lundi 18 janvier 2021

EZECHIEL 39

 

V 1 à 5 : la chute de Gog

Alors qu’il partait en vainqueur et pour vaincre, c’est pour sa chute, dit Ezéchiel, que l’Eternel fera venir Gog et ses troupes sur les montagnes d’Israël. La gloire de Dieu dans le monde, dit Paul, se manifeste de deux manières. Dieu manifeste sa puissance et sa colère par des vases rebelles qu’il destine à la perdition. Il manifeste d’autre part la richesse de sa gloire par la compassion qu’il exerce envers des vases préparés pour elle : cf Romains 9,22-23. Rien dans la grande bataille finale de l’histoire, qui verra la défaite des ennemis invétérés d’Israël et la restauration de la nation, ne sera à la honte de Dieu. Il en sera de la défaite de Gog comme de celle du Pharaon ancien dont les armées furent englouties dans la Mer rouge. En ce temps, le salut d’Israël et la ruine de l’Egypte furent l’objet de la louange du peuple de Dieu à sa gloire. « Je chanterai en l’honneur de l’Eternel car il a fait éclater sa gloire, il a précipité le cheval et son cavalier dans la mer. L’Eternel est ma force et le sujet de mes louanges, c’est lui qui m’a sauvé…, chanta le peuple de Dieu : Exode 15,1 et 2. » La même réalité se reproduit ici. La victoire de Dieu sur Gog et ses troupes sera, à vue humaine, si improbable et si fracassante que le salut d’Israël ne pourra que magnifier le nom et la grandeur de son Dieu.

V 6 et 7 : destruction de Magog, le pays de Gog

 Les représailles de l’Eternel envers Gog ne se limiteront pas à la destruction de son armée sur les montagnes d’Israël. Alors que Gog et ses alliés seront sur la terre sainte, un déluge de feu s’abattra sur son pays et de multiples autres. Ce feu viendra-t-il directement du ciel ? Ou sera-t-il le fait des ennemis naturels de Gog qui, profitant de sa défaite, voudront achever l’œuvre de destruction commencée en Israël ? Les armes nucléaires que les nations ont à disposition aujourd’hui pour se faire la guerre leur suffisent largement pour rayer un continent de la carte. Que l’Eternel soit la cause première du feu qui s’abattra sur Magog, ou que celui-ci le consume par des causes secondes, le résultat est le même. Toutes les nations doivent reconnaître qu’il y a un Dieu puissant qui garde, protège et secourt Israël. La ruine complète de Gog et Magog est un événement qui fait désormais référence pour tous. Le Dieu auquel il est rendu témoignage par les hauts faits du passé dans la Bible n’est pas une fiction. Il est le seul et unique Dieu, le Dieu qui a choisi Israël comme peuple et qui s’est révélé par ses prophètes. Que toute la terre se tienne devant lui dans la crainte et le silence !

V 8 à 16 : butin et purification

Qui dira, après avoir lu ce passage du livre d’Ezéchiel, que les prophéties bibliques ne sont pas précises ? Après avoir identifié qui étaient les belligérants et le lieu de la dernière bataille qui se livrera dans ce monde, le prophète reçoit de Dieu la révélation de ce qui se produira dans le pays d’Israël suite au jugement qui décimera Gog et ses armées. Un délai de sept mois sera nécessaire pour procéder à la purification du pays tant les morts seront nombreux. Le butin pris sur l’ennemi sera si considérable que, pendant cette période, Israël n’aura nul besoin de puiser dans ses richesses naturelles pour pourvoir à ses besoins de chauffage. Il lui suffira de se servir du matériel laissé sur place par les armées vaincues. La purification complète du pays nécessitera une investigation minutieuse. Là où l’on découvrira le cadavre d’un soldat, des inspecteurs le signaleront par un repère. Puis des fossoyeurs prendront en charge la dépouille trouvée pour l’enterrer avec le reste de l’armée de Gog dans un lieu précis : la ville Hamona (foule bruyante).

Ces directives pragmatiques données ici par Dieu peuvent étonner. A-t-on besoin de tels renseignements écrits des siècles avant que les faits ne se produisent ? Les détails de la Parole de Dieu ne sont pas vains. Parce qu’ils sont vérifiables, ils crédibilisent sa véracité plus que toutes ses grandes annonces. Alors que Cyrus, le roi de Perse, n’existait pas, ni son empire, c’est lui qu’Esaïe cite comme le chef qui ordonnera la reconstruction du temple : Esaïe 44,28. Des siècles avant l’évènement, Michée prédit que c’est à Bethléem que naîtra le Messie d’Israël : Michée 5,1. Confirmée par les Evangiles, l’annonce du prophète est marquée par le sceau de l’authenticité divine. Le caractère précis des annonces faites ici par Ezéchiel ne dessert pas le poids de la prophétie donnée. Au contraire ! Il l’oblige à être vraie. Car si les détails sont explicites, le reste ne peut être que certain.

V 17 à 20 : un sacrifice offert aux rapaces

Tout au long de l’Ecriture, l’invitation au partage d’un repas est un signe fort d’accueil, d’amitié ou de déférence de la part de celui qui l’initie. Ainsi, lorsque l’Eternel apparut, accompagné de deux anges, à Abraham pour lui confirmer la naissance d’Isaac, la première chose que fera le patriarche sera de leur préparer un bon repas : Genèse 18,1 à 8. Au jour où, après avoir jugé les peuples, le Seigneur établira son règne sur le mont Sion, Esaïe dit que, pour fêter cette heure, le Seigneur préparera pour tous les peuples à Sion un festin de plats succulents et de bons vins : Esaïe 25,6. Jésus lui-même, pour signifier la communion étroite qui liera les citoyens du royaume, utilisera souvent la symbolique du repas : Matthieu 8,11 ; 22,1 à 11 : Luc 12,37 ; 13,29. Pour l’heure, c’est un type d’invités particuliers que l’Eternel demande à Ezéchiel, son serviteur, de convoquerr pour se rassasier du fruit de sa victoire : les rapaces. Comme tout être que Dieu a fait, les rapaces ont été créés pour une fonction précise. Charognards, ils sont les fossoyeurs du monde animal. Grâce à eux, les carcasses d’animaux morts ne pourrissent pas à l’air libre. Elles sont minutieusement dépecées et dévorées. La chair engloutie, il ne reste des dépouilles que les os. Au jour du carnage de Gog, l’Eternel convoquera les vautours pour un festin inédit de chair humaine. Qu’il soit prince ou simple soldat, là où seront leurs cadavres, là s’assembleront les aigles. Le spectacle de ce festin est si incongru que l’Apocalypse même s’en fait l’écho : Apocalypse 19, 17-18. Dans le monde animal, les vautours sont pour les carnassiers des aides utiles. Ils sont des indicateurs sûrs de la présence d’un cadavre. C’est aussi le rôle qu’auront, au jour du carnage de Gog, les rapaces venus se repaître de chair et de sang. Ils serviront de guide aux inspecteurs parcourant le pays pour marquer d’un repère la présence d’un humain décédé dans le combat. La nature s’unira à Israël pour fêter la victoire du grand Roi sur ses ennemis !

V 21 à 29 : l’honneur de Dieu rétabli parmi les nations

Gog et ses armées vaincues, Israël délivré et rétabli dans sa terre, l’honneur de Dieu est rétabli. Aussi compliquée et chaotique paraisse l’histoire de l’humanité, elle ne tourne en fait qu’autour d’une seule question : à qui ce monde doit-il ce qu’il est ? Alors que nos premiers parents furent créés par Dieu, le prodige du diable fut de détourner leurs cœurs de la gloire qu’ils auraient dû rendre à Dieu pour leurs vies. Depuis ce jour, la gloire qui devait être rendue à Dieu est détournée. Chaque potentat, tel un vautour se jetant sur une carcasse, cherche à s’en accaparer une part. Dieu, pourtant, face à cette situation, ne resta pas inactif. Rachetant Israël, il manifesta sa gloire en Egypte. A main forte et à bras étendu, par de multiples actes de puissance, il démontra qu’il était le vrai Dieu de l’univers. Mais Israël, le peuple qu’il élut, faillit. Il se détourna de lui pour s’attacher à de vaines idoles. Aussi Dieu l’abandonna-t-il. Vaincu par ses ennemis, Israël connaîtra l’exil, la déportation et la dispersion parmi les nations, entachant la réputation et l’honneur de son Dieu.

Pourtant, dit Dieu, « Je suis l’Eternel. Je ne donnerai pas ma gloire à un autre, ni mon honneur aux idoles… C’est pour l’amour de moi, pour l’amour de moi, que je veux agir : Esaïe 42,8 ; 48,11. » Bien qu’Israël soit délaissé pour un temps par son Dieu, il n’est pas possible que l’histoire du monde s’achève avec sa ruine. C’est pour Dieu une question d’honneur. Car Dieu s’est lié à Israël. Israël est son peuple et l’Eternel est son Dieu. La dispersion ne peut durer qu’un temps. La restauration doit la suivre afin qu’Israël sache, mais aussi toutes les nations, la vérité sous-jacente de l’histoire. Cette vérité est que l’Eternel seul est Dieu, une affirmation répétée plus de 50 fois dans le livre. Mille fois au cours de son périple, le peuple de Dieu a eu l’occasion de le voir. Mais rien ne le démontrera autant que la défaite complète, à la fin de l’histoire, des armées de la terre dans la dernière bataille conduite par Gog sur les montagnes d’Israël.

Suite à la délivrance inouïe dont elle sera l’objet, Israël ne réitérera pas le vécu qui suivit sa sortie d’Egypte. Dieu lui-même y veillera par le seul moyen lui permettant de s’assurer l’allégeance de son cœur : le don de son Esprit à chaque membre de la communauté. Israël tout entier sera alors l’Eglise de Dieu. La présence de Dieu sera si réelle et si manifeste en son sein qu’aucune nation ne s’essaiera à l’attaquer. Peuple mis à part, Israël remplira aux yeux du monde la vocation qui était la sienne dès l’origine : être au milieu des nations le témoin du Dieu saint. Pour ce peuple, il faut un temple. Le reste du livre d’Ezéchiel a pour objet de nous le décrire.

samedi 9 janvier 2021

EZECHIEL 38

 

a.       La coalition autour de Gog : v 1 à 6

De tout temps, la préoccupation première de Dieu gravite autour du sort de ses élus. L’histoire du monde ne se produit pas de manière anarchique. Elle a pour centre le peuple de Dieu. La désobéissance d’Israël, son rejet du Christ, a ouvert aux nations les portes de l’Evangile. Pendant des siècles, Israël a été écarté de l’histoire. Ce temps, pendant lequel le peuple physique du Messie a connu l’exil, n’a pas été perdu. L’Eglise de Jésus-Christ s’est développée parmi les non-Juifs, intégrant des hommes de toute nation, toute tribu, toute langue : Apocalypse 5,9. Cette période est appelée dans le langage prophétique le temps des nations : Luc 21,24. Pour autant, Israël n’est pas banni à jamais du dessein de Dieu. Enfermé pour un temps dans la désobéissance, le peuple juif n’est, pas plus que les nations, hors de portée de la grâce salvatrice et restauratrice de Dieu : cf Romains 11,28 à 32. Israël réintégré dans l’alliance, le temps des nations, marqué par la patience de Dieu, arrive à son terme. Il cède la place au jour annoncé par de nombreux prophètes, le jour de l’Eternel, jour de sa colère qui manifestera que l’Eternel est le Dieu d’Israël.

C’est, révèle Ezéchiel, par une coalition conduite par Gog, du pays de Magog, le prince de Rosh, Méshec et Tubal, que se livrera sur les terres d’Israël la bataille qui mettra fin une fois pour toutes à l’animosité des peuples contre Israël. De tout temps, bien que privés de leur territoire, les Juifs ont souffert du simple fait d’être Juifs. Accusés par les chrétiens d’être un peuple déicide, par les musulmans d’être des faussaires de la parole de Dieu, les Juifs n’ont vécu, presque nulle part, en sécurité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la restauration de l’Etat hébraïque provoque parmi les nations une réaction violente. Objet de la grâce de Dieu, la prospérité du peuple juif suscite bien des jalousies et éveille bien des convoitises. La coalition regroupée autour de Gog en sera l’expression concrète.

Qui est ce Gog, prince des derniers temps, qui entraînera derrière lui des peuples aussi divers que la Perse et l’Ethiopie, dans l’objectif commun d’envahir Israël pour s’accaparer ses biens ? Plusieurs indices nous aident à cerner le portrait de ce personnage. En premier, le pays de Magog, dont il est le roi, est cité dès la genèse. Magog, Méshec, Tubal et Gomer sont mentionnés comme des fils de Japhet, fils de Noé, en Genèse 10,2. Togarma était lui-même fils de Gomer. Tous ces peuples se sont constitués après le déluge, et dispersés sur la terre après l’épisode de Babel. Sur le plan géographique, Ezéchiel les situe à l’extrême Nord d’Israël, au septentrion. Si le nom de Gog apparaît ici la 1ère fois pour désigner le grand ennemi d’Israël des temps de la fin, Ezéchiel précise qu’avant lui les anciens prophètes en ont souvent parlé : v 17. On peut citer parmi eux Esaïe et, surtout, Jérémie. Alors que les Israélites se tournaient vers les faux dieux pour connaître l’avenir, Esaïe, dans un vibrant plaidoyer, rappelle que seul l’Eternel peut prédire de loin ce qui va arriver. Pour accréditer cette parole, il révèle la venue future d’un conquérant surgi du septentrion qui broiera les peuples comme le potier l’argile : Esaïe 41,25. Jérémie voit, lors de sa vocation, une marmite bouillante venir du Nord, de laquelle sortira le mal qui se déversera sur tous les habitants du pays. La vision concerne, non seulement une nation, mais tous les peuples du royaume du septentrion : Jérémie 1,15. Cette menace sera réitérée tout le long du livre : Jérémie 4,6 ; 6,1.22 ; 46,20 ; 47,2 ; 50,3. Les prophéties de Jérémie concernaient le peuple qui lui était contemporain. Elles l’avertissaient de l’invasion future du roi de Babylone. Mais elles avaient une portée plus lointaine aussi. Le prophète sépare à plusieurs reprises la Babylonie (située plutôt au nord-est d’Israël) des royaumes du septentrion, situés à l’extrême nord : Jérémie 25,26 ; 50,3.9.41 ; 51,48. Comparé au Pharaon qui retint les enfants d’Israël dans un dur esclavage, le roi du Nord figure parmi ceux qui, longtemps, ont gardé prisonniers un grand nombre d’Israélites en les empêchant de retourner dans leurs terres : Jérémie 16,15 ; 23,8 ; 31,8. Frappé par la main de Dieu, le roi du nord sera, contre son gré, contraint de libérer ses captifs, perdant du coup une main d’œuvre qui faisait sa richesse. La venue du roi du Nord sur les montagnes d’Israël scelle en quelque sorte sa revanche. Elle est une manière pour lui de récupérer son bien perdu. Il vient, dit Ezéchiel, comme une tempête (en hébreu « shoah »), terme qui, sur le plan historique récent, en dit long sur ses intentions. C’est ni plus ni moins que la dévastation totale d’Israël que la coalition nordique vise par son attaque soudaine et brutale.

A la lumière de tous ses renseignements, de nombreux commentateurs juifs et chrétiens associent la coalition nordique à une ligue d’Etats antisémites conduite par la Russie. La Russie est l’Etat qui se trouve en ligne directe à l’extrême Nord d’Israël. Outre la Russie, la coalition nordique incluerait la Turquie (Méshek et Tubal), l’Iran (la Perse), et d’autres nations moindres. Un des arguments qui plaide en faveur de cette interprétation est aussi le fait que, suite à l’effondrement de l’URSS, c’est de Russie qu’est sorti le plus gros contingent de Juifs revenus en Israël (2 à 3 millions). Avec leur départ, la Russie a perdu les cerveaux qui lui donnaient son intelligence dans nombre de domaines. Il n’est ainsi pas impossible que, jaloux de la prospérité du nouvel Etat, le roi du Nord, tel l’antique Pharaon, veuille reconquérir le nouvel Israël pour le piller de ses biens et de son savoir-faire. L’avenir nous dira si cette interprétation correspond à la réalité.

Sur le plan humain, c’est à l’initiative de Gog que cette coalition se formera. Mais, comme toujours, derrière les projets des hommes, c’est le dessein de Dieu qui s’accomplit. Sans qu’il le sache, à l’instar du Pharaon d’Egypte au temps de Moïse, Gog est l’outil que Dieu va utiliser dans les derniers temps pour provoquer le jugement des nations hostiles à Israël. Les mots utilisés pour décrire l’excitation qui va s’emparer du conquérant et le pousser à entreprendre cette guerre soulignent que la chose ne se fera pas en un jour. Gog va méditer son projet, le construire. Celui-ci va l’obséder jusqu’à s’emparer de lui totalement. Gog va en parler à ses alliés. Il va dépêcher secrètement des émissaires pour rallier d’autres, animés des mêmes sentiments que lui envers Israël. Au jour J, les troupes armées vont se lever et passer à l’attaque.

b.       Les pensées funestes de Gog : v 7 à 12

Qu’est-ce qui, au fond de lui, motive le roi de Gog à lancer cette attaque soudaine contre Israël ? Tout d’abord, Ezéchiel le souligne, le roi de Gog a une mission divine. Pour que le royaume de Dieu s’établisse, il faut que toutes les forces du mal qui agitent le monde et dressent les peuples les uns contre les autres soient anéanties. La coalition menée par Gog va être le déclencheur du jugement de Dieu sur les nations. En s’attaquant à la nation juive reconstituée, Gog ne s’en prend pas à un pays comme les autres. Il prend à parti un peuple dont l’existence relève du miracle de Dieu. Il commet la même faute que le Pharaon ancien qui, malgré toutes les preuves de l’évidence de l’action de Dieu en faveur d’Israël, s’est acharné pour sa propre perte à le poursuivre dans le but de l’assujettir à nouveau. Sorti d’une guerre qui avait comme objectif de le détruire (la seconde guerre mondiale), l’Israël d’aujourd’hui est le fait du miracle de Dieu. C’est lui désormais qui l’assure de sa protection. La fournaise de laquelle il sort ne se reproduira plus. Il y a eu une shoah contre Israël, il n’y en aura pas deux.

La seconde motivation qui pousse Gog à agir contre Israël relève d’une erreur de jugement. Gog a jaugé las capacités de défense d’Israël. Il les a comparés aux siennes cumulées à celles de ses alliés. Il a estimé que la force était largement de son côté. Au décompte des troupes qui sont avec lui, Gog a jugé qu’Israël ne fait pas le poids. Que pourrait-il face à une multitude surarmée comme elle l’est ? Dans son calcul, Gog oublie le facteur premier de la sécurité d’Israël : le Dieu qui l’a ramené à main forte et à bras étendu sur le territoire délaissé depuis des siècles par ses ancêtres exilés. Doté ce jour d’une des meilleures armées du monde, le nouvel Israël, face à Gog, devra apprendre que son salut ne se trouve pas dans sa force militaire, mais en Dieu seul. Si ce n’est lui qui agit, tous ses équipements et son arsenal seront vains pour le sauver.

La 3ème motivation mise en avant par le prophète est l’emplacement géographique d’Israël. Israël est le centre, littéralement le nombril de la terre. Placé au carrefour de trois continents, Israël est comme le pivot autour duquel tourne le monde. « La Palestine, a dit Rudyard Kipling, est la boucle du ceinturon qui entoure le monde. » Il y a pour Gog un intérêt stratégique évident à conquérir Israël. Par lui, il a, par exemple, accès à des débouchés maritimes qui lui seraient fermés autrement. Toutes les conquêtes guerrières ont pour objectif des enjeux géostratégiques. La dernière n’y échappera pas.

La dernière motivation tient au butin que Gog espère récupérer en s’assujettissant le peuple juif. La reconstitution d’Israël, chacun le sait, n’est pas seulement le miracle de la renaissance d’un peuple, retrouvant sa terre et sa langue, disparu de l’échiquier du monde depuis des siècles. Il est aussi le témoin d’un prodige économique sans pareil. Grenier du monde, terreau de cerveaux à la pointe de la technologie, Israël domine les peuples par son intelligence et son savoir-faire. La concentration de talents si grands dans un espace si restrient ne peut qu’exciter la convoitise. Gog ne vient pas en Israël pour traiter une alliance, mais pour le piller de ses richesses… qui sont autant de signes de la bénédiction divine sur son peuple reconstitué. Il devra apprendre que si l’on peut voler des hommes, on ne vole pas Dieu.

c.       Réaction du reste des nations : v 13 à 16

Si Israël est la première nation concernée par l’attaque de la coalition nordique, elle n’est pas la seule. Le monde est ainsi fait que tout mouvement qui se produit sur l’échiquier international perturbe l’ensemble des peuples. A la vue des troupes menées par Gog, déferlant de l’extrémité du septentrion, plusieurs nations vont s’interroger. Quelles sont les visées de Gog ? Pour quelles raisons mène-t-il cette attaque soudaine sur Israël ? Le pillage de ses ressources est-il son seul but ? Les interrogations viendront aussi bien de peuples du continent africain (Seba et Dedan) que du côté des nations bordant la Méditerranée (Tarsis). A priori, la réaction première ne sera pas militaire. On sait cependant, par les deux dernières guerres mondiales qui se sont produites, que rapidement un conflit de l’ordre de celui qui nous est présenté ici, ne peut que s’étendre au monde entier.

Derrière l’internationalisation du conflit, c’est le projet ultime de Dieu qui se met en œuvre. Ezéchiel l’a dit précédemment : c’est entraîné par Dieu que Gog sortira de son territoire avec ses alliés pour conquérir Israël : v 4. La guerre de Gog est le grand rendez-vous fixé par Dieu avec toutes les nations. C’est la dernière guerre, celle qui verra les armées du monde se rencontrer toutes au même endroit pour leur jugement : Zacharie 12,9. « Je rassemblerai, dit Dieu, toutes les nations pour qu’elles attaquent Jérusalem… Puis l’Eternel sortira et combattra ces nations, comme il combat le jour de la bataille : Zacharie 14,2.3. » Le jour de la bataille des peuples contre Jérusalem et l’Israël restauré sera le jour de l’Eternel, jour de colère et de fureur annoncé par de multiples prophètes : Esaïe 8,9-10 ; 24,21 à 23 ; Michée 4,11 à 14 ; Habakuk 3,7 à 15 ; Sophonie 1,14 à 18 ; 3,6 à 8 ; Jérémie 30. Joël en précise le lieu, la vallée de Josaphat : Joël 4,1 à 3 (l’Harmaguédon de l’Apocalypse : Apocalypse 16,14 à 16). La suite du récit d’Ezéchiel nous raconte, à la manière d’un reporter, ce qui arrivera ce jour-là.

d.       Stupeur et tremblement : v 17 à 23

Quelles que soient leur nature, les œuvres de Dieu ne se font jamais dans la précipitation. C’est longtemps d’avance que Dieu prépare les évènements qui mettent en route la réalisation de ses projets. La chute de l’Assyrien est soudaine, mais cela fait des lustres que le bucher est préparé pour lui : Esaïe 30,33. Satan sera, à la fin des temps, jeté dans l’étang de feu et de souffre. Mais le feu éternel qui lui est destiné est prêt depuis des siècles : Matthieu 25,41. Le jour de l’Eternel est proche, dit Sophonie, car l’Eternel a préparé un sacrifice : Sophonie 1,7. Qui lit la Parole de Dieu n’a nul besoin de consulter les voyants et les devins. Par elle, Dieu nous fait connaître longtemps à l’avance ses projets. La Bible ne nous relate pas seulement les hauts faits passés de Dieu. Elle nous révèle aussi de manière explicite comment se finit l’histoire. La déclaration de guerre du roi de Gog contre Israël sera subite. Mais depuis des millénaires, l’événement a été rapporté par les prophètes. Il suffit donc au peuple de Dieu de lire les Ecritures pour savoir à quoi s’en tenir.

Il y a dans l’histoire un jour particulier où la colère longtemps contenue de Dieu contre ses ennemis va exploser. C’est, dit Ezéchiel, le jour où Gog débarquera avec ses armées sur les montagnes d’Israël. Les peuples, avant ce jour, ont pu traiter Israël comme ils l’ont voulu. Ils se sont partagé son territoire. Ils ont disséminé sa population parmi toutes les nations : Joël 3,2. Mais l’heure est venue pour elles en ce jour de rendre compte de leurs exactions. Car, dit l’Eternel, qui touche à Israël touche à la prunelle de ses yeux, l’endroit le plus sensible de son être : Zacharie 2,8. Au jour où Gog pénétrera sur la terre d’Israël, il n’y a aucune nation qui ne ressentira le courroux de Dieu et n’en constatera stupéfaite les effets. Un tremblement de terre énorme secouera le pays et, de là, toute la surface de la terre. Les échos de ce séisme terrible et unique se font entendre dans bien des endroits dans l’Ecriture : Apocalypse 6,12 à 16 ; 11,3 ; 16,18 à 20 ; Aggée 2,6-7. Les montagnes seront renversées, les falaises s’écrouleront et toutes les murailles tomberont à terre. Des tsunamis énormes agiteront les océans provoquant la frayeur de ses occupants. Les dépôts de grêle longtemps réservés pour le jour de la bataille : Job 38,22-23, seront lâchés : Apocalypse 11,19 ; 16,21. Quel que soit le lieu où se trouvent hommes et animaux, chacun le comprendra : ce qui se passe ici n’est pas l’expression de phénomènes naturels. Dieu est en grande colère et il le fait savoir !

Alors que, sur ordre de Dieu, les éléments se déchaînent, sur le terrain militaire, le scénario qui se produisit au temps du roi Josaphat se répète : Joël 3,2.12. Israël n’aura pas à combattre. De ses yeux, il contemplera ce que Dieu est capable de faire quand sa main agit. Le récit de la bataille qui se livra au temps de Josaphat anticipe dans le détail le déroulé des évènements qui scelleront le sort de Gog et de ses armées. L’Eternel, dit le texte, plaça une embuscade contre la coalition qui réunissait les Ammonites, les Moabites et les habitants de la région montagneuse de Séir. Ils se dressèrent alors les uns contre les autres et finirent par se massacrer sous les yeux du peuple de Dieu : 2 Chroniques 20,22-23. Il en sera de même, dit Ezéchiel, avec la coalition conduite par Gog. Ils s’entretueront et retourneront leurs armes les uns contre les autres, épargnant le peuple de Dieu : v 21 ; Zacharie 14,13. Leurs épées, sorties contre Israël, seront l’instrument de leur propre jugement. Ainsi, dit Dieu, je manifesterai ma sainteté et me ferai connaître aux yeux de beaucoup de nations. Elles reconnaîtront alors que je suis l’Eternel.

samedi 2 janvier 2021

EZECHIEL 37

 

V 1 à 14 : la résurrection d’Israël

a.       Vision des ossements desséchés : v 1 à 3

Le chapitre 36 se termine par une promesse certaine. L’exil, la déportation des Israélites de leur pays n’est pas le dernier chapitre de leur histoire. La terre dévastée d’Israël sera de nouveau habitée. Si la prophétie est source d’espoir, il est possible qu’elle ait rencontré chez ceux qui l’entendaient un certain scepticisme. Comment Israël pouvait-il renaître ? Des morts peuvent-ils revivre ? Avec quelle force les Israélites pourraient-ils reconquérir leur terre ?

Une fois de plus, la vision dont va être l’objet Ezéchiel le démontre. Lorsque Dieu fait une promesse, c’est en vertu de sa puissance qu’il l’accomplit. Lorsque Dieu parle, la chose arrive, lorsqu’il l’ordonne, elle existe : Psaume 33,9. Incrédule de nature, le peuple de Dieu a trop souvent besoin de voir pour croire. Aussi l’Eternel va-t-il donner à Ezéchiel une visualisation sans équivoque de l’avenir d’Israël. La vision sera si stupéfiante et improbable qu’elle ne pourra que conforter la faible foi de ceux qui, malgré leurs doutes, veulent croire à la parole de Dieu. Croire que Dieu peut relever un malade est relativement aisé pour la foi. Mais qui aurait l’audace de s’attendre à ce qu’il ressuscite un mort ? C’est pourtant ce miracle de la résurrection qu’Ezéchiel va proposer par l’Esprit de Dieu à la foi de ses contemporains.

Pour se faire, Dieu transporte le prophète à un endroit qu’il ne situe pas : une vallée. Celle-ci n’est pas comme les belles vallées d’Israël, tapissées de champs de fleurs et égayées par des arbres fruitiers colorés. La vallée est un ossuaire, pleine d’ossements desséchés. Tout, dans ce lieu, respire la mort et le désespoir. Lorsque la vie est encore là, chacun se dit qu’il y a encore un espoir. Mais lorsque la mort a fait son œuvre, que peut-on encore espérer ? Si encore, la mort venait juste de se produire ! On verrait les corps dans leur entier, encore chauds de la vie qui les habitait. Mais que faire d’os qui paraissent être là depuis des décennies, si ce n’est des siècles ?

L’Eternel interroge Ezéchiel. Que pense-t-il ? Croit-il possible que les ossements qu’il a sous les yeux puissent revivre ? Le prophète est prudent dans sa réponse. Il ne se montre ni incrédule, ni présomptueux. Dans le 1er cas, il aurait nié la capacité de Dieu d’opérer un tel prodige. Dans le second, il aurait fait preuve d’une témérité dans la foi qui sortirait de l’humain. Ezéchiel préfère laisser à Dieu le soin de répondre lui-même à la question. La question à laquelle Dieu le sollicite de répondre n’entre pas dans des catégories qui relève des limites humaines. Elle est du ressort de la seule volonté et puissance de Dieu. La résurrection d’un être ne peut se faire que si Dieu le décide. Elle est la marque par excellence de la puissance de Dieu. C’est pourquoi, sage comme il est, Ezéchiel refuse de prendre une position quelconque.

b.       Prophétie sur les os : v 4 à 8

Il ne suffit pas à l’Eternel de communiquer à Ezéchiel la vision qui est la sienne sur l’avenir d’Israël. L’Eternel veut associer le prophète à la réalisation de celle-ci. Aussi, après l’avoir questionné sur le devenir des ossements desséchés qu’il lui a montré, le Seigneur va un pas plus loin avec son serviteur. Dieu lui révèle ce qu’il va faire et, suite à cette révélation, il donne l’ordre à Ezéchiel d’enclencher par l’oracle de sa prophétie le processus de résurrection de la nation. La parole de Dieu, prononcée par le média qu’est le prophète, opère avec la même puissance que si elle sortait de la bouche de Dieu. Alors qu’il parle, les os desséchés amoncelés dans la vallée se mettent en mouvement. Ils se rapprochent les uns des autres. Des nerfs leur apparaissent, la chair se met à croître sur eux. Et bientôt des êtres humains habillés de leurs peaux, paraissent devant le prophète. Le miracle de la résurrection physique d’Israël se produit sous les yeux d’Ezéchiel. Elle est la première étape de la vision. Pour l’heure, le peuple de Dieu existe. Mais il lui manque encore l’essentiel. Aucun esprit ne l’anime. Les corps que voit Ezéchiel sont reconnaissables. Mais ils ne sont pas encore debout, mais couchés. Ils ont l’apparence d’être, mais ne sont pas encore.

Cette première étape est celle que nous connaissons aujourd’hui. Depuis 70 ans, Israël figure de nouveau parmi le cortège des nations. Des villes ont été reconstruites. Le Néguev, jadis mort, est redevenu un jardin arrosé. Mais la nation n’a pas renouée avec son Dieu. Israël a un parlement, un président. Il est à la pointe de la technologie et du savoir-faire mondial dans de nombreux domaines. Mais, sur le plan spirituel, il est un peuple qui ne diffère quasiment en rien des autres. Il manque à Israël la vie que l’Esprit de Dieu seul peut donner. La promesse de Dieu est cependant certaine. Il n’a pas qu’en vue de redonner à Israël sa terre, ses villes, sa capitale. « C’est mon Esprit que je mettrai en vous, a-t-il promis : Ezéchiel 36,22. » C’est le grand miracle de la période finale de l’histoire qu’attendent tous les vrais croyants. La première étape de la prophétie accomplie, il est impossible que la seconde ne se réalise pas.

c.       Prophétie à l’intention de l’Esprit : v 9 à 14

Pour la seconde fois, Dieu fait participer Ezéchiel à la mise en œuvre du processus qui va parachever la résurrection d’Israël. C’est le privilège des serviteurs de Dieu d’être, non seulement visionnaires, mais encore ouvriers avec lui. Dieu pourrait faire son œuvre sans eux. Mais il se plaît à travailler avec eux en leur conférant à la fois sa parole et son autorité. Mesurons-nous la grâce qui nous est faite d’avoir part à la connaissance de ses desseins, puis d’y entrer pour en être acteur ? Rien n’est plus valorisant, nous le savons, d’être au moment voulu parmi ceux qui font l’histoire. Inspirés par Dieu, chaque jour, nous entrons dans les œuvres qu’il a préparées d’avance pour nous afin que nous les pratiquions : Ephésiens 2,10. Nous construisons pierre après pierre le royaume de Dieu. Que notre fierté soit, comme pour Ezéchiel, d’être les outils par lesquels il fait son ouvrage aujourd’hui ici-bas.

Alors que la première parole d’Ezéchiel s’adressait aux os desséchés de la nation d’Israël, c’est l’Esprit que le prophète de Dieu doit solliciter pour parachever l’œuvre de résurrection de la nation. Il n’est, disons-le nettement, dans le pouvoir d’aucun homme de commander l’œuvre de l’Esprit. Jésus lui-même l’a certifié : l’Esprit de Dieu est souverainement libre. Il agit comme il veut et lorsqu’il le veut : Jean 3,8. En ordonnant à l’Esprit d’agir, Ezéchiel ne prend pas autorité sur lui. Il n’agit pas sur une décision de sa propre volonté, mais en obéissance à un ordre reçu. Ezéchiel est rendu participant d’une vision dont l’accomplissement n’a pas lieu sur le champ, mais dans l’avenir. La finalité de l’œuvre de Dieu lui ayant été révélé, Dieu lui commande d’agir par la foi dans sa parole donnée. Ezéchiel ne commande pas Dieu. Il est, par sa grâce, ouvrier avec lui, semblable à celui qui recevrait l’ordre d’appuyer sur l’interrupteur pour que la lumière jaillisse après que l’électricien eut terminé les travaux d’installation du circuit électrique.

La parole prophétique d’Ezéchiel proclamé, le miracle se produit. Le prophète voit les corps sans vie s’animer et se lever. Bientôt c’est aune armée nombreuse qui se met en mouvement. En conclusion, Dieu rappelle à son serviteur le sens de la vision reçue. Elle a pour objet de ranimer l’espoir dans les cœurs du peuple exilé. Dans l’état dans lequel il se trouve, il a perdu toute espérance. Il pense avoir atteint, à cause de ses péchés, le point de non-retour. La belle histoire d’Israël, peuple sorti de l’esclavage pour être une nation libre sous la conduite de son Dieu, est finie. C’est compter sans la puissance de l’Esprit de Dieu, Esprit de vie et de résurrection. C’est cet Esprit qui, le 3ème jour, a relevé Jésus de la mort, et ravivé l’espérance éteinte des disciples : cf Luc 24,21. Ce que Dieu a fait pour Jésus, il l’a aussi fait d’une autre manière pour ses disciples. Evoquant la vie nouvelle reçue, Paul dira : Il nous a ressuscités avec Christ… : Ephésiens 2,6. L’Eglise est le témoignage vivant que Dieu peut constituer une nation d’êtres renouvelés à partir d’hommes en état de décomposition spirituelle. La résurrection de Jésus, prémices de toutes les autres : 1 Corinthiens 15,20, est la garantie de la réalisation de la vision prometteuse d’Ezéchiel à l’égard d’Israël ! Que bientôt la vie de l’Esprit ressuscite le peuple d’Abraham, d’Isaac et de Jacob !

V 15 à 28 : un seul peuple

a.       Illustration : v 15 à 19

L’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire d’Israël fut sans nul doute la division du royaume en deux Etats séparés. Cette scission se produisit après Salomon, à l’aube du règne de Roboam, son fils. Elle fut actée par le ralliement de dix tribus sur douze à Jéroboam : cf 1 Rois 12. Le royaume davidique fut désigné comme celui de Juda et le reste des tribus garda le nom d’Israël. Dans le langage prophétique, la partie séparée de Juda fut souvent associée à Ephraïm : Esaïe 7,17. Fils cadet de Joseph après Manassé, Ephraïm est celui qui, dès l’origine, fut l’objet de la préférence de Dieu quant aux bénédictions futures : Genèse 48,8 à 20. A ce sujet, Juda n’était pas en reste. A la mort de Jacob, père de toutes les tribus, c’est à lui que le patriarche fera la promesse de la royauté sur ses frères jusqu’à la venue du Shilo (le Conducteur) issu de sa descendance : Genèse 49,8 à 10. La séparation des tribus fut une coupure entre deux clans, objets chacun de promesses reçues de Dieu. Il n’était pas possible au jour futur de la résurrection de la nation qu’un tel état de fait perdure. Ezéchiel reçoit ici l’ordre d’annoncer la réunion des deux anciens Etats en un seul, par une illustration accessible à la compréhension de tous.

Sous les yeux des Israélites présents, Ezéchiel prit un premier morceau de bois portant le nom de Juda. Puis il en prit un second portant le nom de Joseph, père d’Ephraïm. Sur l’ordre de Dieu, il rapprocha les deux bois l’un de l’autre pour qu’ils n’en deviennent qu’un. La démonstration était limpide. Alors que, depuis des siècles, Israël est divisé en deux, à l’avenir le peuple de Dieu sera un. Le bois de Joseph ne sera plus séparé de celui de Juda, mais lié à lui. Car c’est de Juda que vient le salut de la nation, selon la promesse formulée jadis par Jacob. La scission d’Israël n’a jamais été dans la pensée de Dieu. Elle est le fruit amer de l’idolâtrie et de l’orgueil humain, la conséquence de l’infidélité de Salomon dans ses derniers jours : 1 Rois 10,31 à 35. Par l’exil, Dieu va mettre le passé de la nation à plat. Les compteurs seront remis à zéro. La grâce dont l’Israël nouveau sera l’objet solutionnera tous les anciens contentieux. C’est ce qu’Ezéchiel va maintenant préciser.

Assurément, il ressort de l’histoire d’Israël que c’est du péché des hommes que surgissent les divisions dans le peuple de Dieu. Les sectes, dit Paul, sont inévitables : 1 Corinthiens 11,19. Elles sont un mal qui a le mérite de mettre en évidence ceux qui sont attachés à la vérité et les autres. A long terme, le fractionnement du christianisme en multiples partis n’est pas une bonne chose. La prière de Jésus pour ses disciples, avant son départ, plaide pour l’unité, non pour la segmentation : Jean 17,20-21. La prophétie d’Ezéchiel souligne que seul Dieu a le pouvoir d’unir à nouveau ce que l’homme a séparé. Ce que Dieu fera pour Israël, il a le pouvoir de le réaliser aussi pour l’Eglise. La persécution, l’épreuve, l’exil en sont l’un des moyens. Ensemble, dans la peine, le chagrin, la survie, il n’y a plus de séparation. Nous nous retrouvons tous aux pieds de notre Seigneur, unis et frères. Le moment de la grande remise à zéro du compteur de l’Eglise est du ressort et de la capacité de Dieu seul ! Que Dieu nous préserve cependant les uns et les autres d’être une cause de division parmi son peuple !

b.       Le fondement de l’unité : v 20 à 28

Selon certains sites Internet, le grand but poursuivi par les élites de ce monde est de procéder à une réinitialisation complète du monde. Par elle, c’est son unité qui est visée, unité qui, seule, peut garantir sa paix et sa sécurité. Avant celle du monde, Ezéchiel révèle que c’est à la réinitialisation d’Israël que son Dieu travaille. Celle-ci inclut, comme le prophète vient de le figurer, le retour de la nation en une seule entité. Sur quoi repose l’unité future d’Israël ? Quels en sont les fondements-clés ? C’est ce qu’Ezéchiel nous dit ici !

Pour procéder à la résurrection d’Israël, Dieu le prend là où il se trouve au moment où il entreprend d’agir. Israël exilé, dispersé parmi les nations, doit être rassemblé. C’est la première étape du processus qui conduit à son rétablissement. Le miracle s’est opéré sous nos yeux et se poursuit encore de nos jours. De tous les coins et de tous les pays du monde, les Juifs partent pour faire leur alya, c’est-à-dire leur retour en terre d’Israël. Mort physiquement, déraciné, Israël, en tant que peuple, revit, existe à nouveau. Il n’est pas une semaine dans l’année qui ne nous rappelle le miracle de la renaissance de la nation hébraïque. Après des siècles d’exil, de dispersion, Israël se retrouve, non plus divisé en deux Etats, mais réuni en un seul. Le fait n’est jamais souligné. Mais, par la reconstitution de la nation en une seule entité, la réinitialisation politique du pays s’est accomplie. Elle n’est pas la plus capitale, mais elle était nécessaire pour que la seconde phase du processus de renouveau, d’ordre spirituel, se réalise. La pérennité future d’Israël ne dépend, en effet, pas seulement de son unité étatique. Israël, un temps, fut un seul peuple, conduit par un seul souverain élu par Dieu. Mais cet état de fait ne suffît pas pour le garder uni. L’idolâtrie entraîna sa division. Il faut donc, pour assurer la sécurité à venir de la nation, plus qu’un retour physique dans sa terre. Il lui faut une réinitialisation spirituelle. C’est ce que Dieu va opérer en elle et que nous attendons encore.

La vraie renaissance d’Israël nécessite plus qu’une résurrection physique. Elle requiert la purification complète de toutes les idoles dont le peuple s’est entiché dans le passé et le rejet de tous les crimes commis autrefois. Pour se faire, Israël doit revenir de tout son cœur à son Dieu et se placer volontairement sous la gouvernance de David, le roi que Dieu lui a choisi. Ce n’est que sous son autorité que le cœur du peuple sera disposé à mettre en pratique sa parole et suivre ses prescriptions. Cette royauté davidique éternelle dont parle Ezéchiel, est celle de Jésus-Christ, le Messie et Fils de David : Matthieu 1,1 ; 22,43 à 45. La conversion de tout Israël à Jésus-Christ est l’élément clé de sa pérennité. C’est vers elle que pointe toute l’espérance eschatologique dessinée par Paul pour l’avenir : Romains 11,11 à 14,25-26. Opérée dans le cœur des Israélites, ceux-ci n’auront plus jamais à craindre l’errance et le déracinement. Leurs enfants et petits-enfants pourront s’établir à jamais dans le pays. L’alliance de paix conclue avec eux par Dieu sera une alliance éternelle, irrévocable. Elle sera garantie par la présence même de Dieu au milieux d’eux, dans le sanctuaire qui lui sera bâti. A leur tour, après Israël, les nations reconnaîtront que son Dieu est le vrai Dieu et son Roi le seul digne de régner. Alors s’opérera la grande réinitialisation du monde sous l’autorité du Christ-Jésus, seul capable d’annuler pour toujours les effets destructeurs et diviseurs de l’idolâtrie et du péché.

mercredi 16 décembre 2020

EZECHIEL 36

 V 1 à 15 : message aux montagnes d’Israël

Ce n’est pas la première fois qu’Ezéchiel reçoit un message spécifique de son Dieu destiné aux montagnes d’Israël. Au chapitre 6 déjà, Ezéchiel avait prophétisé contre elles pour le rôle qu’elles jouaient dans le dérèglement idolâtrique de la nation. Les montagnes, les collines, les cours d’eaux et les arbres verts du pays étaient les hauts lieux sur lesquels se rendaient tous ceux qui cherchaient auprès des faux dieux secours ou bienfaits divers. La dévastation et le jugement leur furent alors promis en vue de leur purification. Les montagnes d’Israël n’étaient pour rien dans la colère dont elles furent l’objet. Elles étaient un don de Dieu avec le pays promis et légué aux pères. Solidaires du péché de la nation, elles ont été livrées aux peuples qui furent les instruments du châtiment d’Israël. Dès lors, la terre d’Israël ne lui appartint plus. Elle fut la propriété des peuplades qui l’avaient conquise. Sa captivité était pour eux, Edom en particulier, comme une revanche qui faisait leur fierté. « L’histoire d’Israël est bel et bien finie, pensaient-ils. Le pays qui a été promis aux hébreux a changé de main. C’est à nous que sont désormais les montagnes d’Israël. »

Si, pour un temps, le bien donné au peuple de Dieu peut lui être volé, il ne peut le rester pour toujours. La vocation des montagnes et des collines d’Israël n’est pas de donner leurs fruits pour les autres peuples, mais à Israël seul, l’élu de Dieu. La terre d’Israël n’est pas une terre qui peut changer de main indéfiniment, au gré de la volonté des nations. Elle est le pays que Dieu a destiné à son peuple. Toute prétention d’une autre nation à ravir à Jacob ce que Dieu lui a légué ne peut que provoquer sa colère et sa jalousie. Car Dieu est et reste l’époux d’Israël. Si sa colère l’a dépouillé du présent qui fut le sien au jour de son élection, sa grâce le lui restituera au jour de sa restauration. Oui ! Les montagnes et les collines d’Israël produiront encore leurs fruits pour lui. Les villes et les contrées dévastées et inhabitées ne resteront pas à jamais à l’abandon. Elles seront à nouveau peuplées de milliers d’hommes et d’animaux. Les champs laissés en jachère seront encore ensemencés et leurs productions nourriront une population nouvelle et nombreuse. Israël n’aura plus à souffrir des humiliations des autres peuples, ni à vivre dans la crainte. Car l’Eternel lui-même, dans sa fidélité, y veillera. En ce temps, les Israélites reconnaîtront que l’Eternel est bien leur Dieu !

LE MESSAGE DU PROPHETE RECAPITULE

V 16 à 36 : Historique du parcours d’Israël

La parcours d’une nation, quelle qu’elle soit, n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat des choix qu’elle a fait au cours de son histoire. Dans le cadre des nations, les peuples qui occupent un territoire n’ont pas toujours la possibilité de déterminer eux-mêmes ce que sera leur destin. Conquis par une puissance puis par une autre, ils se trouvent occupés, démantelés, dispersés au point de ne plus savoir eux-mêmes qui ils sont. Il en est tout autrement d’Israël. Descendant de Sem, le fils de Noé, Israël est un peuple qui ne s’appartient pas. Dès sa naissance, il a été choisi et mis à part pour Dieu. Esclave en Egypte, Israël aurait pu ne jamais voir le jour, si Dieu ne l’avait racheté à main forte et à bras étendu. Arrivé à Canaan, le pays que Dieu lui avait promis, il aurait pu périr sur place si Dieu n’avait défait avec puissance les nations qui occupaient son territoire. Israël existe par Dieu et pour Dieu. Aussi toute son histoire gravite-t-elle autour de sa relation avec Dieu. L’attitude d’Israël à l’égard de son Dieu est la clé d’interprétation de tout ce qui s’est produit pour lui et qui, aujourd’hui et demain, lui arrivera encore.

Au point où Ezéchiel est parvenu dans sa prophétie, et avant d’ouvrir les pages qui traitent du futur d’Israël, Ezéchiel tient par un résumé à dresser l’historique de la nation :

V 16 à 19 : de l’installation à Canaan à l’exil

Toute la responsabilité des déboires qui menèrent Israël à la perte de son territoire lui incombe. Installé sur une terre sur laquelle il avait tout pour prospérer, Israël a été du fait de sa corruption la cause de sa ruine. La conduite des Israélites a été telle à l’égard de Dieu et de leurs prochains qu’elle en est devenue insupportable. A la vue des injustices, du sang répandu, des souillures multiples, la faveur de Dieu s’est muée en colère contre Israël. Puisque le peuple élu n’a pas su apprécier la grâce qui lui était faite, Dieu a décidé de lui ôter les bénédictions qui lui étaient liées. Israël retournera à ce qu’il était, un peuple privé de terre, esclave des autres nations, dispersé et disséminé dans de multiples pays. La dissolution de la nation aurait pu être complète si Dieu, dans sa souveraineté, n’avait préservé l’identité d’Israël. Car Israël exilé reste Israël, un peuple à part possédant son livre, son Dieu et sa culture. Par le mystère de la providence divine, Israël n’existe plus en tant que nation, mais toujours en tant que peuple mis à part, identifiable parmi tous. « C’est ici qu’apparaît une des principales énigmes de l’histoire. Les lois qui gouvernent l’existence de beaucoup d’autres peuples sont en partie explicables par la philosophie de l’histoire. Le développement d’Israël échappe à toute tentative d’explication. Il est le peuple de Dieu en dépit de tout et son Dieu est un Dieu qui se dérobe et se cache : Esaïe 45,15. Chaque Juif est un mystère errant. »[1]

V 20 à 24 : la cause de la survie d’Israël

Exilés parmi les nations, les Israélites ne furent pas tranquilles pour autant. Connus comme le peuple de Dieu, ils devinrent parmi elles un sujet de moquerie et d’opprobre pour son nom. « Est-ce là, se disaient-elles, le peuple du grand Dieu, Celui qui se prétend comme l’Unique ? Si c’était le cas, ne le sauverait-il pas ? » Jésus a traduit en termes sans équivoque la condition dans laquelle se trouve le peuple de Dieu lorsqu’il a perdu ce qui donne sens à son existence. « Vous êtes le sel de la terre, dira-t-il à ses disciples. Mais si le seul perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors et piétiné par les hommes : Matthieu 5,13. » De quelle fierté pouvait encore se prévaloir Israël en exil, peuple sans terre, sans culte, sans témoignage ?

S’il y a un espoir possible pour Israël, il ne se trouve pas en lui, mais en Dieu. Le nom d’Israël est à jamais lié à celui de Dieu. Aussi ce qui le touche atteint inévitablement sa gloire et sa réputation. Parce que Dieu a choisi Israël pour se révéler au monde, il ne peut indéfiniment le laisser être la risée des peuples. A cause de sa sainteté, parce qu’il est le Dieu tout autre, distinct de tous, il y a encore un avenir pour Israël. Certes, le contrat d’alliance qui liait Dieu à Israël a été rompu. Dans ce traité, Dieu s’engageait à être le Dieu d’Israël si celui-ci obéissait à ses lois. Israël a failli et récolté ce que prévoyaient les clauses du contrat dans une telle situation. Pour autant, Dieu ne se trouve pas prisonnier de la désobéissance d’Israël. Il a pour sa part respecté la partie du contrat qui le concernait. De son côté, le lien qui le lie à Israël n’est pas rompu. Puisque l’accord bilatéral entre lui et Israël, qui était le fondement de la première alliance, n’a pas fonctionné, Dieu va désormais s’en passer. C’est sur la base de son propre honneur que l’Eternel, le Dieu d’Israël, va agir pour accomplir le dessein qu’il avait en vue par son élection. Si la désobéissance d’Israël a été cause de déshonneur pour Dieu, sa restauration va magnifier son nom au-delà de tout. Les nations qui se sont moquées d’Israël du temps de son exil devront le reconnaître : le retour de la nation juive dans sa terre n’est dû qu’à une chose : la miséricorde de son Dieu. Oui, ce Dieu n’est pas comme les autres. Il est saint ! Il n’a pas besoin de trouver dans les êtres avec qui il se lie les raisons de son attachement. Il possède en lui-même tout ce dont il a besoin. C’est en vertu de ce qu’il est, non de ce que nous sommes, qu’il fait des siens son peuple !

V 25 à 28 : renouveau dans les cœurs

La sainteté de Dieu est l’attribut qui exprime sa différence avec tout autre être. Parce que Dieu est saint, il est impossible de le classer dans une quelconque catégorie rassemblant d’autres entités. La sainteté de Dieu témoigne de son exclusivité et de sa pleine suffisance. Parce que Dieu se suffit à lui-même, toute alliance avec lui qui nécessite une contribution humaine est bancale. Le récit récapitulatif que fait Ezéchiel de l’histoire d’Israël l’atteste. Le renouveau d’Israël, s’il doit avoir lieu, ne peut plus se faire sur cette base. Il ne doit pas reposer sur un accord bilatéral, mais sur l’engagement unilatéral de Dieu envers lui. C’est ce que prédit ici le prophète. Si Israël a un avenir, il n’en est plus ni la cause, ni le centre. Ceux-ci sont désormais en Dieu. C’est à cause de ce que Dieu est et de ce qu’il fera pour Israël que celui-ci vivra, marchera avec lui et se tiendra debout parmi les nations. Les richesses de la grâce dont Israël sera l’objet manifestera au monde l’originalité sainte de son Dieu. De manière prophétique, Ezéchiel en fait ici l’énumération.

La grâce dont Israël va bénéficier débute par sa purification. Sans elle, aucune départ n’est possible ni dans la vie des nations, ni dans celle des personnes. La purification d’un cœur, d’une vie est entièrement l’œuvre de Dieu. Pour chacun, le Nouveau Testament affirme qu’elle se fait par la vertu du sang versé par Jésus pour les péchés : 1 Jean 1,9. La purification d’Israël passe par sa conversion à Jésus-Christ, le Messie qui lui a été envoyé. Elle précède la régénération, cette opération divine qui consiste en une chirurgie salvatrice. Par son Esprit, Dieu ôte le cœur de pierre qui se trouve en chacun pour lui donner un cœur de chair. Une vie nouvelle ne peut procéder que d’un cœur et d’un esprit nouveaux. Cette naissance nouvelle ne peut se faire que par l’Esprit : Jean 3,3 à 5. Régénéré, le cœur jadis rebelle est désormais disposé à l’obéissance. Nul n’est besoin pour l’exciter au bien de le menacer, le conjurer ou le pousser à la mortification de la chair. Les commandements de Dieu, ses préceptes, ses règles font la joie du cœur nouveau. Le renouveau des cœurs opéré, celui du pays peut suivre. Il ne servirait en effet à rien pour Israël de retrouver sa terre si ce qui l’a conduit à en être exilé n’est guéri.

V 29 à 36 : renouveau du pays

Dès l’appel d’Abraham, le pays que Dieu réserve à ses descendants fait partie des bénédictions afférentes à l’alliance qu’il scelle avec lui. Sorti d’Egypte, sa maison de servitude, Israël entre à Canaan, pays où coulent le lait et le miel : Exode 3,8. La terre qu’Israël reçoit en partage est l’expression concrète des richesses que Dieu réserve à son peuple s’il marche dans ses voies. « Tu respecteras les commandements de l’Eternel, ton Dieu, dit Moïse, pour marcher dans ses voies et pour le craindre. En effet, l’Eternel, ton Dieu, va te faire entrer dans un bon pays. C’est un pays de cours d’eau, de sources et de lacs qui jaillissent dans les vallées et les montagnes ; un pays de blé, d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers ; un pays d’oliviers et de miel ; un pays où tu mangeras du pain avec abondance, où tu ne manqueras de rien ; un pays dont les pierres sont du fer et où tu pourras extraire le cuivre des montagnes : Deutéronome 8,6 à 9. » Le revers de cette médaille est que le pays ne fournira ses productions à ses habitants que tant qu’ils resteront attachés à leur Dieu. La loi que Dieu a donnée à Israël le stipule clairement. « Si tu n’obéis pas à l’Eternel, ton Dieu, en respectant et mettant en pratique tous ses commandements et toutes ses prescriptions… tu seras maudit dans la ville et dans les champs. Ta corbeille et ta huche seront maudites. Tes enfants, le produit de ton sol, les portées de ton gros et de ton petit bétail, tout cela sera maudit… Tu répandras beaucoup de semence sur ton champ et tu feras une faible récolte car les sauterelles la dévoreront. Tu planteras des vignes, tu les cultiveras, et tu ne boiras pas de vin ni ne fera de récolte car les vers la mangeront. Tu auras des oliviers sur tout ton territoire et tu ne t’enduiras pas d’huile car tes olives tomberont… Les insectes prendront possession de tous les arbres et du produit de ton sol : Deutéronome 28,15.16.17,38 à 40.42. »

Sous l’ancienne alliance, l’état de la terre d’Israël épouse l’état du cœur du peuple de Dieu. Lorsque le peuple de Dieu obéit à son Dieu ou revient à lui, les bénédictions liées à sa terre lui sont données. Mais qu’il persiste dans la rébellion et l’idolâtrie et elles lui sont ôtées. Dans l’avenir, Ezéchiel l’annonce : il n’en sera plus ainsi. Israël purifié de ses impuretés, le pays sera l’objet à son tour de la faveur de Dieu. Dieu fera apparaître le blé et les arbres produiront avec abondance leurs fruits. Autrefois un désert, la terre dévastée sera de nouveau cultivée. A la vue du miracle de la renaissance de sa terre, les Israélites se prendront eux-mêmes en dégoût au souvenir de leur ancienne conduite. Ils comprendront alors à quel point eux-mêmes furent responsables de leur malheur. Devant le paradis que sera devenu Israël, les nations voisines qui l’ont jadis envahi ne pourront que le reconnaître. Ce n’est pas en vertu de ses mérites ou de sa valeur qu’Israël doit son élection, mais par le fait de la grâce de Dieu seule. Or, si c’est par grâce qu’Israël est sauvé, ne le peuvent-elles pas elles aussi sur le même fondement ?

V 37 et 38 : une relation rétablie

Comme l’avait annoncé la loi de Moïse, le péché d’Israël a entraîné l’exil du peuple et la malédiction sur le pays. Au-delà de ces fruits amers, le plus grave préjudice que connaît la communauté rebelle se trouve dans le refus de Dieu de se laisser consulter par elle. A trois reprises dans le livre d’Ezéchiel, l’Eternel le dit. Tant qu’Israël sera dans l’état d’esprit dans lequel il se trouve, il n’est pas question pour l’Eternel de les recevoir. Le Dieu saint ne peut tolérer que l’on se présente devant lui avec un cœur rempli de dévotion pour des idoles : Ezéchiel 14,3 ; 20,3.31. La rupture entre Dieu et son peuple est consommée. Le divorce est tel que déjà, au temps de Jérémie, l’Eternel interdit au prophète d’intercéder pour la communauté : Jérémie 7,16 ; 11,14 ; 14,11.

Outre le retour du peuple de Dieu dans sa terre restaurée, la meilleure nouvelle que lui fait entendre son Dieu est qu’il se laissera de nouveau consulter par eux. Par sa grâce, les nombreux griefs que l’Eternel avait contre son peuple ont été effacés. Dieu ne voit plus son peuple pour ce qu’il est dans sa nature. Lavé de ses impuretés, sanctifié par l’œuvre de son Esprit, Israël est un peuple nouveau, différent, tout autre que ce qu’il fut dans le passé. Dieu ne ressent plus de dégoût à son approche, mais un immense plaisir qui se traduit par le désir d’exaucer ses demandes et ses souhaits. La restauration de la nation sera entièrement l’œuvre de Dieu. Mais elle ne se fera pas de façon unilatérale. Israël y participera par ses prières auxquelles Dieu se plaira de répondre. Jour après jour, le peuple de Dieu renouvelé verra la main bienveillante de Dieu agir en sa faveur. Des villes en ruine seront rebâties et habitées par une populace nombreuse. La bénédiction de Dieu sera si visible et évidente qu’Israël n’aura plus de doute. Il reconnaîtra pleinement que l’Eternel, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, ses pères, est bien son Dieu.

 



[1] Erich Sauer : L’Aube de la Rédemption : Editions La Voix de l’Evangile

mardi 8 décembre 2020

EZECHIEL 35

 

V 1 à 4 : procès et jugement d’Edom

Alors qu’il se concentre sur Israël, Ezéchiel interrompt la suite de ses messages destinés au peuple de Dieu pour ouvrir une parenthèse au sujet d’Edom. Ce n’est pourtant pas la 1ère fois dans son livre que les descendants d’Esaü font l’objet de sa prophétie. Les habitants de Séir figurent parmi les peuples listés par le prophète comme candidats au jugement : Ezéchiel 25,12 à 14. Les annonces émises à ce moment-là sont courtes. C’est pourquoi Ezéchiel y revient.

V 5 à 10 : les raisons de l’hostilité d’Edom

Parmi tous les peuples qui, de près ou de loin, ont causé du tort à Israël, Edom occupe une place particulière. Edom n’est pas pour Israël comme les Tyriens, un peuple étranger. Il n’est pas comme Moab ou Ammon, ses lointains cousins. Edom est le frère de sang d’Israël, son frère jumeau né du même père et de la même mère. C’est pourquoi, à cause de cette proximité consanguine, la méchanceté dont il a fait preuve envers le peuple de Dieu au cours de sa dévastation est plus coupable que celle des autres. Alors que c’est pas esprit de conquête que les Tyriens, jaloux de la place qu’occupait Jérusalem sur le marché mondial, se sont réjouis à la nouvelle de sa chute, Edom était motivé par d’autres sentiments. C’est par vengeance, et en vue de dépouiller son frère de son héritage, qu’Edom s’est joint aux conquérants d’Israël au jour de sa ruine. Les intentions d’Edom étaient claires. Les fils d’Esaü voulaient s’adjoindre le pays délaissé pour le réunir au leur. Il n’y aurait alors qu’un seul pays, celui d’Edom, composé de l’Idumée et de tout le territoire d’Israël vidé de ses habitants.

La querelle qui oppose Edom et Israël est aussi vieille que les deux frères. Ensemble dès le ventre de leur mère, l’Ecriture rapporte qu’ils se disputaient déjà. Perplexe au sujet de cet état de fait, Rébecca, leur mère, consulta Dieu à ce propos. L’Eternel lui dit clairement que les deux enfants représentent deux peuples qui seront en concurrence. Un de ces peuples, précise-t-il, sera plus fort que l’autre et le plus grand sera asservi au plus jeune : Genèse 25,22-23. Plus tard, l’Ecriture rapporte que Jacob, le cadet, réussira par ruse à s’emparer du droit d’aînesse méprisé par son frère Esaü, né le premier : Genèse 27. Cette perte, qui valut à Esaü une dévaluation de son héritage, ne fut jamais totalement oubliée par ses descendants. Au cours des générations, l’hostilité d’Edom envers Israël ne diminua pas. Aussi, dès que l’occasion se présenta, le frère de Jacob n’hésita pas à prêter main forte à ses ennemis pour le combattre et le vaincre.

V 11 à 14 : le jugement de Dieu

Dans toute sa haine contre Israël, Edom a oublié quelqu’un : l’Eternel. Si des facteurs humains ont joué dans la privation de la primauté d’Esaü sur Jacob, la décision qui fonda cet ordre ne revenait pas aux deux hommes, mais à Dieu. « J’ai aimé Jacob et j’ai détesté Esaü, dit Dieu : Malachie 1,2-3. » Le sentiment de Dieu à l’égard des deux frères ne venait pas du tempérament dont ils ont fait preuve après leur naissance. Il était le jugement de Dieu avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit :  Romains 9,11-13. » Il est le fruit de l’élection souveraine et gracieuse de Dieu. Aussi, en voulant reprendre à Israël par la violence ce dont il se croyait privé par la ruse, Edom s’en prenait en réalité à l’Eternel, le vrai propriétaire du pays. Le jugement de Dieu sur la haine d’Edom à l’égard de son frère sera sans appel. Alors qu’Israël est promis à une résurrection et un nouvel avenir fait de paix et de prospérité, Edom est voué à une destruction définitive. Les autres nations auront part à la joie universelle au jour où le Messie de Dieu règnera parmi son peuple. Edom, non ! Le pays restera un désert, une ruine, une contrée inhabitée, un endroit dévasté pour toujours. Il sera le témoignage perpétuel de la gravité du péché que représente le crime d’un proche parent aux yeux de Dieu. La ruine d’Edom ne sera pas vaine pour son frère. Elle contribuera avec d’autres éléments à ce qu’Israël reconnaisse en Dieu, son Dieu !

lundi 7 décembre 2020

EZECHIEL 34

 

V 1 à 4 : portrait des mauvais bergers

La figure du berger est, sans nul doute, celle que la Bible affectionne le plus pour décrire le rôle et la mission de ceux que Dieu place à la tête des peuples pour les conduire. La mission du berger auprès de son troupeau est double. Elle est en premier d’assurer sa sécurité face aux prédateurs, puis de veiller à ce que les brebis qui sont à sa charge ne manquent de rien. Dans sa relation avec ses brebis, le berger a quelque chose de plus qu’un chef d’entreprise. Jésus dit qu’il connait chacune d’elles par son nom : Jean 10,3. Les brebis ne sont pas pour le berger une masse uniforme et indistincte. Il a une relation personnelle avec chacune. Il connait celles qui sont facilement effrayées, celles qui sont têtues et ont un penchant pour l’indépendance. Il discerne parmi toutes celles qui sont malades, affaiblies… Chaque brebis compte à ses yeux, au point que si l’une s’égare, dit encore Jésus, il délaisse pour un temps le reste du troupeau pour se mettre à sa recherche : Luc 15,4.

Ce n’est pas un hasard si David, le roi selon le cœur de Dieu, était berger avant de monter sur le trône d’Israël. Le métier qui était le sien avant d’être l’élu de Dieu devait lui servir de modèle pour la fonction qui l’attendait. David était un berger modèle. Pour rien au monde, il n’aurait laissé une brebis périr dans la gueule d’un prédateur cf 1 Samuel 17,34-35. David était prêt à risquer sa propre vie pour le salut d’une seule de ses bêtes. Il est l’exemple de ce que devait être les rois après lui.

Si certains des rois qui ont succédé à David ont marché sur ses traces, un grand nombre se sont révélés être des bergers indignes de ce nom. Ils n’ont pas vu dans le troupeau qui leur était confié des brebis dont il devait prendre soin, mais une source de profit qui servirait en priorité leur intérêt. Certes, les bergers, qui passaient des jours entiers à paître leurs troupeaux, ne le faisaient pas pour rien. En échange de leurs bons soins, les brebis leur fournissaient lait, viande et laine. La fierté du berger était d’avoir un troupeau en bonne santé. Les bergers d’Israël, dont Ezéchiel fait ici le procès, n’en avait cure. Tout ce qui les intéressait était de tirer le maximum de bénéfices de leurs animaux. La preuve de leur cupidité n’apparaissait pas dans leur façon d’agir envers les meilleures brebis, mais surtout envers les plus faibles. S’ils mangeaient la graisse et la viande des plus dodues, les plus faibles, les malades n’étaient l’objet d’aucune de leur attention. Qu’une brebis s’égare leur importait peu. Peut-être déplorait-il le manque de revenu que cette perte représentait, mais ils n’allaient pas risquer leurs vies pour la retrouver. Il n’y a dans le cœur des mauvais bergers aucune affection pour les brebis. Dureté et violence étaient les maîtres mots de leur comportement à leur égard.

Les prophètes qui ont précédé ou suivi Ezéchiel ont souvent dénoncé la manière d’agir des mauvais rois d’Israël et de Juda. Ils ont dénoncé avec vigueur leurs exactions envers les plus faibles : la veuve, l’orphelin, le pauvre ou l’étranger : Esaïe 1,17.23 ; Jérémie 7,6 ; 22,3 ; Ezéchiel 22,7 ; Malachie 3,5 : Zacharie 7,10. Jacques, dans sa lettre, accuse les riches des derniers jours des mêmes spoliations : Jacques 4,1 à 5. Pierre, quant à lui, invite les anciens des Eglises à veiller à la façon dont ils s’occupent des âmes qui leur sont confiés. « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévouement ; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau.  Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire : 1 Pierre 5,2 à 4. » Au-dessus des rois, des chefs, des bergers siège le souverain Pasteur de tous. C’est à lui que chacun devra rendre compte de la façon dont il a assumé sa fonction. Que la crainte de son nom soit un stimulant pour chacun à bien faire son travail !

V 5 et 6 : l’état du troupeau

Il en est des peuples comme d’une famille. Lorsque les parents des enfants remplissent correctement leurs fonctions, en se montrant aimant et attentionnés, ceux-ci ont de bonnes chances de se développer de façon saine. Mais qu’ils viennent à boire, se tromper ou être violent, alors les enfants ne tardent pas à mal tourner. Ne trouvant ni l’affection, ni la sécurité dont ils ont besoin à la maison, ils vont la chercher ailleurs. Ils deviennent la proie facile de prédateurs qui les entraînent dans toutes sortes de travers et de dérèglements. Devenus adultes, ils reproduisent à leur tour, si ce n’est la grâce de Dieu, le modèle parental qu’ils ont reçu. Si le peuple de Juda en est là où il se trouve, dit Ezéchiel, la faute première en revient aux mauvais bergers qui étaient à sa tête.

L’état d’un troupeau en dit long sur le sérieux ou non du berger qui en a la charge. Sous la conduite d’un pasteur fidèle, le troupeau vit dans la cohésion. Livrées à elles-mêmes sans direction ni attention, les brebis se dispersent et s’éparpillent dans toutes les directions. L’ours de la montagne ou le loup n’ont alors aucune peine à en faire leur menu. Sans défense aucune, elles sont sans force pour leur échapper. Si les tribus d’Israël ont été disséminées, exilées loin de leur pays, la responsabilité première en revient, dit Ezéchiel, aux rois infidèles qui étaient à leur tête. Ni l’Assyrie, ni le roi de Babylone n’auraient pu rendre captif le peuple de Dieu si les souverains qui se sont succédé avaient tous ressembler à David ou Ezéchias. En son temps, Sanchérib avait fait le siège de Jérusalem. Son armée en surnombre aurait pu facilement venir à bout de la résistance des Judéens. Mais Dieu était là pour soutenir son fidèle serviteur : 2 Chroniques 32. Le peuple de Dieu n’est livré à ses adversaires que lorsque la digue censée le protéger est elle-même abattue.

Les pasteurs ne sont pas responsables de tous les péchés qui se commettent dans les églises. Cependant, il est bon, lorsque des troubles se produisent et que la désobéissance à Dieu s’installe, qu’ils s’interrogent. Les brebis ont-elles reçu tous les soins dont elles avaient besoin ? Ont-elles été nourries par le lait et la nourriture solide de la parole ? Les bergers ont-ils été des modèles dans leurs vies et leur piété ? L’unité du troupeau a-t-elle été un objectif auquel ils ont travaillé ? La discipline a-t-elle été exercée avec fermeté lorsqu’il le fallait ? Que Dieu donne à ses serviteurs le sentiment de leur devoir et de leur redevabilité envers leur Seigneur !

V 7 à 10 : sanction des bergers infidèles

Y-a-t-il pire sort que celui d’un troupeau mené par un mauvais berger ? Sous la conduite d’un bon pasteur, les brebis n’ont à vivre aucune inquiétude. Qu’un danger se présente pour elles, le berger saura y faire face. Elles savent toutes qu’il est là pour elles, pour leur protection et leur soin. Les brebis sont en paix, parce que le berger est là pour leur bien. Avant d’être une fonction, être berger est une question de cœur. Lorsque celui-ci ne bat plus pour le troupeau, les brebis se retrouvent sans défense. Au lieu d’être sous l’aile du berger, elles se transforment en proies, devenant la nourriture des bêtes sauvages… si ce n’est celle des bergers eux-mêmes. Aveuglés par leur égoïsme, les bergers ont oublié une chose. C’est que le troupeau qui leur est confié ne leur appartient pas. Ils n’en sont que les gardiens. Dieu est son véritable propriétaire. Aussi va-t-il leur en retirer la garde. Malgré leur vulnérabilité, les brebis survivront. Les bergers, quant à eux, se verront privés de leurs gains et de leurs charges.

L’Eternel accomplira à la lettre la menace qu’il adresse ici aux mauvais bergers que furent les rois et les prêtres d’Israël. Avant Ezéchiel, le prophète Osée avait prédit qu’un temps viendrait au cours duquel le peuple de Dieu serait privé de la royauté et de la sacrificature. « En effet, dit-il, les Israélites resteront longtemps sans roi, sans chef, sans sacrifice, sans statue, sans éphod et sans théraphim. Après cela, les Israélites reviendront. Ils rechercheront l’Eternel, leur Dieu, et David, leur roi, et ils retourneront en tremblant vers l’Eternel et vers sa bienveillance, dans l’avenir : Osée 3,4-5. » Que chacun le sache ! Personne, dans l’œuvre de Dieu, n’est indispensable. C’est par sa faveur que Dieu nous choisit pour mener, paître et guider son peuple. Nous lui sommes redevables de la façon dont nous exerçons notre charge. Le troupeau qu’il nous confie n’est pas le nôtre, mais le sien.

V 11 à 16 : je serai leur berger

Les bergers que Dieu avait placé à la tête du troupeau ayant failli à leur tâche, Dieu se propose lui-même de les remplacer. Dans l’ordre normal des choses, le développement d’une œuvre va de sa gestion par son créateur vers la délégation par secteurs d’activité à d’autres personnes. La royauté mise en place en Israël au temps de Samuel visait cet objectif. Mécontents du système théocratique dans lequel ils vivaient, les Israélites demandèrent au juge qui les dirigeait un roi comme toutes les autres nations. L’Eternel y consentit, tout en les avertissant de la déception au-devant de laquelle ils allaient. Installé sur le trône, leur roi n’allait pas les servir, mais se servir lui-même : cf 1 Samuel 8. La prévision donnée par Dieu s’est confirmée. L’exil que va connaître le peuple de Dieu, sa dispersion parmi tous les peuples sont la conséquence directe de la délégation d’autorité voulue par le peuple au temps de Samuel. Non ! L’œuvre de Dieu ne sera jamais si bien gérée que par Dieu lui-même. Il doit en tout temps en être la tête. Ses serviteurs ne sont pas des chefs, mais des ouvriers qui collaborent avec lui. Tout renversement de cet ordre ne peut qu’aboutir à l’échec.

Après avoir fait le procès des bergers qui ont mené Israël, le plaidoyer divin modifie son sujet. Il passe du « eux » au « je ». Il n’y aura désormais plus de roi à la tête d’Israël. Tout ce qui va se produire pour ce peuple sera le fait de Dieu. Après l’exil et la dispersion, le premier travail de Dieu sera de procéder au rassemblement de ses brebis disséminées. Le mouvement de retour des Israélites vers leur pays sera si massif qu’il ne s’expliquera que par l’action de Dieu. Ce n’est pas à l’appel d’un homme que les Juifs prendront la décision de revenir dans leur pays, mais en réponse à la voix de Dieu. Parallèlement à l’alya, l’immigration des Juifs vers leur terre sainte, Israël connaîtra une résurrection physique sans pareille. En tant que berger, Dieu ne les conduira par vers un désert. Les brebis seront menées vers de riches pâturages. Elles se reposeront dans un domaine agréable fait de cours d’eau et de hautes montagnes. Dieu Lui-même veillera sur son troupeau pour qu’il ne manque de rien. En tant que berger, il sera aussi le juge de ses brebis. Il agira envers elles comme aucun roi ne l’aura fait avant lui, prenant soin des faibles et des blessés et détruisant celles qui se seront enrichies aux dépens des autres. Que le temps vienne, ô Dieu, où tu seras le berger reconnu d’Israël, ton peuple !

V 17 à 24 : tri sélectif

La restauration d’un état qui a failli nécessite davantage que le retour à la condition qui a précédé sa ruine. Si des mesures ne sont pas prises pour réformer ce qui l’a provoqué, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Outre le fait que le troupeau de Dieu était mené par de mauvais bergers, la raison de sa dispersion tenait aussi aux violences et aux exactions qui se pratiquaient entre elles. Les boucs, les béliers et les brebis grasses et vigoureuses spoliaient et maltraitaient les plus faibles. Les forts abusaient de leur pouvoir et de leur santé au détriment des faibles. Ils rendaient leur conditions de vie plus difficiles encore que ne le faisaient les mauvais bergers. Il fallait non seulement que le troupeau soit guidé autrement, mais qu’entre les brebis une discipline ferme et impartiale soit exercée. C’est ce que promet de mettre en place le Seigneur à l’avenir pour le bien du troupeau.

Pour se faire, un tri sélectif radical s’opérera entre les brebis. Sous la conduite du fils de David, le Christ, le Seigneur s’engage à ce que soit mis fin aux exactions commises dans le passé contre les plus faibles. Il n’y aura plus dans le troupeau de Dieu de brebis qui s’engraissent tandis que d’autres souffrent de la faim. Il n’y aura plus qu’un seul berger qui veillera sur toutes et agira de manière à ce que chacune soit traitée avec équité. Les brebis ne seront plus perçues par quiconque comme un butin ou une source de profit. Elles seront considérées pour ce qu’elles sont, des membres du troupeau bien-aimé du berger. Chacune d’elles aura la même valeur, la même importance que sa voisine, qu’elle soit frêle, fragile ou en bonne santé.  Il n’y aura pas dans le troupeau de séparation, de clans dus à des différences d’état entre les brebis, mais un seul ensemble dans lequel chacune trouvera sa place et jouira de l’estime des autres.

La réalisation de la promesse de Dieu pour Israël est certaine. Nous la voyons concrétisée dans l’Evangile sous la houlette de Jésus, le bon berger. Au temps de sa gouvernance, il n’y aura plus de brebis éparses, mais un seul troupeau conduit par un seul berger : Jean 10,16. Il n’est plus fait mention également de tensions ou de divisions dues à des attitudes sectaires ou malveillantes entre les brebis. La cohésion du troupeau est assurée par la soumission et l’écoute de chacune à la voix du berger qui les conduit toutes vers de bons pâturages. Que le jour vienne, ô Dieu, où tout Israël revienne à toi et reconnaisse en ton Fils, le berger que tu lui donnes pour le conduire.

V 25 à 31 : une alliance conclue

Outre le fait que le Seigneur se propose lui-même dans l’avenir de mener et paître Israël, c’est par une alliance unilatérale qu’il ratifie l’engagement qu’il prend à l’égard de son peuple. Cette alliance lui garantit tout ce qu’Israël a perdu à cause de son péché et qui lui était promis à l’entrée de Canaan : la paix, la sécurité et la prospérité. Il n’y aura plus dans tout le pays aucun lieu, ni endroit hostile pour les Israélites. Les brebis, on le sait, ne sont pas des animaux qui ont de quoi se défendre. Seule dans le désert, perdue dans une forêt, une brebis ne peut que finir dans la gueule d’un prédateur. Une telle situation ne pourra plus dans l’avenir arriver pour personne en Israël. Le pays sera si sécurisé qu’aucune nation étrangère ne se risquera à l’attaquer. L’alliance de paix et de prospérité que Dieu contractera avec Israël ne touchera pas qu’à sa sécurité intérieure. Elle s’étendra aux bienfaits que lui procurera en temps voulu la nature. La pluie et le soleil, sous les coups de la colère de Dieu, peuvent se changer en inondations ou sécheresses dévastatrices. De tels phénomènes, visibles aujourd’hui sur toute la terre, n’auront plus lieu en Israël. Les pluies tomberont avec mesure en temps voulu. La terre, les vergers, les jardins, sous l’effet d’un climat propice, produiront fruits et légumes en abondance. Il n’y aura personne dans le pays qui mourra de faim. Les Israélites dans leur ensemble reconnaîtront alors que l’Eternel est leur Dieu et qu’il n’y a en a point d’autre. Que ce jour vienne, ô Eternel, où tu feras comme jadis alliance avec ton peuple sous la direction du fils de David, leur berger !