, ils ne pourront pas échapper à son sort. Unis dans la vie, ils le seront dans la douleur et jusque dans la mort. Si, sur le plan politique, rares sont les pays hors de toute alliance, sur le plan spirituel, aucun homme ne connaît de neutralité. Que nous le voulions ou non, nous sommes tous rattachés par alliance à Dieu ou à Satan. Le sort final qui touche à l’un embrasse tous ceux qui lui sont unis. Au jour du jugement, dit Jésus, les rebelles ne pourront être séparés de celui qu’ils ont suivi. Ils iront dans le feu éternel qui lui a été préparé avec ses anges : Matthieu 25,41. Les bénis de Dieu partageront, quant à eux, pour une félicité éternelle, la gloire et les bienfaits de son royaume : Matthieu 25,34. Béni soit Dieu pour l’alliance par laquelle il nous a rattachés à Son Fils Jésus-Christ pour l’éternité !

V 10 à 19 : la dévastation qui attend l’Egypte

La dévastation de l’Egypte, annoncée par Ezéchiel, correspond à un objectif précis de la part de Dieu. Dieu n’a pas seulement pour objet de ruiner l’Egypte. Par le jugement, Dieu s’en prend aux symboles de sa puissance. Le but du châtiment qui s’abat sur l’Egypte est de manifester aux yeux des Egyptiens et de toutes les nations que l’Eternel seul est Dieu. C’est pourquoi les cibles visées ne sont pas prises au hasard. Elles sont représentatives de l’identité spirituelle de l’Egypte. Qui connait l’Egypte sait que c’est à ses dieux qu’elle doit son rayonnement et sa gloire. Il convient donc que, pour faire éclater la magnificence de son nom, l’Eternel s’en prenne aux hauts lieux cultuels significatifs de ses divinités : Thèbes (No), Memphis, Pathros, Tsoan, …

« Dans l’histoire égyptienne, No (appelée aussi Thèbes) a longtemps servi de ville phare pour la partie sud de l’Egypte. Située sur la rive est du Nil, à plus de 700 kilomètres du Caire, elle était le centre du culte d’Amon, le « roi des dieux ». Elle a atteint son apogée entre 1500 et 1000 av J-C., étant alors la capitale d’un vaste Empire comptant parmi les plus riches et les plus célèbres cités de l’Antiquité. Le site de la Thèbes antique, correspondant à Louxor et Karnak aujourd’hui, offre le plus grand rassemblement de monument antiques, couvrant une superficie de 26 à 29 kilomètres carrés. Le magnifique temps d’Amon, sur la rive est à Karnak, est le plus grand jamais construit et, jusqu’à l’époque moderne, il pouvait se vanter de posséder les colonnes les plus importantes au monde : 10 mètres de circonférence, 21 mètres de hauteur. Les pharaons ont fait le récit de leurs exploits sur les parois du temple… Sur la rive ouest du Nil se trouve la nécropole royale qui comprend de nombreux temples mortuaires et tombes des souverains du Nouvel Empire (1570 – 1070 av J-C.) : le magnifique temple mortuaire de la reine Hatsheput, la célèbre tombe de Toutankhamon, le temple mortuaire de Ramsès III, qui relate sur ses murs sa victoire de 1176 av J-C. contre les peuples de la mer… Jérémie, le premier, a annoncé que l’Eternel interviendrait contre le dieu Amon de No, le pharaon et les dieux de l’Egypte : ils seraient livrés entre les mains de Nebucadnetsar, le roi de Babylone : Jérémie 46,25-26… Plus tard, les Perses ont aussi mis la ville à sac. A l’époque romaine, la gloire de Thèbes n’était plus qu’un souvenir.[1] »

Annoncée par Jérémie et Ezéchiel, la conquête de Thèbes et de l’Egypte par Nebucadnetsar, est restée dans les annales de son histoire. Une tablette en argile fragmentaire la confirme. Pour abaisser la superbe de l’Empire égyptien, Dieu n’a pas fait dans la dentelle. Il a voulu prendre pour instrument le plus violent, le plus impitoyable des peuples de l’époque. Si le temps de la patience de Dieu est celui de sa tempérance, le jour de sa colère ne laisse aucune place à la pitié. Il est l’expression de la fureur sainte et jalouse de Dieu, une fureur qui ne laisse à ceux qui en sont l’objet aucun espoir de salut.

V 20 à 26 : brisement du Pharaon et exil des Egyptiens

Si l’Egypte est le sujet de la section prophétique traitée ici par Ezéchiel, nous devons nous souvenir que le but de Dieu à travers elle est de s’adresser à Juda pour lui signifier à quel point la confiance qu’il a mis en Pharaon pour le délivrer de la main de Nebucadnetsar est illusoire : Ezéchiel 29,7. Il fut un temps en effet au cours duquel Juda crut vraiment que le Pharaon et ses armées le délivreraient de la main du roi de Babylone. Le prophète Jérémie relate cet épisode. Alors que les babyloniens assiégeaient Jérusalem, ils durent un instant relâcher l’étau qui l’enserrait à cause de l’armée du Pharaon venue voler à son secours. Cette tentative ne fera pas long feu. Le Pharaon rebroussera chemin : Jérémie 37,5 à 8. Il retournera dans ses terres, comme un guerrier dont un bras serait cassé. Blessé, diminué, le Pharaon n’aura pas le temps de se remettre de sa défaite. Après avoir terminé son œuvre en Juda, puis à Tyr, Nebucadnetsar se souviendra de l’Egypte. Il prendra le pays et terminera d’abattre la puissance du Pharaon qui, défait, gémira devant lui comme le font les mourants à l’approche de leur dernière heure. Les deux bras cassés, Pharaon devra lâcher son épée au profit de Nebucadnetsar fortifié par la puissance de Dieu. Le paradoxe est ici à son comble. Alors que Juda, peuple de Dieu, fait appel à Pharaon pour se protéger de son assaillant, c’est lui que l’Eternel fortifie et arme pour le vaincre ainsi que son allié. L’Eternel qui, logiquement, aurait dû se tenir dans le camp de Juda, se trouve dans celui de son ennemi pour lui enseigner ce qu’il lui en coûte d’être infidèle à son Dieu. Notre Dieu a mille moyens pour rappeler à son peuple qui il est. Qu’il nous donne la grâce de l’honorer par la fidélité plutôt que par le châtiment !



[1] La Bible avec notes d’études archéologiques et historiques : page 1200 : Société Biblique de Genève

vendredi 23 octobre 2020

EZECHIEL 29

 

SUR L’EGYPTE : Ezéchiel 29,1 à 32,32

V 1 à 3 : raison de l’animosité de Dieu contre l’Egypte

Après les Etats voisins d’Israël, c’est vers le Pharaon, roi d’Egypte, que l’Eternel appelle Ezéchiel à se tourner. A cause du lien particulier qui la lie à Israël depuis sa naissance, l’Egypte est sans nul doute la nation la plus citée de toute la Bible après lui. La carte d’identité d’Israël précise que c’est d’Egypte qu’il est sorti. L’Egypte est pour Israël l’ancienne maison de la servitude. La délivrance d’Egypte n’a pas été qu’une épopée humaine. Elle est l’affirmation de la suprématie de Dieu sur tous les faux dieux qui étaient l’objet d’un culte dans le pays.

Si l’Eternel demande à Ezéchiel de prophétiser sur l’Egypte, ce n’est nullement en raison du passé. Ce qui s’est fait dans le passé n’est plus d’actualité. Dieu, qui a châtié à l’époque de Moïse le Pharaon, ne revient pas sur ce sujet. Le péché qui attire le jugement de Dieu sur l’Egypte est celui dont il se rend coupable au temps d’Ezéchiel, et non il y a des siècles. Il est le même que celui de Tyr, le péché de l’orgueil et de la suffisance. Les raisons qui sont à l’origine de la vantardise du Pharaon sont différentes de celles qui gonflaient la poitrine du roi de Tyr. Mais la nature de leur vanité est la même. Le Pharaon, comme le roi de Tyr, se prend pour un dieu. Il se croit tout-puissant. Il pense que c’est à lui seul qu’il doit le pouvoir qu’il a de terroriser les autres. Il se comporte comme le roi du Nil, un crocodile monstrueux qui s’abuse de son pouvoir. S’il était intelligent, celui-ci saurait que c’est à Dieu qu’il doit l’environnement dans lequel il baigne. Mais le Pharaon l’a oublié. Il ne se voit plus comme une créature, mais comme celui de qui tout dépend en Egypte. Ayant ravi à Dieu la gloire qui lui est due, Dieu estime qu’il est temps de le ramener lui aussi à la raison.

V 4 à 5 : l’affaiblissement de la puissance de l’Egypte

Aussi puissant soit-il, le Pharaon d’Egypte ne pourra éviter ce que Dieu a prévu pour lui pour le corriger. Après le roi de Tyr, il sera la prochaine proie qui tombera dans la nasse de Nebucadnetsar. Roi du Nil, il se croyait invincible. Parce qu’il exerce un pouvoir absolu dans la sphère où il règne, le Pharaon commet la même erreur que tous ceux qui sont dans son cas. Il se pense au-dessus de tout. Il ne réalise pas qu’à côté de lui, il existe d’autres puissances qui, si Dieu le veut, peuvent mettre fin d’un jour à l’autre à son empire. Puisque le milieu dans lequel le Pharaon règne l’aveugle, Dieu, pour l’amener à une conception plus juste de la réalité, va l’en sortir. Harponné par un pécheur habile, le crocodile du Nil va être extrait du fleuve dans lequel il était à l’aise pour être jeté dans le désert avec tous ceux qui lui étaient affiliés. Là, il fera le constat amer que, tout Pharaon qu’il est en Egypte, il n’est rien. Il verra son empire se démanteler et ses biens spoliés sans qu’il ne puisse rien faire pour l’en empêcher.

L’orgueil, disait quelqu’un, est d’abord et avant tout un défaut de perspective, une distorsion de la vérité. Il est, selon l’Ecriture, le péché premier commis par le diable, celui qui a entraîné les autres à sa suite : 1 Timothée 3,6. L’orgueil nous aveugle au sujet des limites inhérentes à notre condition de créature. Il nous fait croire quelque part que nous sommes l’égal de Dieu. Mais le pouvoir de l’orgueilleux n’est et ne sera jamais le sien. Il ne tient qu’à des circonstances qui lui sont favorables. Au jour où elles changent, l’orgueilleux perd de sa superbe et est ramené à la réalité. Ce n’est qu’à la volonté souveraine de Dieu que l’orgueilleux devait la position qu’il occupait. Que Dieu la lui retire et il n’est plus rien. La différence entre Dieu et les tyrans de ce monde tient à une seule chose. L’autorité que Dieu possède est inhérente à ce qu’Il est : l’Eternel créateur de toutes choses. Parce qu’ils dépendent de lui, les autres puissances portent en elles-mêmes la marque intrinsèque de la faiblesse. Elles ne tiennent qu’à lui : Apocalypse 17,12. Malheur à ceux qui, séduits par la puissance temporelle d’un Pharaon, s’agrègent à lui comme s’il était un dieu. Ils feront avec lui l’expérience humiliante de la chute, au jour où Dieu brisera leur chef. Seul ceux et celles qui s’attachent à Dieu ne seront jamais confus : Psaume 97,7 ; Esaïe 45,17.

V 6 et 7 : l’Egypte, un soutien décevant pour Israël

Mise à part l’arrogance de son chef, le Pharaon, la cause du jugement de l’Egypte rejoint celle qui présida à la ruine des nations voisines d’Israël. L’Egypte est jugée pour ce qu’elle a été pour le peuple de Dieu, ici un recours décevant. Alors que Juda devait faire face à l’hostilité de nations puissantes qui s’élevaient, la tentation était grande pour lui de chercher de l’aide auprès d’alliés humains capables de le protéger. Parmi eux, l’Egypte figurait en bonne position. En son temps, le roi d’Assyrie qui assiégeait Jérusalem, avertit Juda avec justesse. « Voici, dira le Rabshaké, tu as placé ta confiance dans l’Egypte, tu as pris pour soutien ce roseau cassé, qui pénètre et perce la main de quiconque s’appuie dessus : tel est Pharaon, roi d’Egypte, pour tous ceux qui se confient en lui : 1 Rois 18,21. » L’accusation faite ici par le conquérant assyrien n’était pas justifiée. Ezéchias, le roi de Juda, s’appuyait sur l’Eternel, et c’est l’Eternel qui le délivra de sa main. Elle était cependant un avertissement inspiré qui se vérifiera plus tard. Etabli dans ses fonctions royales par le Pharaon, Jojakim fera l’amère expérience de devoir être seul à faire face à Nébucadnetsar. Dépouillé lui-même par le roi de Babylone, le Pharaon ne pourra lever la tête pour secourir son protégé : 2 Rois 23,34 à 24,7. L’Egypte, secours illusoire, ne peut rien pour le peuple de Dieu au jour où celui-ci reçoit son châtiment. Elle est, comme toutes les ressources que le monde prétend offrir, une source de dépit, de désillusion et de souffrances amères pour le peuple de Dieu.

Lorsque le jugement vient, il frappe non seulement les ennemis viscéraux de Juda et d’Israël, mais aussi ses faux amis. Les faux amis d’Israël ne sont pas mieux pour lui que ses ennemis. Ils représentent seulement un danger plus sournois. Le jugement des faux amis du peuple de Dieu a pour but de ramener le cœur de celui-ci à son Dieu. Il faut qu’Israël le sache ! Le seul qui soit en mesure de le secourir et d’assurer sa sécurité est son Dieu. Chaque fois qu’un souverain a fait ce choix, il n’a pas été déçu. Il a vu l’Eternel agir pour mettre, de manière miraculeuse, ses ennemis en déroute. Qui d’autre que l’Eternel, le Roi tout-puissant, peut mieux sauver que lui ? Que Dieu nous aide pour nous-mêmes à retenir les nombreuses leçons de l’histoire de son peuple ! Notre Dieu est aujourd’hui le même qu’hier, et cela éternellement !

V 8 à 16 : un châtiment limité dans le temps

Pour le bien futur d’Israël et en raison de l’arrogance de son chef, l’Egypte va passer à son tour par la dévastation. Tout ce qui faisait l’orgueil du Pharaon va lui être ôté. Ses villes vont être détruites, son Nil asséché : cf Esaïe 19,4 à 6. Sa population va connaître l’exil. Le châtiment dont l’Egypte sera l’objet n’aura cependant pas pour but sa destruction. L’Egypte sera corrigée, mais avec mesure. Le temps de son humiliation sera de 40 ans, nombre qui, dans l’Ecriture, correspond à le durée de l’épreuve et du test : Nombres 14,33-34 ; Marc 1,13. Après cela, l’Egypte sera rétablie. Les Egyptiens exilés retourneront dans le pays. Mais l’ancienne puissance ne retrouvera jamais son éclat. L’Egypte existera, mais restera une nation modeste. Sa faiblesse la sauvera d’elle-même et sauvera Israël de la tentation de chercher en elle un appui qui se substitue à son Dieu.

Il est vital que le peuple de Dieu apprenne dans tous les temps que le meilleur appui qu’il puisse posséder est son Dieu. L’Israël d’aujourd’hui ne l’a pas encore appris, lui qui cherche dans ses alliances avec les Etats-Unis et d’autres, sa sécurité. Ce qui s’est produit avec l’Egypte au temps de Nebucadnetsar pourrait très bien se reproduire pour lui aujourd’hui. Zacharie l’a prédit ! C’est dans son extrême détresse qu’Israël, enfin, cessera de s’appuyer sur des roseaux humains qui le percent pour se tourner vers celui qu’ils ont percé, son Messie : Zacharie 12,10. Le but de l’histoire est d’apprendre à chaque nation qu’aucune ne peut être le sauveur des autres et du monde. Il y a un seul royaume, celui de Dieu, et un seul chef qui peut assurer le salut de tous, individus comme peuple, Jésus-Christ. Au jour où l’Egypte l’apprendra, elle ne sera plus l’objet du châtiment de Dieu, mais, avec Israël, celui de sa bénédiction : Esaïe 19,24 à 25. Que ce jour vienne bientôt !

V 17 à 21 : la prise de l’Egypte : la récompense de l’armée babylonienne

Personne ici-bas ne pourra accuser Dieu de l’avoir servi sans jamais en être récompensé. Dieu, certes, ne doit rien à personne. Auteur de toutes choses, c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être : Actes 17,28. Qui sert spécifiquement au dessein de Dieu est au bénéfice d’une double grâce. Il peut être sûr de son appui et il en est enrichi. Jamais il ne sera dit par quiconque que, au service de Dieu, le prix payé a été supérieur au salaire reçu. Il est de l’honneur de Dieu de gratifier dans sa grâce chacun de ses serviteurs pour le service qu’il lui a rendu. Il n’y a là de sa part aucun dû légal, mais quelque chose qui a trait à la bienséance inhérente à sa bonté.

Roi de Babylone, Nebucadnetsar n’est pas un conquérant comme les autres. Il n’agit pas d’abord en vue de sa propre gloire, mais au service de Dieu. Jusqu’à quel point en est-il conscient ? Le livre de Daniel nous relate le fait qu’à un certain moment de son règne, il a appris qui était Dieu et lui a rendu gloire : Daniel 4,31-32. Avant d’humilier de nombreux peuples au service de Dieu, Nebucadnetsar a lui-même été brisé par Dieu. Ce rôle de vengeur de Dieu parmi les nations n’a pas été sans peine pour lui. Pour exemple, la conquête de Tyr fut longue, éprouvante. Le bénéfice que le roi de Babylone et ses armées en ont retiré a été pratiquement nul. Pour autant, Dieu ne l’a pas oublié. Puisque Nebucadnetsar a servi au dessein de Dieu à Tyr, il doit être récompensé. L’Egypte, dit Ezéchiel, sera son salaire, la compensation divine de ses efforts et de ses blessures.

Le regard divin qu’Ezéchiel nous apporte ici éclaire notre compréhension au sujet de ce qui se joue au niveau des conflits qui opposent les nations les unes aux autres. Il nous rappelle que nul ne peut s’élever et nul n’est abaissé sans que Dieu le décide. Le dépouillement des uns qui sert à la richesse des autres est l’œuvre ponctuelle de Dieu. Tout a pour centre le projet que Dieu poursuit avec son peuple, ici l’Israël de la terre promise. Le prophète de Dieu seul a la capacité de comprendre les liens et les ramifications qui tissent l’histoire des peuples et la noue au dessein de Dieu. Pour les autres, tout n’est qu’affaire de puissance militaire. Rien de ce qui se produit à l’échelle des nations n’est sans signification. Tout est orchestré par la sagesse du divin Souverain.

lundi 12 octobre 2020

EZECHIEL 28


V 1 à 9 : annonce au chef de Tyr

Jusqu’ici, l’objet de la prophétie d’Ezéchiel sur Tyr s’est concentré sur la cité qui est le centre névralgique de la puissance de l’empire commercial phénicien. Toute puissance dans le monde n’existe que parce qu’elle est personnifiée. L’Allemagne nazie n’est pas seulement un concept ou une entité. Elle est inextricablement liée aux traits du visage d’Adolphe Hitler. L’Amérique actuelle est l’Amérique de Donald Trump. A la tête de chaque empire se dessine le visage d’un homme qui en est la figure connue de tous. Ainsi en est-il de Tyr ! Aussi après s’être adressé à l’empire phénicien, c’est vers son chef, la figure qui l’incarne, que la prophétie d’Ezéchiel vise.

Que reproche l’Eternel au chef de Tyr ? Qu’est-ce qui, dans son attitude, attire sur lui le jugement qui conduira à la ruine de son empire ? Il se résume à une seule chose qui, malheureusement, est trop souvent commune à ceux qui se trouvent au faîte du pouvoir : l’orgueil. Devenu maître d’une puissance incontournable, le chef de Tyr, qui n’est qu’un homme, se prend pour un dieu. Il se croit à cause de ces richesses et de sa sagesse invincible, à l’abri de tout malheur et de toute ruine. Il est la démonstration vivante, avant et après tant d’autres, que l’homme n’est décidément pas fait pour la gloire et les hauteurs. Avant Jésus, mais après Moïse, Ezéchiel pointe la source d’où émane cette attitude si détestable qu’est l’orgueil : le cœur. « Ton cœur s’est enorgueilli, dit Dieu : v 5 ». Le chef de Tyr a perdu le sens des réalités. Il a oublié le fait que, dans sa faiblesse, c’est à Dieu seul qu’il devait à chaque seconde de vivre. Aussi lui faut-il passer à son tour par la leçon que l’Eternel réserve à tous ceux qui, abusivement, s’élèvent et cherchent à lui ravir la gloire qui lui est due : l’abaissement, le brisement, la ruine.

C’est par des hommes violents et des étrangers que le chef de Tyr va recevoir la correction que Dieu lui destine. Face à leur rage destructrice, il va soudain ouvrir les yeux et se rendre compte de sa folie et de sa vanité. Un vrai Dieu ne tremble pas. Il ne se trouve jamais dans une situation où il a peur, panique et s’effraie. Après l’arrogance, le chef de Tyr va devoir apprendre l’épouvante. Qu’en sera-t-il de ses prétentions lorsqu’il se trouvera soudain face à ceux qui, par leur épée, mettront fin à sa vie ? Comme les autres hommes, il ne sera rien. Si Dieu lui en laisse le temps, il devra confesser ce que Nebucadnetsar a reconnu après son humiliation : « Maintenant, moi, Nabuchodonosor, je loue, j’exalte et je glorifie le Roi des cieux, car il agit en accord avec ses paroles et tout ce qu’il fait est juste, il a le pouvoir d’abaisser ceux qui vivent dans l’orgueil : Daniel 4,34. »

Quelle grâce pour nous de savoir que la figure représentative de la puissance et du royaume de Dieu soit notre bien-aimé Seigneur Jésus-Christ ! Alors que c’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses, il aurait le droit légitime de s’attribuer tous les honneurs et tous les titres. Il n’a pas fait ce choix. Au contraire ! « Lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix : Philippiens 2,6 à 8. » Pour toujours, le Dieu que nous aimons et que nous servons, celui qui est au sommet de tous les pouvoirs, a les traits d’un seul visage : celui du Crucifié de Golgotha. Il est le Roi qui s’est abaissé au point d’être un ver, et plus un homme : Psaume 22,6. Mais la faiblesse de Dieu s’est révélée plus forte que les hommes et sa folie plus sage qu’eux. Que Dieu nous donne d’être dans ce monde ses dignes apprentis !

V 11 à 19 : le vrai roi de Tyr

Il y a dans le monde dans lequel nous vivons deux réalités : une visible, l’autre invisible. La réalité visible est celle que l’on perçoit avec nos yeux physiques. Elle est faite d’éléments que l’on peut décrire, analyser et toucher. Dans le domaine du gouvernement du monde, la réalité visible s’arrête sur les figures qui incarnent le pouvoir. Tel pays, disons-nous, a à sa tête tel roi, tel président, tel chef. S’ils permettent d’en saisir une partie, nos yeux sont incapables d’embrasser à eux seuls toute la réalité. Car derrière le visible, existe la partie déterminante de celle-ci dans laquelle nous sommes plongés : l’invisible. Pour la capter, il nous faut plus que de bons yeux. Il nous faut une révélation de Dieu dans l’esprit, cette partie de nous-mêmes qui échappe à nos sens. C’est grâce à elle qu’Ezéchiel pénètre dans le domaine de l’invisible pour nous livrer ce que Dieu lui a montré.

Si la première partie de la prophétie d’Ezéchiel s’adressait au dirigeant humain de Tyr, la seconde concerne nettement quelqu’un qui n’est pas fait de chair et d’os. Il ne s’agit donc pas du même personnage. Bien qu’il fasse partie de l’histoire de l’humanité, l’être dont il est question ici a une origine qui dépasse largement son cadre. Alors qu’aucune nation n’existait encore, il était déjà là en Eden lorsque le 1er homme y a été placé. Créature magnifique, chef d’œuvre de la création de Dieu, cet être occupait dans la hiérarchie des milices angéliques la place la plus élevée. Il était un chérubin protecteur, un être céleste chargé d’être porteur de la gloire de Dieu : Ezéchiel 9,3. Il bénéficiait ainsi d’un rang et d’un statut qui étaient un privilège rare. Destiné à de hautes fonctions, ce chérubin possédait des atouts que peu partageait avec lui. D’un beauté sans égale, mis à part celle de Dieu qui la surpassait, son entrée dans le monde créé fut un jour de joie et d’allégresse à la gloire de Dieu. Chants, musique, concerts d’instruments de toutes sortes saluèrent sa venue. Jamais encore on n’avait vu de créature si admirable. Jamais personne jusque là n’avait été doté de si magnifiques atours (Ezéchiel dénombre dix pierres précieuses composant son ornement).

Si tous les anges sont nés pour être au service de Dieu, tous n’assument pas la même fonction. Le chérubin dont parle ici Ezéchiel faisait partie des rares privilégiés qui vivaient dans l’entourage même du Créateur. Cette place qu’il occupait n’était pas le résultat d’un parcours méritant. Elle lui avait été attribuée par grâce par le Dieu souverain dès sa naissance. Au bénéfice de tant de faveurs, on aurait pu s’attendre à ce que ce chérubin, débordant de reconnaissance, mette toute sa personne au service de son Roi. Ce fut le cas un temps, jusqu’à ce qu’une pensée et un désir insidieux s’insinuent en lui. « Servir la gloire de Dieu, contribuer à engendrer l’adoration de sa personne dans le cœur de ses créatures, soit ! Mais ne suis-je pas moi aussi digne de louange ? Ma beauté et ma sagesse ne méritent-elles pas de faire l’objet de l’admiration de tous ? » Au moment où cette pensée s’installa en lui et gagna l’adhésion de sa volonté, l’idolâtrie, source de tous les maux et provocatrice de toutes les colères divines, naquit. Dans son essence profonde, l’idolâtrie n’est pas le fait d’adorer d’autres dieux que Dieu. C’est d’abord et avant tout l’adoration de sa propre personne à la place de Dieu.

Nous savons par le reste de l’Ecriture qui est le chérubin protecteur qui est l’objet de la complainte d’Ezéchiel. Il n’est personne d’autre que l’astre brillant, le fils de l’aurore, Lucifer devenu Satan, l’adversaire viscéral de Dieu : Esaïe 14,12. Le roitelet orgueilleux de Tyr n’en est qu’une représentation. Le fait que celui-ci lui soit assimilé n’est cependant pas anodin. L’Ecriture nous rapporte que, dans sa révolte contre Dieu, le chérubin protecteur maléfique a entraîné de nombreux anges derrière lui : Apocalypse 12,4. Ensemble, ils forment un monde spirituel parallèle à celui de Dieu dans lequel chacun exerce, au service de son maître, des fonctions d’autorité et de domination : Ephésiens 6,12. Ils constituent collectivement le monde des ténèbres. Depuis l’entrée du péché dans le monde, ils ont pris le contrôle partiel de l’humanité, Dieu restant souverain malgré tout : cf 1 Jean 5,19. Des nations, des régions, des villes, des empires sont sous la juridiction particulière des uns et des autres : Daniel 10,20. Cette réalité explique la raison de tant de divergences de mentalités et d’idéologies dans le monde selon les pays dans lesquels on se trouve.

Comme il en est de son chef terrestre, la fin du chef spirituel de Tyr est, elle aussi, déjà arrêtée par Dieu. Vient le jour où il sera précipité de son poste élevé pour être réduit à rien, à l’étonnement de tous ceux qui l’auront admiré et suivi. Le chérubin protecteur, si doué de Dieu, voulait être son égal. Il finira par être la plus misérable et la plus dépouillée de toutes les créatures. Que son parcours rappelle à tous une chose, qui est le principe sur lequel repose toute gloire : c’est à la louage de la grâce de Dieu seule que nous devons d’être ce que nous sommes, rien d’autre.

V 20 à 23 : le jugement de Sidon

Après Tyr, Sidon était la 2ème ville importante de l’empire commercial phénicien. Les deux villes étaient si liées entre elles qu’elles forment ensemble un couple pratiquement inséparable. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que la prophétie d’Ezéchiel sur la ruine qui atteindra Tyr touche également Sidon, son alliée et sa complice. Située à 35 kms au nord de Tyr, Sidon tombera suite à un double fléau qui la frappera. Sidon mourra de la peste et de l’épée. Prise par Nebucadnetsar, elle sera l’objet d’un véritable carnage.

Aussi sévère soit le jugement qui frappa Tyr et Sidon, les cités phéniciennes ne sont pas celles qui, sous l’angle de la culpabilité, tiennent la tête d’affiche devant Dieu. Les villes les plus coupables sont ailleurs. Elles ne sont pas hors du territoire d’Israël, mais sur lui. Elles sont les cités qui, du temps de Jésus, ont été les témoins privilégiés des œuvres de puissance qu’il a accomplies en leur sein. Jésus est formel ! Si les miracles qu’il a opérés au milieu de Chorazin et Bethsaïda l’avaient été à Tyr et Sidon, leurs habitants se seraient repentis et auraient échappé au jugement. « C’est pourquoi, dit le Seigneur, au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement qu’elles : Matthieu 11,21-22. »

Il nous faut, en lisant le récit et les prophéties qui traitent du jugement des villes anciennes, retenir le principe induit ici par Jésus. Le degré de culpabilité des hommes n’est pas établi sur le seul critère de leur vanité, leurs vices ou leur orgueil. Il est aussi lié à la mesure de grâce reçue. Plus une nation a été au bénéfice de la connaissance de Dieu par Jésus, plus elle est coupable de ne pas se repentir. Il se peut que, sur le plan moral, elle soit plus respectable que Sodome et Gomorrhe ou Tyr et Sidon. Mais le poids du péché de ces villes ne peut rivaliser, en termes de responsabilité, avec celui qui pèse sur les cités qui se sont montrées indifférentes à la lumière de l’Evangile reçue. Dans les mêmes circonstances, Jésus estime que les cités antiques se seraient comportées autrement. Elles auraient pris le sac et la cendre et se seraient amendées de leurs péchés. Cette règle de mesure, qui s’applique aux villes dans lesquelles Jésus est passé de son vivant sur terre, est vraie aussi pour les nations qui, au cours de l’histoire, ont bénéficié d’une connaissance plus ample de Christ que les autres. Au jour du jugement, ce critère prévaudra sur tout autre. Que Dieu donne à ceux que l’Evangile a éclairé la grâce de se repentir vite et profondément !

V 24 à 26 : Tyr et Sidon jugées pour le bien d’Israël

Quel est le but des jugements qui frappent les Etats voisins d’Israël : Ammon, Moab, Philistie, Tyr et Sidon ? S’il est, dans un premier temps, qu’ils reconnaissent que l’Eternel, le Dieu d’Israël, est le seul Dieu qui soit, il poursuit également un autre objectif. Il est, dit Ezéchiel, d’assurer la tranquillité future d’Israël. Depuis sa naissance en tant que nation, Israël n’a jamais vraiment été reconnu comme un Etat légitime par ses voisins. Toujours, il a dû se battre contre l’un ou l’autre d’entre eux. Tous considéraient sa présence en Canaan comme une occupation illégitime. L’allergie que les voisins d’Israël ont développé contre lui n’a cependant rien d’humain. Elle n’est pas liée à la race ou à une couleur de peau. Elle trouve sa raison dans l’histoire même de la naissance de la nation. Toutes les nations frontalières d’Israël le savent : la nation hébraïque ne s’est pas installée en Canaan à la faveur de sa force. Ce n’est ni par sa puissance, ni par l’épée qu’Israël a dépossédé de leurs places les peuples qui occupaient le territoire qu’il a conquis. Israël a triomphé d’eux par l’assistance de l’armée de l’Eternel. La guerre qui oppose Israël à ses voisins est d’ordre spirituel, même si elle se traduit sur le terrain par des affrontements militaires.

En tant que maison de Dieu, Israël est le premier à connaître le jugement de Dieu. Celui-ci cependant n’est pas pour sa perte, mais pour sa purification. Aussi sinueux et tortueux soit le parcours du peuple élu, il faut que le dessein de Dieu à son sujet se réalise. En dispersant Israël parmi tous les peuples, l’Eternel n’abandonne pas son projet initial avec lui. Il libère son territoire pour le purifier de l’idolâtrie qui l’a infesté. Cet objectif n’a cependant pas été perçu de cette manière par ses voisins. Aveuglés par leur haine et leur animosité contre Israël, ceux-ci ont célébré la vengeance qui frappait le peuple élu, accumulant sur leur tête le courroux de Dieu. Leur joie aura été de courte durée. Après Israël, l’un après l’autre, les Etats voisins qui lui étaient hostiles recevront leur rétribution de la part du Dieu d’Israël, pour leur perte et leur ruine définitive.

Le terme de l’œuvre étrange de Dieu sera atteint au jour où, sous l’effet de la grâce de Dieu, Israël reviendra de l’exil pour occuper à nouveau son territoire. Ce temps sera pour lui celui de la paix, du repos et de la sûreté. Israël n’aura plus à craindre l’hostilité des peuples qui lui étaient voisins. Car ils ne seront plus. Chacun pourra construira sa maison et cultiver sa vigne sans redouter une invasion, une attaque soudaine ou une destruction. Israël aura la sécurité dans sa demeure. La fin heureuse que Dieu destine à son peuple choisi nous invite à ne pas nous prononcer trop rapidement au sujet de ce qui lui arrive en cours de route. N’ayant pas la vue finale du dessein que Dieu poursuit, nous risquons fort de mal interpréter les actes temporels qui jalonnent son parcours. Quoi que nous connaissions et traversions dans nos vies, gardons confiance en la capacité de Dieu de réaliser ses projets et ses promesses. Israël comme l’Eglise existent dans le monde pour une seule raison : célébrer la gloire de la grâce de Dieu : cf Ephésiens 1,6. « Quelle profondeur ont la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu, dira Paul ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables… C’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! : Romains 11,33 et 36. »

samedi 3 octobre 2020

EZECHIEL 27

 

V 1 à 10 : complainte sur Tyr

Chargé de prophétiser sur la ruine de Tyr, la cité qui est au cœur du négoce international, Ezéchiel est appelé de la part de Dieu à entonner une complainte qui dresse le portrait élogieux de la ville et la ruine qui l’attend. Présente dans le livre des psaumes, la complainte n’a pas pour habitude de s’intégrer dans le culte actuel du peuple de Dieu. Il y a là un manque évident si l’on considère que sur les 150 psaumes de la Bible, un bon tiers se distingue par cette connotation. A ce sujet, Janie Blough fait la remarque suivante :

« Une foi honnête exige des expressions de lamentation. Que ce soit par la bouche de Job, de David ou des prophètes dans l’Ancien Testament, et de Jésus dans le Nouveau, la Bible est remplie de cris de souffrance. L’absence de « plainte » lors des cultes est un phénomène récent. En regardant de près l’Ecriture, l’expression de la « lamentation » est largement présente lorsque le peuple de Dieu se réunit. Le meilleur exemple, ce sont les psaumes qui occupent un rôle unique comme source de prière et de chant dans la liturgie du peuple de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament. Utilisés dans le culte individuel et collectif, considérés comme indispensables, ils étaient lus, récités et chantés pour louer Dieu, pour progresser dans la foi, pour encourager face aux épreuves, et comme expression de reconnaissance.[1] »

Que dit la complainte écrite par Ezéchiel et inspirée par Dieu sur Tyr ?

1.        Elle utilise une métaphore, celle d’un navire, pour imager ce qu’elle est. La métaphore illustre à merveille la réputation qu’avait Tyr auprès des autres nations. Tyr était la championne du commerce maritime international et les Phéniciens reconnus comme de grands navigateurs. « A partir du Xe siècle avant J.C., les Phéniciens commencent à se répandre au-delà de la Méditerranée orientale, après avoir établi des bases à Chypre. Ils créent des comptoirs sur la côte nord-africaine, jusqu’en Tunisie et en Algérie, mais aussi en Sicile, à Malte, en Sardaigne, en Corse et dans le sud de l’Espagne… Partis de cités-Etats sur la côte libanaise (Tyr), les phéniciens ont essaimé dans tout le monde antique, fondé un empire qui a fait trembler Rome, et auraient même bouclé le premier tour des côtes d’Afrique.[2] »  

2.       Elle exprime les sentiments que Tyr ressent à son propre sujet. Grisée par le luxe dans lequel elle vit, Tyr en vient à s’adorer elle-même, à s’extasier face à ce qu’elle est devenue. L’Ecriture montre qu’elle n’est pas la seule à faire l’expérience de cette auto-idolâtrie. « Ta sagesse et ta science t’ont séduite, dit Esaïe à propos de Babylone, et tu disais en ton cœur : Moi, et rien que moi ! : Esaïe 47,10. » « Voilà donc cette ville joyeuse, dit Sophonie au sujet de Ninive, qui s’assied avec assurance et qui dit en son cœur : Moi, et rien que moi ! : Sophonie 2,15. » Eprises d’elles-mêmes pour des raisons différentes, les trois villes, propulsées un temps au sommet de la gloire, connaîtront chacune le même sort. Une ruine soudaine fondra sur elles pour leur rappeler que la gloire n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu. Lui seul, en effet, en est digne ! Car c’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses.

La chute de toutes les étoiles du monde devrait nous rappeler à tous et pour toujours une vérité immuable. Cette vérité est que la gloire ne sied pas à la créature. Preuve en est par le fait qu’elle est incapable de la connaître sans tomber immédiatement dans la vanité, l’orgueil ou la suffisance. Il n’y a certes rien de mal à être beau, fort ou intelligent. Le désir de Dieu n’est pas que nous restions des créatures médiocres, sans attrait ou stupides. La question est plutôt de savoir quelle place nous reconnaissons à Dieu dans la réussite à laquelle nous sommes parvenus. Car s’il y a en nous quelque beauté, quelque force ou quelque intelligence, ce n’est pas d’abord à nous, mais à Lui que nous le devons.

3.       Elle témoigne du fait que c’est du commerce avec tous les peuples avec qui elle a eu des échanges que procède sa richesse. La coque du navire qu’est Tyr est faite en cyprès de Senir (ancien nom local pour le mont Hermon : Deutéronome 3,9). Son mât a été fait dans un cèdre du Liban. Ses rames proviennent des chênes du mont Basan. Son pont a été fabriqué avec un ivoire venant d’Assyrie et importé de Kittim (Chypre). Ses voiles et son pavillon ont été tissés avec des étoffes issues d’Egypte et des îles d’Elisha (Elisha était un fils de Javan, père de la Grèce : Genèse 10,4). Ses rameurs venaient de Sidon, cité située à 35 km au nord de Tyr, passée sous sa domination, et d’Arvard, une île fortifiée située à 50 kms au nord de Tripoli. Ses agents de maintenance étaient des ouvriers venus de Guebal, autre nom de la ville de Byblos, située au nord de Beyrouth (les Guibliens participèrent en son temps à la construction du temple de Salomon : 1 Rois 5,18). Ses soldats furent recrutés en Perse (l’Iran actuel), à Lud et à Puth au nord de l’Afrique. Ils étaient tous des hommes de guerre prestigieux et valeureux.

4.       Elle rend compte du réseau commercial impressionnant qu’avaient développé les Phéniciens au pinacle de leur prospérité.

Tyr traitait avec Tarsis, au sud de l’Espagne, pour ses besoins en minerai d’argent, de fer, d’étain et de plomb : cf Jérémie 10,9. Elle lui fournissait en échange ses denrées. De Javan (la Grèce), Tubal et Méschec, elle importait contre des marchandises des esclaves et des objets de bronze. De la communauté de Togarma (l’Arménie), elle faisait venir ses chevaux de traits et d’attelage. Israël et Juda, dont la ruine la réjouit, étaient aussi du nombre de ceux avec qui elle entretenait des échanges commerciaux, ainsi que l’Arabie. De partout, à partir de son port, s’élançaient ses navires pour faire commerce avec toutes sortes de nations pour toutes sortes de produits : blé, miel, huile, lin, vin, fer, parfum, couvertures pour chevaux, bétail, pierres précieuses, or, habits de luxe, tapis, broderie, cordages… Habitant à Tyr, il n’était nul besoin de voyager pour s’équiper en matériel venant de pays étrangers. Tout était là à profusion. Tyr était la maîtresse de l’import/export.

5.       Elle rend compte du drame que représente la chute de Tyr pour le réseau qu’elle alimentait 

Qui travaille dans le monde de l’entreprise sait à quel point la santé de l’une influe sur la prospérité de l’autre. Qu’un consortium vienne à faire faillite, aussitôt ce sont de multiples sous-traitants ou clients qui sont en péril. La chute de Tyr, la reine des mers et du commerce mondial, sera en elle-même une nouvelle stupéfiante. Le pire sera pour le monde les répercussions que sa disparition entraînera. On en trouve l’écho dans l’Apocalypse, à la nouvelle de la chute de Babylone, la Tyr de la fin des temps. «   Et les marchands de la terre pleurent et sont dans le deuil à cause d’elle, parce que personne n’achète plus leur cargaison, cargaison d’or, d’argent, de pierres précieuses, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d’écarlate, de toute espèce de bois de senteur, de toute espèce d’objets d’ivoire, de toute espèce d’objets en bois très précieux, en airain, en fer et en marbre, de cinnamome, d’aromates, de parfums, de myrrhe, d’encens, de vin, d’huile, de fine farine, de blé, de bœufs, de brebis, de chevaux, de chars, de corps et d’âmes d’hommes : Apocalypse 18,11 à 13. » La chute de Tyr est l’exemple même du côté pervers de la mondialisation si vantée aujourd’hui.

6.       Elle rend compte du caractère soudain, totalement inattendu et imprévisible de la chute de Tyr

Là encore, le même écho se fait entendre au sujet de la Babylone dernière, qui est la copie conforme de Tyr. « Et tous les rois de la terre, qui se sont livrés avec elle à l’impudicité et au luxe, pleureront et se lamenteront à cause d’elle, quand ils verront la fumée de son embrasement. Se tenant éloignés, dans la crainte de son tourment, ils diront : Malheur ! malheur ! La grande ville, Babylone, la ville puissante ! En une seule heure est venu ton jugement ! : Apocalypse 18,9 et 10. »

Si, pour le monde, la rapidité avec laquelle Tyr s’écroulera sera une cause d’effroi, pour les justes, elle est une source de réconfort. L’effondrement de Tyr, à l’image de celui des grands empires qui ont dominé le monde, est le rappel qu’aucune puissance n’est invincible. Il suffit en effet d’une heure à Dieu pour mettre à bas une hauteur que l’on pensait indestructible. Les géants que le monde bâtit ont tous des pieds d’argile qui ne résistent pas à la poussée du royaume de Dieu. Aussi ne devons-nous pas craindre leur arrogance du présent. Elle sera la marque de leur honte demain, au jour où Dieu décidera de mettre fin à leurs prétentions insensées.



[1] https://www.editions-mennonites.fr/2017/01/exprimer-la-plainte-au-culte/

[2] https://www.courrierinternational.com/article/2013/08/01/les-pheniciens-ces-grands-navigateurs#:~:text=Et%20ce%20peuple%20de%20marchands,dans%20tout%20le%20monde%20antique.