mercredi 16 décembre 2020

EZECHIEL 36

 V 1 à 15 : message aux montagnes d’Israël

Ce n’est pas la première fois qu’Ezéchiel reçoit un message spécifique de son Dieu destiné aux montagnes d’Israël. Au chapitre 6 déjà, Ezéchiel avait prophétisé contre elles pour le rôle qu’elles jouaient dans le dérèglement idolâtrique de la nation. Les montagnes, les collines, les cours d’eaux et les arbres verts du pays étaient les hauts lieux sur lesquels se rendaient tous ceux qui cherchaient auprès des faux dieux secours ou bienfaits divers. La dévastation et le jugement leur furent alors promis en vue de leur purification. Les montagnes d’Israël n’étaient pour rien dans la colère dont elles furent l’objet. Elles étaient un don de Dieu avec le pays promis et légué aux pères. Solidaires du péché de la nation, elles ont été livrées aux peuples qui furent les instruments du châtiment d’Israël. Dès lors, la terre d’Israël ne lui appartint plus. Elle fut la propriété des peuplades qui l’avaient conquise. Sa captivité était pour eux, Edom en particulier, comme une revanche qui faisait leur fierté. « L’histoire d’Israël est bel et bien finie, pensaient-ils. Le pays qui a été promis aux hébreux a changé de main. C’est à nous que sont désormais les montagnes d’Israël. »

Si, pour un temps, le bien donné au peuple de Dieu peut lui être volé, il ne peut le rester pour toujours. La vocation des montagnes et des collines d’Israël n’est pas de donner leurs fruits pour les autres peuples, mais à Israël seul, l’élu de Dieu. La terre d’Israël n’est pas une terre qui peut changer de main indéfiniment, au gré de la volonté des nations. Elle est le pays que Dieu a destiné à son peuple. Toute prétention d’une autre nation à ravir à Jacob ce que Dieu lui a légué ne peut que provoquer sa colère et sa jalousie. Car Dieu est et reste l’époux d’Israël. Si sa colère l’a dépouillé du présent qui fut le sien au jour de son élection, sa grâce le lui restituera au jour de sa restauration. Oui ! Les montagnes et les collines d’Israël produiront encore leurs fruits pour lui. Les villes et les contrées dévastées et inhabitées ne resteront pas à jamais à l’abandon. Elles seront à nouveau peuplées de milliers d’hommes et d’animaux. Les champs laissés en jachère seront encore ensemencés et leurs productions nourriront une population nouvelle et nombreuse. Israël n’aura plus à souffrir des humiliations des autres peuples, ni à vivre dans la crainte. Car l’Eternel lui-même, dans sa fidélité, y veillera. En ce temps, les Israélites reconnaîtront que l’Eternel est bien leur Dieu !

LE MESSAGE DU PROPHETE RECAPITULE

V 16 à 36 : Historique du parcours d’Israël

La parcours d’une nation, quelle qu’elle soit, n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat des choix qu’elle a fait au cours de son histoire. Dans le cadre des nations, les peuples qui occupent un territoire n’ont pas toujours la possibilité de déterminer eux-mêmes ce que sera leur destin. Conquis par une puissance puis par une autre, ils se trouvent occupés, démantelés, dispersés au point de ne plus savoir eux-mêmes qui ils sont. Il en est tout autrement d’Israël. Descendant de Sem, le fils de Noé, Israël est un peuple qui ne s’appartient pas. Dès sa naissance, il a été choisi et mis à part pour Dieu. Esclave en Egypte, Israël aurait pu ne jamais voir le jour, si Dieu ne l’avait racheté à main forte et à bras étendu. Arrivé à Canaan, le pays que Dieu lui avait promis, il aurait pu périr sur place si Dieu n’avait défait avec puissance les nations qui occupaient son territoire. Israël existe par Dieu et pour Dieu. Aussi toute son histoire gravite-t-elle autour de sa relation avec Dieu. L’attitude d’Israël à l’égard de son Dieu est la clé d’interprétation de tout ce qui s’est produit pour lui et qui, aujourd’hui et demain, lui arrivera encore.

Au point où Ezéchiel est parvenu dans sa prophétie, et avant d’ouvrir les pages qui traitent du futur d’Israël, Ezéchiel tient par un résumé à dresser l’historique de la nation :

V 16 à 19 : de l’installation à Canaan à l’exil

Toute la responsabilité des déboires qui menèrent Israël à la perte de son territoire lui incombe. Installé sur une terre sur laquelle il avait tout pour prospérer, Israël a été du fait de sa corruption la cause de sa ruine. La conduite des Israélites a été telle à l’égard de Dieu et de leurs prochains qu’elle en est devenue insupportable. A la vue des injustices, du sang répandu, des souillures multiples, la faveur de Dieu s’est muée en colère contre Israël. Puisque le peuple élu n’a pas su apprécier la grâce qui lui était faite, Dieu a décidé de lui ôter les bénédictions qui lui étaient liées. Israël retournera à ce qu’il était, un peuple privé de terre, esclave des autres nations, dispersé et disséminé dans de multiples pays. La dissolution de la nation aurait pu être complète si Dieu, dans sa souveraineté, n’avait préservé l’identité d’Israël. Car Israël exilé reste Israël, un peuple à part possédant son livre, son Dieu et sa culture. Par le mystère de la providence divine, Israël n’existe plus en tant que nation, mais toujours en tant que peuple mis à part, identifiable parmi tous. « C’est ici qu’apparaît une des principales énigmes de l’histoire. Les lois qui gouvernent l’existence de beaucoup d’autres peuples sont en partie explicables par la philosophie de l’histoire. Le développement d’Israël échappe à toute tentative d’explication. Il est le peuple de Dieu en dépit de tout et son Dieu est un Dieu qui se dérobe et se cache : Esaïe 45,15. Chaque Juif est un mystère errant. »[1]

V 20 à 24 : la cause de la survie d’Israël

Exilés parmi les nations, les Israélites ne furent pas tranquilles pour autant. Connus comme le peuple de Dieu, ils devinrent parmi elles un sujet de moquerie et d’opprobre pour son nom. « Est-ce là, se disaient-elles, le peuple du grand Dieu, Celui qui se prétend comme l’Unique ? Si c’était le cas, ne le sauverait-il pas ? » Jésus a traduit en termes sans équivoque la condition dans laquelle se trouve le peuple de Dieu lorsqu’il a perdu ce qui donne sens à son existence. « Vous êtes le sel de la terre, dira-t-il à ses disciples. Mais si le seul perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors et piétiné par les hommes : Matthieu 5,13. » De quelle fierté pouvait encore se prévaloir Israël en exil, peuple sans terre, sans culte, sans témoignage ?

S’il y a un espoir possible pour Israël, il ne se trouve pas en lui, mais en Dieu. Le nom d’Israël est à jamais lié à celui de Dieu. Aussi ce qui le touche atteint inévitablement sa gloire et sa réputation. Parce que Dieu a choisi Israël pour se révéler au monde, il ne peut indéfiniment le laisser être la risée des peuples. A cause de sa sainteté, parce qu’il est le Dieu tout autre, distinct de tous, il y a encore un avenir pour Israël. Certes, le contrat d’alliance qui liait Dieu à Israël a été rompu. Dans ce traité, Dieu s’engageait à être le Dieu d’Israël si celui-ci obéissait à ses lois. Israël a failli et récolté ce que prévoyaient les clauses du contrat dans une telle situation. Pour autant, Dieu ne se trouve pas prisonnier de la désobéissance d’Israël. Il a pour sa part respecté la partie du contrat qui le concernait. De son côté, le lien qui le lie à Israël n’est pas rompu. Puisque l’accord bilatéral entre lui et Israël, qui était le fondement de la première alliance, n’a pas fonctionné, Dieu va désormais s’en passer. C’est sur la base de son propre honneur que l’Eternel, le Dieu d’Israël, va agir pour accomplir le dessein qu’il avait en vue par son élection. Si la désobéissance d’Israël a été cause de déshonneur pour Dieu, sa restauration va magnifier son nom au-delà de tout. Les nations qui se sont moquées d’Israël du temps de son exil devront le reconnaître : le retour de la nation juive dans sa terre n’est dû qu’à une chose : la miséricorde de son Dieu. Oui, ce Dieu n’est pas comme les autres. Il est saint ! Il n’a pas besoin de trouver dans les êtres avec qui il se lie les raisons de son attachement. Il possède en lui-même tout ce dont il a besoin. C’est en vertu de ce qu’il est, non de ce que nous sommes, qu’il fait des siens son peuple !

V 25 à 28 : renouveau dans les cœurs

La sainteté de Dieu est l’attribut qui exprime sa différence avec tout autre être. Parce que Dieu est saint, il est impossible de le classer dans une quelconque catégorie rassemblant d’autres entités. La sainteté de Dieu témoigne de son exclusivité et de sa pleine suffisance. Parce que Dieu se suffit à lui-même, toute alliance avec lui qui nécessite une contribution humaine est bancale. Le récit récapitulatif que fait Ezéchiel de l’histoire d’Israël l’atteste. Le renouveau d’Israël, s’il doit avoir lieu, ne peut plus se faire sur cette base. Il ne doit pas reposer sur un accord bilatéral, mais sur l’engagement unilatéral de Dieu envers lui. C’est ce que prédit ici le prophète. Si Israël a un avenir, il n’en est plus ni la cause, ni le centre. Ceux-ci sont désormais en Dieu. C’est à cause de ce que Dieu est et de ce qu’il fera pour Israël que celui-ci vivra, marchera avec lui et se tiendra debout parmi les nations. Les richesses de la grâce dont Israël sera l’objet manifestera au monde l’originalité sainte de son Dieu. De manière prophétique, Ezéchiel en fait ici l’énumération.

La grâce dont Israël va bénéficier débute par sa purification. Sans elle, aucune départ n’est possible ni dans la vie des nations, ni dans celle des personnes. La purification d’un cœur, d’une vie est entièrement l’œuvre de Dieu. Pour chacun, le Nouveau Testament affirme qu’elle se fait par la vertu du sang versé par Jésus pour les péchés : 1 Jean 1,9. La purification d’Israël passe par sa conversion à Jésus-Christ, le Messie qui lui a été envoyé. Elle précède la régénération, cette opération divine qui consiste en une chirurgie salvatrice. Par son Esprit, Dieu ôte le cœur de pierre qui se trouve en chacun pour lui donner un cœur de chair. Une vie nouvelle ne peut procéder que d’un cœur et d’un esprit nouveaux. Cette naissance nouvelle ne peut se faire que par l’Esprit : Jean 3,3 à 5. Régénéré, le cœur jadis rebelle est désormais disposé à l’obéissance. Nul n’est besoin pour l’exciter au bien de le menacer, le conjurer ou le pousser à la mortification de la chair. Les commandements de Dieu, ses préceptes, ses règles font la joie du cœur nouveau. Le renouveau des cœurs opéré, celui du pays peut suivre. Il ne servirait en effet à rien pour Israël de retrouver sa terre si ce qui l’a conduit à en être exilé n’est guéri.

V 29 à 36 : renouveau du pays

Dès l’appel d’Abraham, le pays que Dieu réserve à ses descendants fait partie des bénédictions afférentes à l’alliance qu’il scelle avec lui. Sorti d’Egypte, sa maison de servitude, Israël entre à Canaan, pays où coulent le lait et le miel : Exode 3,8. La terre qu’Israël reçoit en partage est l’expression concrète des richesses que Dieu réserve à son peuple s’il marche dans ses voies. « Tu respecteras les commandements de l’Eternel, ton Dieu, dit Moïse, pour marcher dans ses voies et pour le craindre. En effet, l’Eternel, ton Dieu, va te faire entrer dans un bon pays. C’est un pays de cours d’eau, de sources et de lacs qui jaillissent dans les vallées et les montagnes ; un pays de blé, d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers ; un pays d’oliviers et de miel ; un pays où tu mangeras du pain avec abondance, où tu ne manqueras de rien ; un pays dont les pierres sont du fer et où tu pourras extraire le cuivre des montagnes : Deutéronome 8,6 à 9. » Le revers de cette médaille est que le pays ne fournira ses productions à ses habitants que tant qu’ils resteront attachés à leur Dieu. La loi que Dieu a donnée à Israël le stipule clairement. « Si tu n’obéis pas à l’Eternel, ton Dieu, en respectant et mettant en pratique tous ses commandements et toutes ses prescriptions… tu seras maudit dans la ville et dans les champs. Ta corbeille et ta huche seront maudites. Tes enfants, le produit de ton sol, les portées de ton gros et de ton petit bétail, tout cela sera maudit… Tu répandras beaucoup de semence sur ton champ et tu feras une faible récolte car les sauterelles la dévoreront. Tu planteras des vignes, tu les cultiveras, et tu ne boiras pas de vin ni ne fera de récolte car les vers la mangeront. Tu auras des oliviers sur tout ton territoire et tu ne t’enduiras pas d’huile car tes olives tomberont… Les insectes prendront possession de tous les arbres et du produit de ton sol : Deutéronome 28,15.16.17,38 à 40.42. »

Sous l’ancienne alliance, l’état de la terre d’Israël épouse l’état du cœur du peuple de Dieu. Lorsque le peuple de Dieu obéit à son Dieu ou revient à lui, les bénédictions liées à sa terre lui sont données. Mais qu’il persiste dans la rébellion et l’idolâtrie et elles lui sont ôtées. Dans l’avenir, Ezéchiel l’annonce : il n’en sera plus ainsi. Israël purifié de ses impuretés, le pays sera l’objet à son tour de la faveur de Dieu. Dieu fera apparaître le blé et les arbres produiront avec abondance leurs fruits. Autrefois un désert, la terre dévastée sera de nouveau cultivée. A la vue du miracle de la renaissance de sa terre, les Israélites se prendront eux-mêmes en dégoût au souvenir de leur ancienne conduite. Ils comprendront alors à quel point eux-mêmes furent responsables de leur malheur. Devant le paradis que sera devenu Israël, les nations voisines qui l’ont jadis envahi ne pourront que le reconnaître. Ce n’est pas en vertu de ses mérites ou de sa valeur qu’Israël doit son élection, mais par le fait de la grâce de Dieu seule. Or, si c’est par grâce qu’Israël est sauvé, ne le peuvent-elles pas elles aussi sur le même fondement ?

V 37 et 38 : une relation rétablie

Comme l’avait annoncé la loi de Moïse, le péché d’Israël a entraîné l’exil du peuple et la malédiction sur le pays. Au-delà de ces fruits amers, le plus grave préjudice que connaît la communauté rebelle se trouve dans le refus de Dieu de se laisser consulter par elle. A trois reprises dans le livre d’Ezéchiel, l’Eternel le dit. Tant qu’Israël sera dans l’état d’esprit dans lequel il se trouve, il n’est pas question pour l’Eternel de les recevoir. Le Dieu saint ne peut tolérer que l’on se présente devant lui avec un cœur rempli de dévotion pour des idoles : Ezéchiel 14,3 ; 20,3.31. La rupture entre Dieu et son peuple est consommée. Le divorce est tel que déjà, au temps de Jérémie, l’Eternel interdit au prophète d’intercéder pour la communauté : Jérémie 7,16 ; 11,14 ; 14,11.

Outre le retour du peuple de Dieu dans sa terre restaurée, la meilleure nouvelle que lui fait entendre son Dieu est qu’il se laissera de nouveau consulter par eux. Par sa grâce, les nombreux griefs que l’Eternel avait contre son peuple ont été effacés. Dieu ne voit plus son peuple pour ce qu’il est dans sa nature. Lavé de ses impuretés, sanctifié par l’œuvre de son Esprit, Israël est un peuple nouveau, différent, tout autre que ce qu’il fut dans le passé. Dieu ne ressent plus de dégoût à son approche, mais un immense plaisir qui se traduit par le désir d’exaucer ses demandes et ses souhaits. La restauration de la nation sera entièrement l’œuvre de Dieu. Mais elle ne se fera pas de façon unilatérale. Israël y participera par ses prières auxquelles Dieu se plaira de répondre. Jour après jour, le peuple de Dieu renouvelé verra la main bienveillante de Dieu agir en sa faveur. Des villes en ruine seront rebâties et habitées par une populace nombreuse. La bénédiction de Dieu sera si visible et évidente qu’Israël n’aura plus de doute. Il reconnaîtra pleinement que l’Eternel, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, ses pères, est bien son Dieu.

 



[1] Erich Sauer : L’Aube de la Rédemption : Editions La Voix de l’Evangile

mardi 8 décembre 2020

EZECHIEL 35

 

V 1 à 4 : procès et jugement d’Edom

Alors qu’il se concentre sur Israël, Ezéchiel interrompt la suite de ses messages destinés au peuple de Dieu pour ouvrir une parenthèse au sujet d’Edom. Ce n’est pourtant pas la 1ère fois dans son livre que les descendants d’Esaü font l’objet de sa prophétie. Les habitants de Séir figurent parmi les peuples listés par le prophète comme candidats au jugement : Ezéchiel 25,12 à 14. Les annonces émises à ce moment-là sont courtes. C’est pourquoi Ezéchiel y revient.

V 5 à 10 : les raisons de l’hostilité d’Edom

Parmi tous les peuples qui, de près ou de loin, ont causé du tort à Israël, Edom occupe une place particulière. Edom n’est pas pour Israël comme les Tyriens, un peuple étranger. Il n’est pas comme Moab ou Ammon, ses lointains cousins. Edom est le frère de sang d’Israël, son frère jumeau né du même père et de la même mère. C’est pourquoi, à cause de cette proximité consanguine, la méchanceté dont il a fait preuve envers le peuple de Dieu au cours de sa dévastation est plus coupable que celle des autres. Alors que c’est pas esprit de conquête que les Tyriens, jaloux de la place qu’occupait Jérusalem sur le marché mondial, se sont réjouis à la nouvelle de sa chute, Edom était motivé par d’autres sentiments. C’est par vengeance, et en vue de dépouiller son frère de son héritage, qu’Edom s’est joint aux conquérants d’Israël au jour de sa ruine. Les intentions d’Edom étaient claires. Les fils d’Esaü voulaient s’adjoindre le pays délaissé pour le réunir au leur. Il n’y aurait alors qu’un seul pays, celui d’Edom, composé de l’Idumée et de tout le territoire d’Israël vidé de ses habitants.

La querelle qui oppose Edom et Israël est aussi vieille que les deux frères. Ensemble dès le ventre de leur mère, l’Ecriture rapporte qu’ils se disputaient déjà. Perplexe au sujet de cet état de fait, Rébecca, leur mère, consulta Dieu à ce propos. L’Eternel lui dit clairement que les deux enfants représentent deux peuples qui seront en concurrence. Un de ces peuples, précise-t-il, sera plus fort que l’autre et le plus grand sera asservi au plus jeune : Genèse 25,22-23. Plus tard, l’Ecriture rapporte que Jacob, le cadet, réussira par ruse à s’emparer du droit d’aînesse méprisé par son frère Esaü, né le premier : Genèse 27. Cette perte, qui valut à Esaü une dévaluation de son héritage, ne fut jamais totalement oubliée par ses descendants. Au cours des générations, l’hostilité d’Edom envers Israël ne diminua pas. Aussi, dès que l’occasion se présenta, le frère de Jacob n’hésita pas à prêter main forte à ses ennemis pour le combattre et le vaincre.

V 11 à 14 : le jugement de Dieu

Dans toute sa haine contre Israël, Edom a oublié quelqu’un : l’Eternel. Si des facteurs humains ont joué dans la privation de la primauté d’Esaü sur Jacob, la décision qui fonda cet ordre ne revenait pas aux deux hommes, mais à Dieu. « J’ai aimé Jacob et j’ai détesté Esaü, dit Dieu : Malachie 1,2-3. » Le sentiment de Dieu à l’égard des deux frères ne venait pas du tempérament dont ils ont fait preuve après leur naissance. Il était le jugement de Dieu avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit :  Romains 9,11-13. » Il est le fruit de l’élection souveraine et gracieuse de Dieu. Aussi, en voulant reprendre à Israël par la violence ce dont il se croyait privé par la ruse, Edom s’en prenait en réalité à l’Eternel, le vrai propriétaire du pays. Le jugement de Dieu sur la haine d’Edom à l’égard de son frère sera sans appel. Alors qu’Israël est promis à une résurrection et un nouvel avenir fait de paix et de prospérité, Edom est voué à une destruction définitive. Les autres nations auront part à la joie universelle au jour où le Messie de Dieu règnera parmi son peuple. Edom, non ! Le pays restera un désert, une ruine, une contrée inhabitée, un endroit dévasté pour toujours. Il sera le témoignage perpétuel de la gravité du péché que représente le crime d’un proche parent aux yeux de Dieu. La ruine d’Edom ne sera pas vaine pour son frère. Elle contribuera avec d’autres éléments à ce qu’Israël reconnaisse en Dieu, son Dieu !

lundi 7 décembre 2020

EZECHIEL 34

 

V 1 à 4 : portrait des mauvais bergers

La figure du berger est, sans nul doute, celle que la Bible affectionne le plus pour décrire le rôle et la mission de ceux que Dieu place à la tête des peuples pour les conduire. La mission du berger auprès de son troupeau est double. Elle est en premier d’assurer sa sécurité face aux prédateurs, puis de veiller à ce que les brebis qui sont à sa charge ne manquent de rien. Dans sa relation avec ses brebis, le berger a quelque chose de plus qu’un chef d’entreprise. Jésus dit qu’il connait chacune d’elles par son nom : Jean 10,3. Les brebis ne sont pas pour le berger une masse uniforme et indistincte. Il a une relation personnelle avec chacune. Il connait celles qui sont facilement effrayées, celles qui sont têtues et ont un penchant pour l’indépendance. Il discerne parmi toutes celles qui sont malades, affaiblies… Chaque brebis compte à ses yeux, au point que si l’une s’égare, dit encore Jésus, il délaisse pour un temps le reste du troupeau pour se mettre à sa recherche : Luc 15,4.

Ce n’est pas un hasard si David, le roi selon le cœur de Dieu, était berger avant de monter sur le trône d’Israël. Le métier qui était le sien avant d’être l’élu de Dieu devait lui servir de modèle pour la fonction qui l’attendait. David était un berger modèle. Pour rien au monde, il n’aurait laissé une brebis périr dans la gueule d’un prédateur cf 1 Samuel 17,34-35. David était prêt à risquer sa propre vie pour le salut d’une seule de ses bêtes. Il est l’exemple de ce que devait être les rois après lui.

Si certains des rois qui ont succédé à David ont marché sur ses traces, un grand nombre se sont révélés être des bergers indignes de ce nom. Ils n’ont pas vu dans le troupeau qui leur était confié des brebis dont il devait prendre soin, mais une source de profit qui servirait en priorité leur intérêt. Certes, les bergers, qui passaient des jours entiers à paître leurs troupeaux, ne le faisaient pas pour rien. En échange de leurs bons soins, les brebis leur fournissaient lait, viande et laine. La fierté du berger était d’avoir un troupeau en bonne santé. Les bergers d’Israël, dont Ezéchiel fait ici le procès, n’en avait cure. Tout ce qui les intéressait était de tirer le maximum de bénéfices de leurs animaux. La preuve de leur cupidité n’apparaissait pas dans leur façon d’agir envers les meilleures brebis, mais surtout envers les plus faibles. S’ils mangeaient la graisse et la viande des plus dodues, les plus faibles, les malades n’étaient l’objet d’aucune de leur attention. Qu’une brebis s’égare leur importait peu. Peut-être déplorait-il le manque de revenu que cette perte représentait, mais ils n’allaient pas risquer leurs vies pour la retrouver. Il n’y a dans le cœur des mauvais bergers aucune affection pour les brebis. Dureté et violence étaient les maîtres mots de leur comportement à leur égard.

Les prophètes qui ont précédé ou suivi Ezéchiel ont souvent dénoncé la manière d’agir des mauvais rois d’Israël et de Juda. Ils ont dénoncé avec vigueur leurs exactions envers les plus faibles : la veuve, l’orphelin, le pauvre ou l’étranger : Esaïe 1,17.23 ; Jérémie 7,6 ; 22,3 ; Ezéchiel 22,7 ; Malachie 3,5 : Zacharie 7,10. Jacques, dans sa lettre, accuse les riches des derniers jours des mêmes spoliations : Jacques 4,1 à 5. Pierre, quant à lui, invite les anciens des Eglises à veiller à la façon dont ils s’occupent des âmes qui leur sont confiés. « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévouement ; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau.  Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire : 1 Pierre 5,2 à 4. » Au-dessus des rois, des chefs, des bergers siège le souverain Pasteur de tous. C’est à lui que chacun devra rendre compte de la façon dont il a assumé sa fonction. Que la crainte de son nom soit un stimulant pour chacun à bien faire son travail !

V 5 et 6 : l’état du troupeau

Il en est des peuples comme d’une famille. Lorsque les parents des enfants remplissent correctement leurs fonctions, en se montrant aimant et attentionnés, ceux-ci ont de bonnes chances de se développer de façon saine. Mais qu’ils viennent à boire, se tromper ou être violent, alors les enfants ne tardent pas à mal tourner. Ne trouvant ni l’affection, ni la sécurité dont ils ont besoin à la maison, ils vont la chercher ailleurs. Ils deviennent la proie facile de prédateurs qui les entraînent dans toutes sortes de travers et de dérèglements. Devenus adultes, ils reproduisent à leur tour, si ce n’est la grâce de Dieu, le modèle parental qu’ils ont reçu. Si le peuple de Juda en est là où il se trouve, dit Ezéchiel, la faute première en revient aux mauvais bergers qui étaient à sa tête.

L’état d’un troupeau en dit long sur le sérieux ou non du berger qui en a la charge. Sous la conduite d’un pasteur fidèle, le troupeau vit dans la cohésion. Livrées à elles-mêmes sans direction ni attention, les brebis se dispersent et s’éparpillent dans toutes les directions. L’ours de la montagne ou le loup n’ont alors aucune peine à en faire leur menu. Sans défense aucune, elles sont sans force pour leur échapper. Si les tribus d’Israël ont été disséminées, exilées loin de leur pays, la responsabilité première en revient, dit Ezéchiel, aux rois infidèles qui étaient à leur tête. Ni l’Assyrie, ni le roi de Babylone n’auraient pu rendre captif le peuple de Dieu si les souverains qui se sont succédé avaient tous ressembler à David ou Ezéchias. En son temps, Sanchérib avait fait le siège de Jérusalem. Son armée en surnombre aurait pu facilement venir à bout de la résistance des Judéens. Mais Dieu était là pour soutenir son fidèle serviteur : 2 Chroniques 32. Le peuple de Dieu n’est livré à ses adversaires que lorsque la digue censée le protéger est elle-même abattue.

Les pasteurs ne sont pas responsables de tous les péchés qui se commettent dans les églises. Cependant, il est bon, lorsque des troubles se produisent et que la désobéissance à Dieu s’installe, qu’ils s’interrogent. Les brebis ont-elles reçu tous les soins dont elles avaient besoin ? Ont-elles été nourries par le lait et la nourriture solide de la parole ? Les bergers ont-ils été des modèles dans leurs vies et leur piété ? L’unité du troupeau a-t-elle été un objectif auquel ils ont travaillé ? La discipline a-t-elle été exercée avec fermeté lorsqu’il le fallait ? Que Dieu donne à ses serviteurs le sentiment de leur devoir et de leur redevabilité envers leur Seigneur !

V 7 à 10 : sanction des bergers infidèles

Y-a-t-il pire sort que celui d’un troupeau mené par un mauvais berger ? Sous la conduite d’un bon pasteur, les brebis n’ont à vivre aucune inquiétude. Qu’un danger se présente pour elles, le berger saura y faire face. Elles savent toutes qu’il est là pour elles, pour leur protection et leur soin. Les brebis sont en paix, parce que le berger est là pour leur bien. Avant d’être une fonction, être berger est une question de cœur. Lorsque celui-ci ne bat plus pour le troupeau, les brebis se retrouvent sans défense. Au lieu d’être sous l’aile du berger, elles se transforment en proies, devenant la nourriture des bêtes sauvages… si ce n’est celle des bergers eux-mêmes. Aveuglés par leur égoïsme, les bergers ont oublié une chose. C’est que le troupeau qui leur est confié ne leur appartient pas. Ils n’en sont que les gardiens. Dieu est son véritable propriétaire. Aussi va-t-il leur en retirer la garde. Malgré leur vulnérabilité, les brebis survivront. Les bergers, quant à eux, se verront privés de leurs gains et de leurs charges.

L’Eternel accomplira à la lettre la menace qu’il adresse ici aux mauvais bergers que furent les rois et les prêtres d’Israël. Avant Ezéchiel, le prophète Osée avait prédit qu’un temps viendrait au cours duquel le peuple de Dieu serait privé de la royauté et de la sacrificature. « En effet, dit-il, les Israélites resteront longtemps sans roi, sans chef, sans sacrifice, sans statue, sans éphod et sans théraphim. Après cela, les Israélites reviendront. Ils rechercheront l’Eternel, leur Dieu, et David, leur roi, et ils retourneront en tremblant vers l’Eternel et vers sa bienveillance, dans l’avenir : Osée 3,4-5. » Que chacun le sache ! Personne, dans l’œuvre de Dieu, n’est indispensable. C’est par sa faveur que Dieu nous choisit pour mener, paître et guider son peuple. Nous lui sommes redevables de la façon dont nous exerçons notre charge. Le troupeau qu’il nous confie n’est pas le nôtre, mais le sien.

V 11 à 16 : je serai leur berger

Les bergers que Dieu avait placé à la tête du troupeau ayant failli à leur tâche, Dieu se propose lui-même de les remplacer. Dans l’ordre normal des choses, le développement d’une œuvre va de sa gestion par son créateur vers la délégation par secteurs d’activité à d’autres personnes. La royauté mise en place en Israël au temps de Samuel visait cet objectif. Mécontents du système théocratique dans lequel ils vivaient, les Israélites demandèrent au juge qui les dirigeait un roi comme toutes les autres nations. L’Eternel y consentit, tout en les avertissant de la déception au-devant de laquelle ils allaient. Installé sur le trône, leur roi n’allait pas les servir, mais se servir lui-même : cf 1 Samuel 8. La prévision donnée par Dieu s’est confirmée. L’exil que va connaître le peuple de Dieu, sa dispersion parmi tous les peuples sont la conséquence directe de la délégation d’autorité voulue par le peuple au temps de Samuel. Non ! L’œuvre de Dieu ne sera jamais si bien gérée que par Dieu lui-même. Il doit en tout temps en être la tête. Ses serviteurs ne sont pas des chefs, mais des ouvriers qui collaborent avec lui. Tout renversement de cet ordre ne peut qu’aboutir à l’échec.

Après avoir fait le procès des bergers qui ont mené Israël, le plaidoyer divin modifie son sujet. Il passe du « eux » au « je ». Il n’y aura désormais plus de roi à la tête d’Israël. Tout ce qui va se produire pour ce peuple sera le fait de Dieu. Après l’exil et la dispersion, le premier travail de Dieu sera de procéder au rassemblement de ses brebis disséminées. Le mouvement de retour des Israélites vers leur pays sera si massif qu’il ne s’expliquera que par l’action de Dieu. Ce n’est pas à l’appel d’un homme que les Juifs prendront la décision de revenir dans leur pays, mais en réponse à la voix de Dieu. Parallèlement à l’alya, l’immigration des Juifs vers leur terre sainte, Israël connaîtra une résurrection physique sans pareille. En tant que berger, Dieu ne les conduira par vers un désert. Les brebis seront menées vers de riches pâturages. Elles se reposeront dans un domaine agréable fait de cours d’eau et de hautes montagnes. Dieu Lui-même veillera sur son troupeau pour qu’il ne manque de rien. En tant que berger, il sera aussi le juge de ses brebis. Il agira envers elles comme aucun roi ne l’aura fait avant lui, prenant soin des faibles et des blessés et détruisant celles qui se seront enrichies aux dépens des autres. Que le temps vienne, ô Dieu, où tu seras le berger reconnu d’Israël, ton peuple !

V 17 à 24 : tri sélectif

La restauration d’un état qui a failli nécessite davantage que le retour à la condition qui a précédé sa ruine. Si des mesures ne sont pas prises pour réformer ce qui l’a provoqué, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Outre le fait que le troupeau de Dieu était mené par de mauvais bergers, la raison de sa dispersion tenait aussi aux violences et aux exactions qui se pratiquaient entre elles. Les boucs, les béliers et les brebis grasses et vigoureuses spoliaient et maltraitaient les plus faibles. Les forts abusaient de leur pouvoir et de leur santé au détriment des faibles. Ils rendaient leur conditions de vie plus difficiles encore que ne le faisaient les mauvais bergers. Il fallait non seulement que le troupeau soit guidé autrement, mais qu’entre les brebis une discipline ferme et impartiale soit exercée. C’est ce que promet de mettre en place le Seigneur à l’avenir pour le bien du troupeau.

Pour se faire, un tri sélectif radical s’opérera entre les brebis. Sous la conduite du fils de David, le Christ, le Seigneur s’engage à ce que soit mis fin aux exactions commises dans le passé contre les plus faibles. Il n’y aura plus dans le troupeau de Dieu de brebis qui s’engraissent tandis que d’autres souffrent de la faim. Il n’y aura plus qu’un seul berger qui veillera sur toutes et agira de manière à ce que chacune soit traitée avec équité. Les brebis ne seront plus perçues par quiconque comme un butin ou une source de profit. Elles seront considérées pour ce qu’elles sont, des membres du troupeau bien-aimé du berger. Chacune d’elles aura la même valeur, la même importance que sa voisine, qu’elle soit frêle, fragile ou en bonne santé.  Il n’y aura pas dans le troupeau de séparation, de clans dus à des différences d’état entre les brebis, mais un seul ensemble dans lequel chacune trouvera sa place et jouira de l’estime des autres.

La réalisation de la promesse de Dieu pour Israël est certaine. Nous la voyons concrétisée dans l’Evangile sous la houlette de Jésus, le bon berger. Au temps de sa gouvernance, il n’y aura plus de brebis éparses, mais un seul troupeau conduit par un seul berger : Jean 10,16. Il n’est plus fait mention également de tensions ou de divisions dues à des attitudes sectaires ou malveillantes entre les brebis. La cohésion du troupeau est assurée par la soumission et l’écoute de chacune à la voix du berger qui les conduit toutes vers de bons pâturages. Que le jour vienne, ô Dieu, où tout Israël revienne à toi et reconnaisse en ton Fils, le berger que tu lui donnes pour le conduire.

V 25 à 31 : une alliance conclue

Outre le fait que le Seigneur se propose lui-même dans l’avenir de mener et paître Israël, c’est par une alliance unilatérale qu’il ratifie l’engagement qu’il prend à l’égard de son peuple. Cette alliance lui garantit tout ce qu’Israël a perdu à cause de son péché et qui lui était promis à l’entrée de Canaan : la paix, la sécurité et la prospérité. Il n’y aura plus dans tout le pays aucun lieu, ni endroit hostile pour les Israélites. Les brebis, on le sait, ne sont pas des animaux qui ont de quoi se défendre. Seule dans le désert, perdue dans une forêt, une brebis ne peut que finir dans la gueule d’un prédateur. Une telle situation ne pourra plus dans l’avenir arriver pour personne en Israël. Le pays sera si sécurisé qu’aucune nation étrangère ne se risquera à l’attaquer. L’alliance de paix et de prospérité que Dieu contractera avec Israël ne touchera pas qu’à sa sécurité intérieure. Elle s’étendra aux bienfaits que lui procurera en temps voulu la nature. La pluie et le soleil, sous les coups de la colère de Dieu, peuvent se changer en inondations ou sécheresses dévastatrices. De tels phénomènes, visibles aujourd’hui sur toute la terre, n’auront plus lieu en Israël. Les pluies tomberont avec mesure en temps voulu. La terre, les vergers, les jardins, sous l’effet d’un climat propice, produiront fruits et légumes en abondance. Il n’y aura personne dans le pays qui mourra de faim. Les Israélites dans leur ensemble reconnaîtront alors que l’Eternel est leur Dieu et qu’il n’y a en a point d’autre. Que ce jour vienne, ô Eternel, où tu feras comme jadis alliance avec ton peuple sous la direction du fils de David, leur berger !

jeudi 26 novembre 2020

EZECHIEL 33

 

A.      Ezéchiel, la sentinelle de Dieu : v 1 à 20

 

V 1 à 6 : cas de figure

 Après la vision que reçut Ezéchiel de la gloire de Dieu (Ch 1), celui-ci lui assigna la mission qui serait la sienne auprès du peuple (Ch 2). Habité par l’Esprit, Ezéchiel avait la charge de délivrer au peuple de Dieu les messages qu’il recevait de la part de son Dieu. Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, les gens de Juda sauraient qu’il y a parmi eux un prophète dépêché par Dieu pour les avertir : Ezéchiel 2,5. Jusqu’à ce chapitre, le livre d’Ezéchiel témoigne de la fidélité avec laquelle le prophète s’est acquitté de sa mission. Mises à part quelques rares touches, les messages du prophète sonnaient comme des avertissements sévères envers le peuple de Dieu. L’heure n’est plus à la repentance, mais à la préparation du jugement qui va s’abattre sur le reste qui subsiste encore en Juda.

 La partie que nous abordons du livre d’Ezéchiel est davantage porteuse d’espoir. Dieu, dit l’apôtre Paul, ne se repent pas de ses dons et de son appel : Romains 11,29. A cause du caractère irrévocable de celui-ci, il y a un espoir pour Israël. En introduction de cette nouvelle tranche du livre d’Ezéchiel, l’Eternel précise à nouveau quelle est la fonction première d’Ezéchiel. Il la présente sous la forme d’un cas de figure qui permet d’identifier avec précision la responsabilité qui repose sur chacun dans ce qui advient au peuple en entier. L’image utilisée est celle de la sentinelle.

 Le rôle que jouait une sentinelle en temps de guerre était connu de tous. La sentinelle était en quelque sorte la gardienne du salut de la communauté. Placée sur un point élevé, un rempart ou une tour de guet, elle avait comme office principal de prévenir des dangers qui guettaient la cité. La sentinelle devait avoir l’œil ouvert. Elle ne pouvait se permettre de sommeiller, d’être nonchalante, distraite ou de se donner à autre chose que ce pour quoi elle occupait son poste. Si importante que soit la fonction qu’occupait la sentinelle, sa responsabilité se limitait cependant au fait de prévenir ceux qui étaient sous sa protection des périls qui pointaient à l’horizon. Sa mission accomplie, la réaction de ceux qu’elle avait avertis n’était plus de son ressort. Si un citoyen, ayant entendu le son de la trompette émis par la sentinelle, ne le prenait pas au sérieux, celle-ci était dégagée de sa responsabilité. Si, à l’inverse, la sentinelle ne faisait pas son travail, le citoyen mourrait certes à cause de ses fautes (nous sommes toujours ici dans un contexte de jugement). Mais Dieu demanderait aussi compte à la sentinelle pour son manquement à son devoir et sa négligence.

V 7 à 9 : Ezéchiel sentinelle

Le rôle que joue une sentinelle dans la sauvegarde d’un peuple rappelé, Dieu réaffirme à Ezéchiel la vocation qui est la sienne :  cf Ezéchiel 3,16 à 21. Il est, par sa fonction de prophète, la sentinelle qu’il a donnée à Juda pour son bien. Désormais, tout le devenir du peuple est lié à l’attitude qu’il adoptera à l’égard des signaux et des avertissements émis par lui. La caractéristique première de la sentinelle qu’est Ezéchiel est de voir d’avance le danger qui, au loin, menace le peuple. En tant que sentinelle et prophète, Ezéchiel est un visionnaire. Alors que, dans la ville, chacun est occupé à ses propres affaires, le regard de la sentinelle se porte vers l’horizon. De toutes les directions que son point de vue élevé lui permet d’embrasser, elle est la première qui discerne de quel endroit surgit le péril qui menace la cité. La sentinelle n’est pas seulement la gardienne de la cité, mais encore de la vie de chacun à l’intérieur de ses murs. Ezéchiel est une sorte de voyant pour tous, mais aussi pour chaque personne. Les messages que Dieu lui ordonne d’adresser ne sont pas que généraux. Ils sont individualisés. Aussi Ezéchiel ne doit-il pas craindre la confrontation directe et personnelle avec des individus : elle fait partie de son mandat. Ezéchiel n’est pas seulement un censeur. Il doit se souvenir que le but premier de son action est le salut de ceux qu’il prévient, non leur jugement. Si le méchant averti se laisse convaincre et change de conduite, il vivra. S’il passe outre la parole qu’il reçoit, il mourra. La responsabilité d’Ezéchiel ne sera à charge contre lui que s’il n’a pas rempli avec fidélité sa fonction.

V 10 et 11 : les motivations divines

Alors que, jusque-là, les messages d’Ezéchiel témoignaient du caractère impénitent d’Israël, il apparaît ici que le ton change. C’est que le temps a passé. Les prophéties d’Ezéchiel se sont accomplies. La gloire de Dieu a quitté le temple établi à Jérusalem. La menace de la déportation à Babylone du reste qui était en Juda s’est réalisée. Le peuple a pris la mesure de l’exactitude des annonces d’Ezéchiel et de tous les prophètes qui l’ont précédé. Dans l’état dans lequel se trouvent les exilés, l’esprit frondeur a fait place à la résignation, voire au découragement. Dans l’humiliation, les yeux de chacun se sont ouverts. La communauté comprend à quel point son péché est grand, ses transgressions nombreuses. Elle désespère d’un avenir possible pour elle.

S’il ne lui a pas épargné le châtiment, le Seigneur tient à consoler son peuple. Tout ce qui est arrivé à Israël n’avait pas pour but de le détruire, mais de le conduire à la contrition à cause de ses fautes. Même si Israël peut être rangé dans la catégorie des méchants, il n’est pas dans le plaisir de Dieu de le voir mourir. Les pensées de Dieu pour son peuple sont des pensées de salut, d’espérance. Il suffit à Israël de changer de conduite, de renoncer aux pratiques qui ont provoqué le courroux de Dieu pour être au bénéfice de sa faveur. Après avoir été incrédule quant aux avertissements que Dieu lui a donnés pour qu’il échappe au jugement, il ne faudrait pas qu’Israël le soit maintenant quant aux promesses de sa grâce. Le projet de Dieu n’est pas la destruction de son peuple, mais sa restauration. C’est là la tonalité qu’Ezéchiel va donner à ses prophéties à partir d’ici et jusqu’à la fin de son livre.

V 12 à 16 : cas de jurisprudence

Le rôle d’Ezéchiel, en tant que sentinelle de Dieu auprès de son peuple, est d’avertir le méchant du jugement qui l’attend suite à ses actions mauvaises, afin de l’inciter à y renoncer et à faire le bien. Comme il vient de le préciser, Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant. Ce qu’il souhaite au plus profond de lui, c’est son salut. L’intention de Dieu précisée, il reste à définir les principes qui guident ses sentences dans l’application de sa justice envers chacun. C’est ce qu’Ezéchiel énonce ici au travers de divers cas qui fondent la jurisprudence divine.

Sur quelle base Dieu déclare-t-il qu’une personne est juste ? La réponse est, dans tous les cas évoqués, la même. Le juste n’est pas celui qui, un certain temps, à mené une vie bonne, conforme aux exigences de la loi. Le juste est celui qui a persévéré jusqu’à la fin dans cette disposition. Si un juste venait à commettre le mal après avoir pratiqué le droit et la justice, ce qu’il a été dans le passé ne peut couvrir le mal qui a suivi. Le statut de juste requiert de celui à qui il est attribué une constance dans la pratique du bien. Il en est du juste comme de celui qui, sur le plan légal, paie un loyer au propriétaire de son appartement. Tous les mois où il a été fidèle dans ses règlements ne peuvent justifier ou compenser ceux où, soudain, il ne s’est plus acquitté de ce qu’il devait. Si le juste est celui qui persévère dans une conduite que Dieu approuve, qu’en est-il du méchant ? Peut-il un jour être reconnu comme juste ? Oui, répond Ezéchiel ! Si, après avoir commis le mal, le méchant renonce à sa mauvaise conduite, s’il se met à faire le bien, il ne sera pas sanctionné pour son passé mauvais. Son changement d’attitude et de comportement lui vaudra le pardon de Dieu et la grâce d’être déclaré juste.

Au regard de la jurisprudence énoncée ici, on peut conclure qu’il existe deux dangers différents auxquels sont exposés le juste et le méchant. Le danger du juste est de se croire tellement en sécurité à cause de sa justice qu’il en vient à baisser sa garde. Sûr de lui, le juste se relâche. Il commence à entrer dans des compromis et, de glissades en glissades, il en vient à commettre ouvertement le mal. Arrivé à ce stade, le juste a perdu son statut. Si exemplaire a-t-il été dans le passé, tout ce qui a fait sa réputation de juste est annulé. Le danger du méchant est autre. Celui-ci peut se penser si irrécupérable qu’il ne se donne pas la peine de s’amender. Le méchant a besoin d’entendre que Dieu est prêt à lui pardonner ses méfaits s’il prend la décision de renoncer à ses injustices. Dieu attend du juste qu’il reste ferme et vigilant sur sa conduite. Il attend du méchant qu’il se détourne du mal et s’en repente.

La jurisprudence énoncée ici a-t-elle cours dans la Nouvelle Alliance. La Nouvelle Alliance est fondée sur le postulat qu’il n’y a pas de juste devant Dieu : Romains 3,10. Tous donc doivent se repentir pour être justifié par Christ. Justifiés, les croyants en Christ sont appelés à une vie juste et sainte. La grâce dont ils sont l’objet n’a pas pour unique but d’effacer leurs transgressions. Elle les enseigne à renoncer à un mode de vie impie, aux convoitises du monde et à vivre dans le temps présent conformément à la sagesse, la justice et la piété : Tite 2,12. Le croyant véritable, né de nouveau en Jésus-Christ, ne perd pas son salut et sa justice en péchant. Mais il doit savoir que la désobéissance l’expose au châtiment de Dieu qui, dans des cas extrêmes, peut aller jusqu’à la mort : Hébreux 12,4 à 11 ; 1 Corinthiens 11,30 ; Actes 5,1 à 11. Le bien ou le mal que l’on fait, en tant qu’enfant de Dieu, n’est pas sans incidence sur notre parcours. Dieu peut rétablir dans sa communion tout croyant qui pèche, s’il se repent. Mais l’Ecriture nous avertit de ne pas abuser de cette doctrine. Dieu reste pour nous un Dieu trois fois saint qui, s’il est notre Père plein de miséricorde, mérite notre plus grand respect et notre plus grande dévotion. Servons-le donc avec reconnaissance et dans la crainte de ce qu’il est !

V 17 à 20 : désaccord

Ezéchiel ayant exposé les principes qui guident les arrêts que Dieu prend dans sa justice au sujet de la conduite de chacun, des membres du peuple de Dieu lui firent part de leur mécontentement. Sans doute approuvait-il l’idée que le juste soit récompensé pour sa droiture et le bien qu’il fait. Mais que toute sa justice soie effacée pour une faute commise plus tard, ou que le méchant soit gracié de ses forfaits à cause d’une repentance tardive, ne passait pas. Les contestataires auraient préféré que Dieu pèse la conduite de chacun en fonction de la somme de bonnes choses et de mauvaises qu’il a faites. Selon le cas, aurait été déclaré juste celui qui démontrait dans sa vie que le bien qu’il avait fait surpassait le mal, et méchant l’inverse. Le temps dans lequel parle Ezéchiel ne connait pas encore dans sa plénitude le principe selon lequel la justification s’opère sur la base de la grâce. Mais il l’amorce et, déjà, la réaction des contemporains du prophète démontre le scandale qu’il représente pour ceux qui, s’appuyant sur leur propre justice, espèrent être agréés de Dieu. Pour autant, le Seigneur ne va pas, dans sa façon d’agir, contre ce sens commun de la justice. Oui, il tient compte de la conduite de chacun. Mais il ne le fait pas de manière comptable. Ce qui prévaut dans son jugement est la disposition de cœur dont font preuve les prévenus qui sont à la barre de son tribunal. Il n’est pas de la justice de Dieu de déclarer juste quelqu’un qui, ayant abandonné le chemin de la droiture, se rend soudainement coupable de malversations et de malhonnêteté. De même, il n’est pas équitable de traiter le méchant comme s’il l’était encore, alors qu’il a visiblement changé d’attitude et de comportement. La grâce de Dieu prévaut sur le nombre de forfaits commis lorsque, dans le cœur, elle rencontre une vraie repentance. La justice de Dieu ne peut être imputée à celui qui, ayant commencé à faire le bien, finit par s’en détourner. Dieu ne regarde pas à nos mérites ou nos démérites, mais aux dispositions qui se forment dans nos cœurs. En matière de jugement, il nous faut nous souvenir que ce n’est pas notre conception de la justice qui compte, mais celle de Dieu.

V 21 à 23 : annonce de la chute de Jérusalem

C’est la 5ème année de l’exil des captifs à Babylone qu’Ezéchiel reçut l’appel de Dieu d’être son prophète : Ezéchiel 1,2. En tant que tel, nous avons vu qu’Ezéchiel ne s’appartenait plus. Le prophète ne serait plus libre de ses mouvements. Esclave de Dieu, il ne devait parler que lorsque Dieu lui en donnait la capacité. Le reste du temps, Ezéchiel était muré dans le silence : Ezéchiel 3,26. Toute la prophétie d’Ezéchiel à destination de son peuple avait pour objet la chute et la fin de Jérusalem. Réduit à la seule existence de sa capitale, le royaume de Juda ne tenait qu’à un fil. La portion congrue d’Israël ne subsisterait que dans la mesure où le roi établi par le conquérant babylonien lui prêtait allégeance. Ce ne fut pas le cas. Cherchant secours auprès de l’Egypte, il travaillera à briser en vain le joug que l’Eternel a posé sur lui. Ce qui devait arriver arriva. Sept ans après qu’Ezéchiel reçut l’appel de Dieu, soit la 12ème année de l’exil, un rescapé enfui de Jérusalem annonça aux exilés que la ville était tombée. Comme l’avaient annoncé les prophètes, entre autres Jérémie et Ezéchiel, c’en était fini d’Israël.

La cible première de la prophétie d’Ezéchiel visant son peuple, la fin de Jérusalem ne justifiait plus qu’il reste dans le mutisme. Imposé par Dieu, celui-ci n’avait qu’un but : que les Israélites connaissent par ce signe qu’un prophète était au milieux d’eux : Ezéchiel 2,5. Israël n’existant plus en tant que nation, le ministère d’Ezéchiel pouvait s’orienter exclusivement vers les exilés. Il ne s’agit plus de prévenir le peuple de Dieu du danger de disparition qui le guette à cause de ses désobéissances, mais d’orienter ses regards vers son futur. C’est le sens de toute la section du livre du prophète dont ce chapitre fait partie. La fin de la capitale juive met fin aux contraintes que Dieu imposa à son serviteur pour le temps où le cœur de son message la concernait. La prophétie accomplie, une nouvelle étape débute pour Ezéchiel pour laquelle les anciennes mesures ne s’imposent plus.

Même si le serviteur de Dieu reste toute sa vie le doulos de Dieu, il ne vit pas toujours dans les mêmes conditions. Son sort est ajusté au service qui lui est demandé. Il est du plus haut point que chacun comprenne au cours du temps ce à quoi Dieu l’appelle. Le ministère n’est pas statique. Il évolue avec les nouvelles donnes que Dieu nous impose. Nous ne faisons pas à trente ans ce que nous ferons à cinquante, et au jour de la retraite ce que nous faisions avant. Comme les autres hommes, nous sommes aussi soumis aux bouleversements politiques et sociétaux du temps dans lequel nous vivons. L’irruption d’une guerre, d’une pandémie ou d’un régime autoritaire nous oblige à nous adapter. Le témoignage d’Ezéchiel nous rappelle que, si nous pouvons être surpris par les changements soudains qui se produisent dans notre environnement, Dieu ne l’est pas. Il saura en temps voulu nous équiper et nous faire entrer dans ce qu’il a prévu pour nous dans cette circonstance nouvelle.

V 24 à 29 : cause de la chute de Jérusalem

Tout a commencé pour Israël avec Abraham, ai-je dit en introduction de ce livre. Des siècles plus tard, Abraham, le père de la nation, reste la figure de référence des Israélites. N’est-il pas celui qui, dès l’origine, a reçu les promesses par lesquelles Israël est devenu le peuple élu de Dieu ? La terre qu’il occupe ne lui a-t-elle pas été donnée en héritage ? « Si Abraham, lorsqu’il était seul, a reçu le pays de la main de Dieu, à plus forte raison celui-ci nous appartient-il, nous, sa descendance nombreuse, pensent les Israélites qui errent dans les ruines du pays. » Dans l’ordre logique des choses, oui, il devrait en être ainsi. Encore faudrait-il, comme le dira Paul plus tard, que ceux qui se réclament d’Abraham marchent sur ses traces : cf Romains 4,12. Ceux-là sont les vrais fils d’Abraham, les Juifs qui méritent de porter ce nom. Mais ici, de loin, ce n’est pas le cas !

L’apôtre Paul et Ezéchiel n’ont pas vécu ensemble. Ils ne se sont pas parlé. Mais tous les deux sont sur la même ligne de pensée quant à la définition de ce qu’est un vrai fils d’Abraham. Le portrait que dresse Paul de l’hypocrisie des Juifs de son temps est, pour ainsi dire, le copier/coller de ce que dit Ezéchiel ici. « Vous vous dites les héritiers d’Abraham, dit le prophète aux Israélites errant dans les ruines dévastées de leur ville. Tout votre comportement témoigne que vous ne l’imitez en rien. L’une après l’autre, les prescriptions de la loi sont bafouées. Vous mangez le sang, vous commettez l’adultère, vous adorez des idoles, vous commettez des crimes… et vous posséderiez le pays ? Ce à quoi vous devez vous attendre est d’être consumé par la colère de Dieu. Ce n’est pas le relèvement qui est devant vous, mais la mort par l’épée, la peste et les bêtes sauvages. » « Toi qui de dis Juif, dira Paul, tu enseignes les autres, et tu ne t’enseignes pas toi-même ! Toi qui prêches de ne pas voler, tu voles ! Toi qui dis de ne pas commettre adultère, tu commets l’adultère ! Toi qui as les idoles en horreur, tu pilles les temples ! Toi qui places ta fierté dans la loi, tu déshonores Dieu en la transgressant ! : Romains 2,21 à 23. » Les deux hommes se rejoignent sur une vérité fondamentale de la foi : on ne peut revendiquer devant Dieu quoi que ce soit comme titre ou statut que dans la mesure où celui-ci correspond à la réalité de notre vécu.

L’hypocrisie que dénoncent Paul et Ezéchiel à propos des Juifs concerne aussi aux chrétiens, héritiers d’Abraham dans la foi. Non ! Il ne suffit pas de se déclarer tel pour prétendre jouir de la bénédiction divine attachée à ce titre. Encore faut-il prouver par sa vie l’évidence de ce statut. Dans l’absolu, dira Paul, seul le Seigneur connait ceux qui lui appartiennent. Mais quiconque prononce le Seigneur, qu’il s’éloigne de l’iniquité : 2 Timothée 2,19. En effet, dira Jésus aux Juifs de son temps, ceux qui me disent : « Seigneur, Seigneur ! » n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père céleste : Matthieu 7,21. » L’hypocrite peut se tromper lui-même et les autres. Mais il ne trompera jamais Dieu !

V 30 à 33 : Ezéchiel chanteur

Quel prédicateur, appelé par Dieu et habité par sa parole, ne se réjouirait pas de voir les foules venir à lui pour entendre ses messages ? N’est-ce pas là le désir de chacun qui est serviteur de Dieu, le sujet de sa prière ? Ezéchiel, en apparence, fait partie de ses privilégiés. Reconnu comme prophète, il voit se déplacer de nombreux Israélites désireux d’écouter ce qu’il à dire. Assis religieusement à ses pieds, ils hochent avec satisfaction de la tête et témoignent de leur enthousiasme à l’ouïe de ses propos. Ils aiment le ton de sa voix, la justesse de ses mots, la précision de ses oracles. A la vue de ce spectacle, Ezéchiel aurait toutes les raisons d’être ravi. S’il devait rendre compte à d’autres du fruit de son travail, il ne pourrait que rendre grâces à Dieu. La parole est prêchée ! Des foules réceptives viennent l’écouter. Après qu’il a parlé, elles en redemandent. Que désirer de plus ?

Si Ezéchiel peut être trompé par ces signes visibles de ferveur parmi ses auditeurs, Dieu ne l’est pas. Au-delà du visible, Dieu voit l’invisible. Les expressions extérieures de l’engouement que suscitent un message ou un prédicateur ne lui suffisent pas. Elles peuvent, certes, être la manifestation d’une profonde adhésion du cœur à la parole prêchée. Mais elles ne peuvent être aussi que le fruit de l’excitation que provoque un spectacle qui charme les yeux ou les oreilles. Chacun d’entre nous le sait. Il nous est facile d’être remué par des choses de rien. Un film sentimental peut nous arracher des larmes, comme l’écoute d’une belle musique. Bien qu’inspiré et fidèle à la parole, Ezéchiel n’est pas pris au sérieux par ses auditeurs comme il le devrait. Ils se rendent certes nombreux auprès de lui. Mais, dit l’Eternel, son public ne diffère pas de celui qu’attire un auteur-compositeur doué pour le chant. Les Israélites ne viennent voir et écouter Ezéchiel que pour le spectacle et les sensations qu’il leur procure. Mais au fond d’eux-mêmes, ils n’ont nulle envie de mettre en pratique ce que ses messages ordonnent. Preuve en est par le fait qu’ils ne se détournent pas de leurs pratiques malhonnêtes.

Qu’êtes-vous allés voir au désert ? a demandé à trois reprises Jésus à ceux qui s’étaient rendus auprès de Jean-Baptiste : Matthieu 11,7 à 9. Cette question devrait se poser à chacun de nous qui se rend à un lieu de culte. A l’heure où le service dominical rendu à Dieu et la prédication de la parole se muent en shows en bien des endroits, les serviteurs de Dieu qui optent pour ce style devraient aussi s’interroger. Si, au temps d’Ezéchiel, alors qu’il n’y avait ni micro, ni spots, ni instruments de musique, ni power-point, ni mise en scène impressionnante, le risque était là que l’on vienne écouter un prophète pour le plaisir des sens, qu’en est-il aujourd’hui ? Ne devrions-nous pas, à l’heure où le sensationnel prévaut partout, davantage opter pour la sobriété et la simplicité ? Certes, le problème des motivations qui étaient dans les cœurs ne relevait pas d’Ezéchiel. Lui ne faisait que son travail avec fidélité devant Dieu et les hommes. Nous nous devons cependant de tout faire pour ne pas encourager ce qui favorise l’exaltation des sentiments par les sens. Le but de notre service ne sera jamais d’offrir un spectacle, comme si ceux qui viennent nous écouter doivent en avoir pour leur argent. Il nous faut veiller à sonder régulièrement les motivations des cœurs. Car, comme le dit Jésus, au final, heureux sont ceux qui, non seulement écoutent la parole de Dieu, mais qui la gardent : Luc 11,28.

 

 

vendredi 13 novembre 2020

EZECHIEL 32

 

V 1 à 16 : complainte sur l’Egypte

Après celle sur Juda : Ezéchiel 19, et sur Tyr : Ezéchiel 27, c’est la 3ème complainte qu’Ezéchiel entonne dans son livre. Elle touche cette fois-ci l’Egypte. Les complaintes d’Ezéchiel ont toutes le même but. Après avoir établi les actes d’accusation qui légitiment le jugement à venir de Dieu sur les entités qui en sont l’objet, la complainte résume de manière poétique et imagée la vision qu’a Dieu de leurs parcours et les effets que leur ruine produit sur leur entourage. Il n’y a rien qui n’ait déjà été dit par les paroles prophétiques qu’a délivré Ezéchiel dans le contenu de sa complainte sur l’Egypte. La complainte souligne d’abord l’impression de puissance que donnait le pays des Pharaons sur les autres peuples. L’Egypte est comparée à une lionne, symbole de royauté et de noblesse, ou à un crocodile, animal réputé terrifiant. L’idée principale évoquée ici est que, parmi tous les royaumes qui composaient les empires, l’Egypte paraissait l’un de ceux contre lesquels il valait mieux réfléchir à deux fois avant de l’attaquer. Peu d’animaux dans la savane ont une envergure suffisante pour oser défier le lion et, dans les fleuves, le crocodile. Pourtant, au jour où Dieu jugera l’Egypte, elle ne pourra rien contre les peuples violents qu’il va dépêcher contre elles pour la détruire. L’Egypte ne sera plus l’Egypte. Délogée de sa place, sa foule bruyante et ses richesses seront dispersées parmi les nations et feront le bonheur de celles-ci. Les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre s’abattront sur le cadavre de l’Egypte et se repaîtront de ses chairs. Jour de joie pour certains, le jour de la ruine de l’Egypte sera pour d’autres synonyme de deuil et de terreur. Car, si l’Egypte n’a pu tenir face à Nebucadnetsar, comment eux le pourraient-ils ?

La complainte d’Ezéchiel n’est pas vraiment de lui. Elle est, selon son propre commentaire, la reprise du chant entonné par les filles des nations à la chute de l’Egypte : v 16. Elle témoigne du ressenti de celles-ci à cette nouvelle stupéfiante. Tant que l’équilibre des forces prévaut, la paix et la sécurité de chacun est à peu près assurée. Mais que se produit-il le jour où une puissance nouvelle et agressive entreprend de bousculer le fragile équilibre des nations ? Tout est alors chamboulé. La tranquillité apparente disparaît pour faire place à la crainte. Les médias du monde s’affolent et l’angoisse monte parmi les nations. Le scénario décrit ici par Ezéchiel se répète. Le croyant sait cependant que le bouleversement des peuples n’est pas le produit du hasard. Il est l’œuvre de la main de Dieu qui, en son temps, ébranle tout ce qui peut l’être pour que seul subsiste l’inébranlable : Hébreux 12,27. Dans l’ordre final des choses, le chaos précède l’ordre, l’effondrement et le jugement des empires humains, l’établissement du royaume éternel de Dieu. Que notre cœur ne soit pas, comme celui des autres, inquiets à l’écoute des nouvelles qui nous parviennent du monde. Il existe un trône de gloire éminent depuis le début : c’est là que se trouve notre sanctuaire : Jérémie 17,12.

V 17 à 32 : L’Egypte comme les autres

La complainte qu’entonne Ezéchiel sur l’Egypte n’est pas un chant de réjouissance. C’est une plainte, une lamentation. La ruine, la destruction d’un peuple n’est jamais une bonne nouvelle. C’est la fin d’une nation qui a eu ses heures de gloire, mais qui, par ses péchés, a amené la colère de Dieu sur elle. Un temps portée aux nues, l’Egypte brisée rejoint les empires qui, avant elle, se sont endormis dans les profondeurs de la terre. Comme eux, elle s’est crue forte, invincible, éternelle. Elle est accueillie dans le séjour des morts par tous ceux qui, déjà là, sont revenus de cette illusion. Lieu d’attente des trépassés, le séjour des morts est un lieu de nivellement. Plus personne ici ne peut se vanter d’être grand ou plus grand que les autres. Tous sont réduits à néant. La gloire passée, l’effroi que l’un ou l’autre a pu inspirer, n’existent plus. Ensemble, côte à côte, les guerriers des empires gisent les uns à côté des autres, célébrant par leur mort la gloire de celui qui les a tués… avant que celui-ci les rejoigne à son tour. Aujourd’hui, c’est le tour de l’Egypte.

Il se trouve que, depuis la fenêtre de mon bureau, j’ai une vue imprenable sur le cimetière de ma localité. Aux côtés de tombes ordinaires, se trouvent dressés de magnifiques monuments funéraires ressemblant, avec leurs colonnes de marbre ou de granit, à de petits temples, témoins de la richesse et de la gloire passées de leurs occupants. Ces magnifiques tombeaux se distinguent des autres par leurs ors et leur décoration. Malgré leur aspect impressionnant, ils ne sont pourtant rien de plus que les autres. Ils rappellent à chacun que, face à la mort, les grands de ce monde n’ont pas plus de pouvoir que les autres. La visite que fait Ezéchiel à l’Egypte du cimetière des empires est semblable à celle que ferait faire un guide du cimetière de ma ville à un moribond. La tournée des tombes est porteuse d’un message implacable. Peu importe ce que l’un ou l’autre fut hier. La réalité qui s’impose aujourd’hui est que chacun en est réduit au même état. Il n’est plus que souvenir et poussière. Laissons-nous guider par Ezéchiel dans la visite du cimetière des empires. Rendons-nous avec l’Egypte aux différentes tombes qui s’y trouvent ! Dans l’ordre, nous y rencontrons :

a.       L’Assyrie

Ce n’est pas la première fois qu’Ezéchiel évoque la gloire passée de ce peuple. Tout le chapitre précédent lui est consacré. L’Assyrie occupe à elle seule une grande place dans le cimetière des empires. Aux côtés de la tombe de son souverain, sont disposés les multiples sépulcres de ses valeureux guerriers. A la simple évocation de leurs noms (Sanchérib, Assurbanipal Esar-Haddon…), les peuples tremblaient. Mais aujourd’hui, l’Assyrie n’est plus rien. Le gourdin de Dieu est brisé à jamais : Esaïe 10, 5 à 27. Après avoir été l’instrument de la colère de Dieu, le peuple assyrien, incirconcis de cœur, l’a subie à son tour.

b.       Elam (la Perse)

C’est le chapitre 49 du livre de Jérémie qui parle le mieux du jugement qui frappera Elam. Comme les Hébreux, Elam est un peuple issu de Sem, le fils de Noé : Genèse 10,22. Associés aux Mèdes, les Elamites formeront ensemble l’empire perse : Esaïe 21,2, qui aura à sa tête plusieurs rois jouant un rôle important dans la destinée d’Israël au temps de l’exil : Cyrus, Darius, Assuérus… Esther, jeune réfugiée juive, deviendra, par le choix de Dieu, reine de Perse. Elle sauvera en son temps son peuple d’un génocide fomenté par Haman, favori du roi et descendant d’Agag. Dans sa prophétie, Jérémie annonce la ruine d’Elam et sa dispersion parmi tous les peuples : Jérémie 49,36. Elam cependant n’est pas voué à la disparition définitive. Après son exil, l’Eternel promet de faire revenir les déportés d’Elam dans leur pays pour former à nouveau une nation. Cette nation est l’Iran actuel, puissance incontournable de l’Orient.

Comme il en est de la prophétie de Jérémie, celle d’Ezéchiel est une vision de l’avenir. Au temps où elle est écrite, ce sont les Babyloniens qui sont la puissance majeure qui domine le monde. L’empire perse se formera après lui. Comme les autres prophètes, Ezéchiel ne parle pas de réalités qui touchent à son temps seulement. Il est un visionnaire doté d’un regard qui embrasse l’histoire. Les tombes des peuples dont il parle après Elam témoignent davantage encore de cette connaissance anticipée de l’histoire qu’a Ezéchiel.

c.       Méshec et Tubal

Dès la genèse, Méshec et Tubal apparaissent comme des entités apparentées à un groupe de personnes qui deviendront pères de nations proches l’une de l’autre. Méshec et Tubal sont des fils de Japhet, avec Javan (père de la Grèce), et Magog dont Ezéchiel va largement parler un peu plus loin : Ezéchiel 38 et 39. Au temps de la splendeur de Tyr, Ezéchiel cite Javan, Méshec et Tubal parmi les nations majeures qui commerçaient avec elle : Ezéchiel 27,13. C’est dire que ces peuples, sans être des empires au même titre que l’Assyrie ou la Perse, étaient à l’époque où Ezéchiel écrit, des puissances connues et réputées. Nous ne savons pas si la ruine qui a entraîné leur ensevelissement aux côtés des autres puissances dans le cimetière des empires est due aux conquêtes babyloniennes. Ce qui est certain est que, dans l’avenir, elles partageront le sort de Gog, le dernier ennemi d’Israël, identifié comme leur prince : Ezéchiel 38,2.

La raison de la présence de tous ces peuples dans le cimetière des empires est toujours la même, à quelque nuance près. Ces puissances ont toutes marquées l’histoire par la terreur qu’elles inspiraient. Le souvenir qu’elles ont laissé ne s’est pas effacé avec leur mort. Leurs crimes les suivent dans leur tombe et, qui se souvient d’elles, n’a qu’une envie : les maudire. Ils sont pour ceux qui ont souffert de leur cruauté ce que les noms de Hitler ou de Staline, les grands tyrans du siècle passé, évoquent pour nous aujourd’hui. Leur tombeau n’est pas un mémorial à leur gloire, mais le témoignage de la justice de Dieu et de sa puissance. Ezéchiel conduit ainsi l’Egypte de tombeau en tombeau pour qu’elle ouvre les yeux sur le sort auquel elle n’échappera pas. Il lui reste quelques tombes à visiter avant de se retrouver dans l’emplacement qui lui a été réservé.

d.       Edom

Le sort d’Edom a déjà été succinctement traité par Ezéchiel : Ezéchiel 25,12 à 14. Frère de sang d’Israël, Edom a été jugé par l’Eternel pour l’attitude dont il a fait preuve à son égard au jour où Dieu l’a châtié. Edom (qui est Esaü) n’a aucune pitié de son frère. Au contraire ! Profitant de la situation de faiblesse dans laquelle il se trouvait, Edom s’est joint à ses adversaires pour assouvir sa haine et sa vengeance contre lui. Il dort aujourd’hui à côté des empires disparus dans leur nécropole.

e.       Les autres souverains

« Etc… » écrivons-nous lorsqu’il s’agit d’abréger une liste répétitive de choses qui sont identiques. C’est ce que fait ici Ezéchiel. Il pourrait avec l’Egypte s’arrêter à chaque tombe qui se trouve dans le lieu qu’il visite. Les souverains de toutes les parties du monde y sont présents : les Sidoniens, les rois du Nord. Chacun d’eux, après avoir été, n’est plus. Réduits à rien, ils n’inspirent plus ni crainte, ni frayeur. Si elle doit en tirer instruction, l’Egypte peut aussi se consoler de cette visite funèbre. Elle n’est pas un cas unique. Son sort futur est celui qui attend toute puissance au jour où le jugement de Dieu la visite. Les cimetières ne sont pas seulement le lieu où reposent les morts. Ils sont les porteurs d’un message qui s’adresse aux vivants. Ils les avertissent de ce qui les attend sous peu et les invitent à se détourner de leurs crimes. Le rendez-vous ultime de chaque être, de chaque nation, est fixé à la barre du tribunal du Tout-Puissant. Chacun est appelé à s’y préparer dès aujourd’hui ! Que notre nom gravé sur la stèle de notre tombe évoque aux passants le souvenir de notre réconciliation avec Dieu !

lundi 2 novembre 2020

EZECHIEL 31

 

V 1 à 9 : L’Assyrie, un précédent

C’est au Pharaon que l’Eternel ordonne à Ezéchiel d’adresser la prophétie funeste dont son pays, l’Egypte, est l’objet. Ezéchiel a-t-il eu l’occasion de lui faire parvenir par un moyen ou un autre le texte de ses annonces ? Nous ne le savons pas, comme nous ne savons pas non plus comment le souverain d’Egypte aurait réagi à leur lecture. Il se peut que, à l’écoute de cette communication, le Pharaon reste incrédule. L’Egypte n’est-elle pas un empire qui a traversé les siècles ? Qui ne connait et ne craint la puissance de ses Pharaons ? Il n’est pas né, aurait pu se dire le souverain d’Egypte, celui qui abattra sa puissance et la ruinera !

Prévenant la réaction sceptique du Pharaon, l’Eternel l’appelle à plonger ses regards dans l’histoire pour les porter sur le sort qui arriva à une puissance glorieuse ancienne, totalement défaite au jour où Ezéchiel parle : l’Assyrie. Si le Pharaon a du mal à croire à l’actualité de la sombre prophétie qu’Ezéchiel lui adresse, qu’il se souvienne qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce qui a été est ce qui sera, et ce qui s’est fait est ce qui se fera : Ecclésiaste 1,9. La parole que Dieu donne à ses prophètes est une parole pour le futur. Mais ce qui donne sa crédibilité est ce qui s’st produit dans le passé. « Les ruines des anciens Empires témoignent toutes que le pouvoir ne tient que tant que Dieu n’y met pas fin.[1] » Si, quelque part dans le monde, la preuve a été donnée que ce que prédit la Parole s’est réalisée, notre incrédulité à son égard n’a aucune justification.

Qu’était l’Assyrie ? Ce n’est pas la première fois que, pour illustrer le caractère flamboyant d’une gloire, l’Ecriture utilise l’image de l’arbre. « Outre leur valeur commerciale, certains arbres étaient prisés pour leur signification symbolique, en raison de leur taille majestueuse, de l’impression de solidité ou de pérennité qu’ils donnaient.[2] » Le premier qui se servira des arbres pour illustrer ce que Dieu voulait qu’il transmette à son peuple sera Jotham, le fils de Gédéon : Juges 9,7 à 15. L’image sera reprise ensuite dans le livre de Daniel : Daniel 3,21 à 4,13, puis par Jésus dans les Evangiles : Matthieu 13,31-32. L’Assyrie, rappelle Ezéchiel, était autrefois un arbre magnifique, tel un cèdre du Liban. Arbre à la ramure impressionnante et au feuillage persistant, le cèdre du Liban pouvait atteindre la taille de 35 mètres de hauteur et vivre plus de 500 ans. Les conditions de la longévité du cèdre tenaient en partie à sa proximité d’un point d’eau. L’Assyrie était un tel arbre. Idéalement placée, elle bénéficiait d’un apport constant de richesses qui faisait d’elle une puissance inégalée, un arbre dont la cime surpassait celle des autres. A cause de son envergure, le cèdre qu’était l’Assyrie abritait dans ses branchages les nids de nombreuses espèces d’oiseaux du ciel, un foisonnement de vie collatérale sans égal. La majesté de l’arbre ne tenait pas qu’à sa ramure exceptionnelle. Le cèdre la devait à ses racines immenses qui en assuraient la stabilité. Qui connaissait l’Assyrie au temps de sa gloire en était certain : rien ne pouvait ébranler sa puissance ! Et pourtant… !

V 10 à 14 : l’orgueil précède la chute

Il n’est pas nécessaire de chercher loin pour trouver la cause de la chute des puissances et des empires du passé. Que ce soit Tyr, l’Assyrie ou, plus tard Babylone, le péché qui attire, comme la foudre sur le paratonnerre, la colère de Dieu, est toujours le même : l’orgueil. L’orgueil, rappelle Paul, est le premier des péchés, celui du diable : 1 Timothée 3,6. Au commencement de la création, l’orgueil n’existait pas. Chacun savait que la gloire, les capacités, la beauté qui le caractérisaient, étaient dues à son Créateur. L’orgueil entra dans la création au jour où, le premier, celui qui allait devenir le diable, voulut détourner à son profit ce qui revenait à Dieu. C’est dans le cœur, au tréfonds de l’être, que nait ce dérèglement monstrueux que représente l’orgueil. L’orgueil est l’expression brutale de la convoitise, ce désir qui, à l’origine, poussa Satan à vouloir prendre la place de Dieu. Orgueil et convoitise sont si inséparables qu’ils représentent ensemble le péché premier commis dans l’univers, celui qui a ouvert aux autres la porte de l’accès à l’âme : Jacques 1,14-15.

La fierté de l’Assyrie, comme celle du roi de Tyr : Ezéchiel 28,1 à 5, est la cause unique et suffisante de sa ruine. Parce que comme lui, elle se croyait invincible, elle va connaître le brisement. Livrée entre les mains de celui que Dieu a choisi comme le chef temporaire des nations, Nebucadnetsar, l’Assyrie verra sa puissance abattue et ses richesses dispersées au profit des peuples de la terre. La cause répétitive de chute des puissants de ce monde nous enseigne la même leçon. Elle est que la grandeur s’accommode mal avec l’humilité. « Alors que tu étais petit à tes propres yeux, dira Samuel à Saül, n’es-tu pas devenu le chef des tribus d’Israël ? : 2 Samuel 15,17. » L’orgueil ne naît pas par hasard. Il procède d’un changement de regard sur soi et sur la réalité. Alors que jusqu’alors on savait que l’on était rien par soi-même et que l’on devait tout à Dieu, la seconde proposition disparaît pour nous amener à croire que c’est à nous-mêmes que l’on doit ce que l’on est. Seul le jugement, le fait d’être cassé par plus grand que soi, a le pouvoir de ramener l’orgueilleux, a sa place. Cette correction divine est la raison de l’élévation et de l’abaissement tour à tour des puissances du monde. Constante de l’histoire, ce scénario sans cesse répété témoigne de la vanité de l’homme et de son incapacité à apprendre de ses échecs. La ruine de l’Assyrie aurait dû instruire l’Egypte et le Pharaon sur ce qui les attend s’ils cultivent la même attitude. Mais elle ne sert de rien. Chacun qui s’élève croit qu’il pourra faire mieux que ses prédécesseurs, et qu’il échappera à la correction dont il a été l’objet. Cette simple pensée porte déjà en elle le germe qui détruira celui qui l'abrite. Le diagnostic du prophète Jérémie se confirme de siècles en siècles : Le cœur est tortueux plus que tout, et il est incurable : Jérémie 17,7. Nul, sauf Dieu, n’a le pouvoir de le changer !

V 15 à 18 : descente dans le séjour des morts

Il y a des disparitions qui, dans le monde, causent plus d’émoi que d’autres. Le citoyen anodin qui s’en va suscite tristesse et larmes dans le cœur de ses proches. Le reste du monde n’en est pas perturbé. « C’est ici le sort de chacun, pense le commun des mortels. » D’un autre ordre est la perturbation émotive que provoque l’extinction d’une étoile de la sphère du spectacle. Saisie par la nouvelle, la foule des admirateurs se presse autour de sa dépouille. On repasse dans sa mémoire ses chansons, on visite sa filmographie, on s’arrache les souvenirs de son passage ici-bas. La mort d’une célébrité revêt un caractère tragique d’une ampleur que ne connaît pas celle d’un anonyme.

Il en est des stars de ce monde comme des empires qui exercent leur domination dans le monde. Leur disparition provoque, parmi les Etats qui leur sont affiliés comme parmi leurs adversaires, un remous saisissant. « L’as-tu appris ? L’Assyrie, cette puissance que l’on croyait éternelle, s’est effondrée ! Pas possible ! » Partout dans le monde, la chute de l’empire assyrien fait trembler les cœurs et verser des larmes. Un deuil est proclamé dans les pays qui lui sont proches. Chez d’autres, qui ont péri avant lui ou souffert de sa tyrannie, elle éveille une forme de consolation. « Nous autres qui n’étions rien, nous sommes aussi passés par la mort. Maintenant, son tour est venu à lui aussi qui se croyait si fort ! : cf Esaïe 14,16-17 ; Ezéchiel 28,19 » Le précédent qu’est l’Assyrie devrait enseigner l’Egypte et la préparer à ce qui l’attend. Elle aussi, malgré ses dieux, sera précipité dans les profondeurs de la terre. Les entrailles du séjour des morts s’émouvront à son arrivée. L’Egypte subira comme tous les autres le sort réservé par Dieu à tous les incirconcis de cœur. Que la disparition soudaine et définitive des gloires du passé donne aux nations arrogantes de notre temps la sagesse que procure le sentiment de la faiblesse et de la crainte de Dieu !



[1] Notes sur Jérémie : Gilles Georgel : Edition Scripsi : page 92

[2] Les arbres dans l’Israël ancien : La Bible avec notes d’études archéologiques et historiques : page 1202 : Société Biblique de Genève