samedi 29 août 2020

EZECHIEL 22

 

V 1 à 12 : les crimes des habitants de Jérusalem

Le jugement que Dieu décide et prononce sur un groupe, une nation ou un individu n’a rien d’arbitraire. Il n’est pas l’expression de sa part d’un mouvement d’humeur ou d’un caprice de monarque contrarié. C’est un jugement qui repose entièrement et uniquement sur des faits. Aussi, pour le justifier, l’Eternel demande-t-il à Ezéchiel de dresser la liste des crimes, exactions et vices qui, dans la ville de Jérusalem, sont devenus pratique courante au point d’attirer sa colère.

Jérusalem est d’abord une ville peuplée de criminels. Le péché de Caïn, le premier meurtrier de l’histoire, y est pratiqué à grande échelle. Dans sa folie, l’aîné des fils d’Adam chercha à dissimuler son crime. Mais la terre, qui avait reçu le sang de son frère, témoigna contre lui devant Dieu : Genèse 4,10. Il en est de même pour la capitale de Juda. Les crimes commis ne sont peut-être pas tous connus. Mais aucune goutte de sang versée n’est inaperçue de Dieu.

Jérusalem est ensuite une ville idolâtre. Dans les maisons, à tous les coins de rue, le regard de Dieu est offusqué par la vue des entités auxquelles les hommes de Juda se fient pour leur salut. Le peuple de Dieu a complètement oublié son Dieu. Il ne s’en souvient que pour s’abuser lui-même en se persuadant qu’à cause de sa fidélité, il ne saurait l’abandonner. Mais, mis à part ce vain espoir auquel il s’accroche, il ne se soucie ni de lui, de ses lois ou de sa volonté. Il se fabrique une spiritualité à la carte qui n’exige de sa part ni affliction pour ses péchés, ni repentance, ni obéissance. Parce que ce peuple se moque de son Dieu, Dieu agira contre lui de manière à ce qu’il soit un sujet de risée et de moquerie pour les nations environnantes.

Jérusalem, ses dirigeants en premier, est une ville qui profane tout ce qui, aux yeux de Dieu, est sacré. En son sein, on ne respecte ni Dieu, ni son prochain. Les enfants méprisent les parents, les faibles, l’étranger, l’orphelin, la veuve, sont maltraités. Les jours de sabbats, réservés à Dieu, sont profanés. Chacun y mène ses activités comme bon lui semble. Plus personne n’a une parole fiable, sûre. Partout, ce ne sont dans les rapports humains que médisance et calomnies. Des pratiques impures et scandaleuses se commettent au sein des familles. Le beau-père couche avec sa bru, le frère viole sa sœur, on trompe sa femme avec celle de son prochain. Il n’y a plus de justice. Des jugement favorables sont rendus envers les coupables qui les monnayent à coup de pots-de-vin. Le bénévolat, le service gratuit et généreux de son prochain n’existent plus. Tout est affaire de profit et d’intérêts.

« A quoi bon vous frapper encore, se demandait l’Eternel au temps d’Esaïe ? Vous multipliez vos révoltes. La tête entière est malade et tout le cœur est souffrant. De la plante des pieds jusqu’à la tête, rien n’est en bon état : ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives qui n’ont été ni pansées, ni bandées, ni désinfectées : Esaïe 1,5-6. » Le constat établi par Esaïe à l’époque est aussi celui qu’Ezéchiel fait en son temps. Quand la correction ne produit aucun fruit, que reste-t-il à Dieu, si ce n’est le jugement ?

V 13 à 22 : le feu consumant de Dieu

A la lecture de la sévérité des jugements annoncés contre Jérusalem et les Ammonites dans le chapitre précédent, le lecteur pétri du relativisme ambiant de notre société ne peut qu’être outré. Où est le Dieu de miséricorde et de grâce dont nous parle l’Ecriture ? Comment Dieu peut-il se montrer si impitoyable dans sa colère ? Comment ici encore peut-il être si radical dans les châtiments qu’il se propose de mettre en œuvre contre son peuple ? La sévérité du jugement de Dieu tient à une seule cause : la passion jalouse que ce même Dieu a pour le bien, la pureté, la vérité et le respect de tout ce qui, à ses yeux, porte la marque du sacré. Si nous sommes un tant soit peu heurté par les arrêts de la justice de Dieu envers son peuple rebelle, que dirons-nous au regard de la croix ? Ici, ce n’est pas un impie, un idolâtre, un adultère que Dieu juge avec la plus extrême sévérité ! C’est le Fils, son Fils, sa joie infinie, qui faisait l’objet de son affection éternelle. Il le fait pour nous, à cause de nous, pour ne pas avoir à nous traiter selon ce que sa justice exige. Le feu de sa colère l’a consumé pour que nous vivions et que nous ne soyons pas détruits.

Pour l’heure, ce feu est réservé à Jérusalem. L’intensité de ce feu, comme déjà dit, n’a rien de capricieux. Il n’est pas le fruit de l’impulsion colérique d’un Dieu incapable de se contrôler dans ses émotions. Il est l’expression de l’indignation de Dieu, de sa passion jalouse pour tout ce qui est vrai, juste, noble, pur. Il est le feu que provoque la vue du péché dans le cœur très saint de Dieu. Il est la manifestation de la haine radicale de Dieu pour le mensonge, la trahison, l’impureté, l’idolâtrie qui est une usurpation de la gloire qui lui est due au profit d’entités qui sont des impostures. Le jugement du peuple de Dieu n’a pas valeur de destruction. Il a pour but la purification. Il est semblable à celui que pratique le fondeur qui utilise le feu pour séparer ce qui est vil de ce qui est précieux dans les métaux qu’il chauffe à blanc. Il est, lorsque l’impiété est à son comble, le seul moyen que Dieu dispose pour que, revenu de ses égarements, le peuple voit de nouveau qui est Dieu et Le reconnaisse pour ce qu’Il est ! Courbons-nous devant le Dieu saint ! Haïssons le mal qu’il hait et nous le connaîtrons comme un Dieu plein de bonté et de tendresse !

V 23 à 29 : le péché des chefs

Chaque été, dans plusieurs endroits du monde, des incendies majeurs se déclarent, ravageant tout sur leur passage. Ceux qui les combattent savent qu’un seul élément est capable des les endiguer ou d’atténuer leurs effets : l’eau. C’est pourquoi, outre les moyens humains engagés pour éteindre le feu, tous tournent leurs regards vers les cieux dans l’attente de la pluie bienfaisante qui mettra fin à la furie des flammes dévastatrices. Au temps de la colère de Dieu, les prophètes, les prêtres et les chefs du peuple sont ce qu’est l’eau pour la lutte contre les incendies. Malheureusement, Ezéchiel doit en faire le triste constat. Parmi les responsables politiques et religieux de la ville, il ne se trouve personne pour être cette source d’apaisement, de consolation et de salut pour le peuple. Au lieu d’être les porteurs de la parole de Dieu, les prophètes ne songent qu’à tirer profit de la situation pour eux-mêmes. Leur parole qui devrait apporter la vie, sème la mort. Tout ce qui compte à leurs yeux, en ces temps troublés, est de s’enrichir en exploitant la crédulité de ceux qui les écoutent. Les prophètes prétendent parler au nom de Dieu, alors qu’ils n’ont reçu de lui aucun message. Leur objectif n’est plus, comme le veut leur vocation, de dénoncer le péché, l’iniquité, pour appeler le peuple à la repentance, au retour à Dieu. Au contraire ! Ils ferment les yeux sur les exactions commises par les dignitaires et parmi le peuple. Ils dissimulent ce qui est laid, dégradé et qui demande à être restauré en le recouvrant d’un crépi illusoire. Au nom de Dieu, les prophètes relativisent la gravité de la situation. Ils rassurent et raniment l’espoir d’une issue heureuse à la situation, séduisant et trompant les âmes sur ce qui, en réalité, les attend. Du côté des prêtres, Ezéchiel fait la même expertise. Enseignants de la loi, les prêtres ont pour mission d’aider le peuple à tendre vers la sainteté. C’est à eux que l’on s’attend pour expliciter les commandements de Dieu. Par leur enseignement, les prêtres travaillent à aiguiser le discernement des simples. Il les aide à distinguer entre ce qui est pur et ne l’est pas, ce qui est vil, méprisable et ce qui est noble, digne de louange. Mais les prêtres ont démissionné. Ils sont, eux, les gardiens du respect de la loi, les premiers qui la profanent. A leur suite, les chefs politiques se conduisent parmi le peuple, comme des prédateurs. Au lieu d’être les protecteurs des faibles, ils versent le sang, pratiquent le meurtre ciblé pour en tirer des profits malhonnêtes. Que peut-on attendre d’un peuple dont les chefs, à tous niveaux, sont corrompus, si ce n’est l’exaction, la violence, le vol ou la rapine ?

V 30 et 31 : avis de recherche

Bien que la situation soit extrême, elle n’est pas perdue pour autant. Il suffit à Dieu de trouver un homme parmi tout le peuple qui se tienne sur la brèche et construise un mur pour que le jugement soit endigué. C’est ici l’avis de recherche que Dieu émet. Alors que les anges étaient en route pour consumer Sodome, nous nous souvenons que Dieu ne put se résoudre à juger la ville sans en référer à son ami Abraham. Dès qu’il en eut connaissance, celui-ci intercéda pour la ville condamnée. Dieu écouta Abraham. Il consentit à l’épargner s’il trouvait dix justes en son sein : Genèse 18,32. Ce témoignage ancien nous atteste que ce n’est jamais par plaisir que Dieu déverse sa colère et fait périr des hommes. Il doit s’y résoudre parce qu’il n’y a plus rien qui, en travers de son chemin, peut la détourner. Ce témoignage ancien atteste également qu’il n’y a pas une égalité de proportion entre ce qui fait pencher la balance du côté de la grâce ou de la colère. Dieu annonce ici qu’il ne cherche pas une foule, mais un homme, un seul dont la piété ait suffisamment de poids pour incliner son cœur à la clémence.

L’avis de recherche de Dieu énoncé ici nous rappelle que ce n’est pas à cause de la justice et de la piété d’une majorité que le monde subsiste. Le sursis que connaît le monde au sujet de son jugement tient à la minorité des saints qui intercèdent et plaident devant Dieu pour lui.

« Telle est la signification des hommes pieux dans le monde. Dans le jugement, ils sont les agents de chaque nouveau commencement et témoignent de l’unité du plan salvateur. C’est à travers ce petit troupeau que le grand salut manifeste sa cohérence et sa continuité organiques. Ce sont eux seuls, les insignifiants de la terre, qui sont l’humain fondement d’une rédemption rendue ainsi possible. Sans eux, chaque élément de la révélation tomberait en pièces. Facteurs apparemment superflus dans les affaires du monde, ils sont, en fait, les co-ouvriers de Dieu à travers qui le monde est déterminé quant à sa continuation et à son organisation finale. Leur marche avec Dieu sauve l’avenir du monde. Ils sont les vrais porteurs de l’histoire en général et, dans l’Ecriture, les véhicules de la chronologie du monde.[1] »

Ce qui est vrai pour les peuples l’est aussi pour l’Eglise. L’Eglise est dans ce monde la colonne et l’appui de la vérité : 1 Timothée 3,15. Elle ne subsiste localement que si elle remplit ce rôle. Le chandelier qu’elle représente peut, s’il n’exerce plus sa fonction, s’éteindre ou disparaître : Apocalypse 2,5. Dieu veut faire de nous des maçons qui élèvent des murailles. Il nous donne la mission d’ériger des barrières de protection contre sa juste colère contre le péché. Il ne s’agit pas pour nous seulement de prier, mais de poser des fondements, de sécuriser le peuple de Dieu en lui apprenant à se tenir dans la justice, la vérité et la sainteté. Il veut que là où se trouvent des brèches nous agissions pour les colmater. Il s’agit de fermer les ouvertures qui donnent à la colère de Dieu l’opportunité légitime de sévir. Il nous appelle ensemble à nous juger de manière à ce qu’il ne soit pas contraint de le faire : 1 Corinthiens 5,12-13 ; 11,30 à 32. Qu’à l’exemple de Jésus, animé d’un zèle passionné pour la maison de Dieu, nous exercions avec fermeté notre ministère de gardien de la maison de Dieu afin d’y ôter les scandales qui en font la honte : Jean 2,13 à 17.



[1] Erich Sauer : L’aube de la rédemption : Editions « La voix de l’Evangile »

lundi 24 août 2020

EZECHIEL 21

 

V 1 à 4 : destruction de la forêt du sud

Prophète de l’Eternel, Ezéchiel est appelé une nouvelle fois à adresser de sa part un message à son peuple. Par l’intelligence que Dieu lui donne, le prophète reçoit des visions qui dépassent largement le cadre du présent dans lequel il se situe. Mais celui-ci n’aurait que peu de crédibilité s’il ne parlait à ses contemporains que de temps éloignés qui ne le concernent pas. Le vrai prophète a, non seulement une parole pour l’avenir, mais aussi un message pour l’aujourd’hui. Tel était Ezéchiel, mais aussi Esaïe, Jérémie, Zacharie, Joël… dont le ministère était marqué du sceau de l’Eternel par ce double volet.

Le message dont est porteur ici Ezéchiel n’est pas ambigu. Il est clairement ciblé. Il s’adresse à la forêt qui se trouve près du Néguev, dans le territoire de Juda. La terminologie employée par Ezéchiel pour s’adresser à ce qui reste d’Israël ne relève pas du hasard. Comparée au reste du territoire, abandonné, déjà livré au roi de Babylone, la forêt verdoyante de Juda fait figure d’îlot de vie. Elle est le symbole de ce qui tient encore et résiste à la puissance conquérante et destructrice de l’ennemi. Ezéchiel le dit : les jours de Juda sont désormais comptés. Un incendie majeur va se déclarer au sein de la forêt verdoyante et la réduire en cendres. Le feu sera si virulent qu’aucun arbre, qu’il soit encore vert où déjà sec, n’y survivra. La forêt était faite d’arbres majestueux, centenaires, à l’ombre desquels grandissaient de jeunes pousses prometteuses. Le ravage de la futaie sera total, consternant tant les habitants du pays que tous, sans en douter, comprendront que seul l’Eternel pouvait en être l’auteur.

Même si l’on adhère à la vérité de la souveraineté absolue de Dieu sur toutes choses, certains malheurs nous font dire que leur cause est due à une certaine malchance. Si tel comportement avait été un tant soit peu différent, les choses se seraient passées autrement. A d’autres occasions, la calamité est si grande et l’impuissance de l’homme si manifeste que la même conclusion est tirée par tous : nous n’avons pas affaire ici à quelque chose d’humain, mais de divin. Le temps alors n’est plus à la discussion, mais à l’écoute. Quel message Dieu veut-il nous faire passer ?

V 5 : signe d’apostasie

La radicalité et la précision de l’annonce d’Ezéchiel au sujet de la destruction par le feu de la forêt du sud du pays, bien qu’effrayante, ne tombaient pas pour les Israélites qui l’entendirent sur un sol vierge. La dévastation n’avait-elle pas déjà atteint la majeure partie du territoire ? Dix des douze tribus d’Israël n’étaient-elles déjà pas parties en captivité ? Malgré ces évidences, Ezéchiel ne fut pas cru. On le prit pour un affabulateur. « Ezéchiel raconte des histoires, disait-on ! Il veut nous effrayer. Ce qu’il nous prophétise ne se produira pas ! Comment Dieu permettrait-il que le reste du pays qu’il a donné à son peuple disparaisse ? »

La réaction des contemporains d’Ezéchiel rejoint celle que l’on rencontre ailleurs dans l’Ecriture. Plus le temps du jugement se fait proche, plus il suscite à son annonce l’incrédulité de la majorité. « Sachez avant tout, prévient l’apôtre Pierre, que dans les derniers jours viendront des moqueurs pleins de raillerie. Ces hommes vivront en suivant leurs propres désirs et diront : « Où est la promesse de son retour ? En effet, depuis que nos ancêtres sont morts, tout reste dans le même état qu’au début de la créations ? » : 2 Pierre 3,3-4. » L’incrédulité foncière des moqueurs, face à l’imminence du malheur qui les attend, n’est pas le fait du hasard. Elle résulte, selon Paul, d’un aveuglement dû au refus de la vérité : 2 Thessaloniciens 2,10 à 12. C’est un signe récurrent de l’apostasie qui a gagné les cœurs !

V 6 à 22 : l’épée du carnage

Nous ne savons pas si l’incendie de la forêt du sud s’est réellement passé. Ce qui est certain est que la réalité qu’il figurait, la destruction du royaume de Juda, s’est accomplie. Moqué, Ezéchiel aurait pu en rester là. Puisque le peuple ne veut pas entendre ce que l’Eternel veut lui dire, qu’il se débrouille avec lui ! Sous l’inspiration de son Dieu, le prophète va reprendre la parole. Il va se faire plus direct. Puisque l’annonce figurée du désastre qui vient ne bouleverse pas les cœurs, Ezéchiel va ôter l’enrobage sous lequel il a présenté son message pour parler crûment. Ce n’est pas à l’incendie d’une forêt auquel le peuple doit s’attendre, mais au carnage du reste qui se trouve à Jérusalem. Car le temps de la patience de Dieu envers Juda est arrivé à son terme. L’épée aiguisée de Dieu est sortie de son fourreau. Placée dans la main du tueur (Babylone), elle ne fera pas de quartier. Elle frappera tout ce qui se trouvera sur son chemin, le juste comme le méchant, le prince comme le manant. Le sceptre de bois qui se trouve dans la main du roi ne lui sera d’aucune utilité. L’épée de fer brisera le bois. Après le temple, c’est le trône royal qui sera abattu, dernier vestige de la gloire du royaume. Porteur de ce message de jugement, Ezéchiel ne le délivre pas froidement. Une fois de plus, le prophète est le premier que la parole qu’il est chargé de délivrer, remue. Ezéchiel gémit. Plié en deux, rempli d’amertume, il souffre d’avance la souffrance que va connaître son peuple. L’incarnation de la parole reçue qu’exprime le prophète n’est pas feinte. Elle est voulue par Dieu pour donner plus de poids et de crédit aux mots qui en forment le contenu. Elle prélude celle qui se manifestera plus tard en Jésus, témoin en chair et en os de la volonté de réconciliation de Dieu avec les hommes.

L’unité visible vécue par Ezéchiel avec son message nous interroge. La parole de Dieu n’est-elle pour nous qu’une matière d’étude ou affecte-t-elle nos âmes au plus profond d’elles-mêmes ? Si oui, ceux qui nous écoutent s’en aperçoivent-ils ? Nous sentent-ils remués jusqu’au tréfonds de notre être lorsque nous leur parlons du jugement qui vient et de la perdition qui s’ensuit : cf Actes 24,25 ? Sommes-nous à l’écoute de Dieu ? Comprenons-nous que le temps actuel de paix ne durera pas, que le jour vient où le terme de la patience de Dieu envers les nations rebelles sera atteint ? Nous préparons-nous en vue de cette échéance ? Visite-nous, ô Dieu, et que nos cœurs soient tout entiers pénétrés par la pensée de Ta gloire !

V 23 à 28 : divination inspirée…

Alors que le peuple continue à se berner d’illusions, Ezéchiel est invité par l’Eternel à visualiser ce qui se passe du côté du roi de Babylone. Placé depuis son quartier général à un carrefour, le roi de Babylone est dans l’expectative. Entre deux directions, il ne sait vers où aller pour lancer ses expéditions guerrières. L’une des voies possibles le conduit à Jérusalem, l’autre vers Rabba, la capitale des Ammonites. Indécis, le souverain fait appel, selon sa pratique courante, à la divination et consulte ses idoles. Il veut se laisser guider dans ses choix par les présages les meilleurs. Or, ceux-ci sont formels. Ils indiquent que c’est à Jérusalem que le roi de Babylone doit se rendre. La flèche étiquetée du nom de Jérusalem, prise par la main droite, l’atteste. Pour autant, le peuple continue à réfuter les prédictions d’Ezéchiel. « Le roi de Babylone, pense-t-il, peut consulter qui il veut et avoir pour lui tous les présages indicatifs de la volonté de ses dieux. Le peuple de Juda a pour lui en gage le serment prêté par l’Eternel lui-même envers eux, le serment des serments. Il n’y a donc aucun lieu de craindre l’invasion du roi de Babylone. »

La révélation par Ezéchiel de ce qui se passe chez le roi de Babylone est didactique pour le peuple de Dieu de bien des manières. Le premier enseignement qu’il devrait apprendre de lui est, qu’au lieu de se fier à son propre jugement, le peuple de Dieu ferait bien lui aussi de consulter son Dieu. Certes, le roi de Babylone questionne des dieux qui n’en sont point. Mais il a l’humilité de reconnaître que l’issue de la bataille ne lui appartient pas, mais à eux. Juda, qui a oublié les termes de l’alliance qui le lie à son Dieu, agit à l’opposé avec suffisance. Il ne se souvient pas que l’appui de son Dieu ne lui est pas acquis, mais est conditionné par son obéissance à ses lois. Le second enseignement qu’il peut apprendre ici touche à l’intelligence que le peuple de Dieu devrait avoir de la situation globale dans laquelle il se trouve. Plutôt que de nier le danger, il devrait s’y préparer. La première cause de défaite dans une guerre tient souvent à la méconnaissance de son ennemi et à une surestimation de sa force. Dans le cas présent, la faute de Juda a pour cause son aveuglement spirituel, une présomption coupable qui a faussé dans son esprit la réalité de sa situation face à Dieu. Pour l’en guérir, Dieu ne pouvait faire qu’une chose : donner contre Juda la victoire au roi de Babylone. Il apprendra ainsi que, dans son péché, Dieu n’est plus avec lui, mais contre lui.

V 29 à 32 : jusqu’à la venue de Celui…

Si le jugement qui arrive sur Juda est le fait de l’Eternel, le royaume et ses dirigeants sont les premiers responsables de sa décision. Que ce soit Sédécias, le roi, ou le peuple, tous, malgré les multiples avertissements reçus, ne feront rien pour que la menace qui pèse sur eux soit ajournée. Chacun continue dans la voie mauvaise dans laquelle il se trouve. Les iniquités de tous se pratiquent au grand jour. On aperçoit dans le pays ni honte, ni l’amorce d’un début de changement d’état d’esprit, ni la moindre disposition à la repentance. C’est le péché pratiqué sans rougir, à la vue de tous, étalé au grand jour, qui attire invariablement le jugement de Dieu. L’iniquité à son comble (cf Genèse 15,16), le jugement devient la seule mesure qui peut rendre possible un nouveau commencement.

Parce qu’il est assis sur le trône de Juda, Sédécias, investi de plus par le roi de Babylone (2 Rois 24,17), porte une responsabilité particulière au sujet de ce qui va advenir. Sans lui, certes, le royaume n’aurait pas survécu. Mais ici, et avec lui, c’est le principe même de la royauté qui va être aboli. La royauté en Israël, souvenons-nous en, avait débuté avec Saül sur la demande expresse du peuple qui voulait être gouverné comme l’étaient toutes les nations : 1 Samuel 8,4. Samuel, le prophète, y était opposé. Il voyait dans la demande du peuple un rejet de la théocratie, système qui faisait de Dieu le souverain d’Israël. Ce n’est que sur l’ordre de Dieu qu’il y consentit, non sans avoir averti Israël des suites malheureuses inéluctables qu’engendrerait le nouveau système : 1 Samuel 8,6 à 18. En Sédécias, s’incarnent à la fois l’inévitable dérive auquel aboutit ce système et la nécessité d’y mettre fin. Désormais, annonce Ezéchiel, le trône de Juda sera vide. La tiare et la couronne seront ôtées de la tête de Sédécias pour ne plus être posée sur aucune autre… jusqu’à ce que vienne Celui à qui appartient le jugement qui les coiffera de nouveau. La prophétie d’Ezéchiel formulée ici ne sort pas du néant. Elle est la réitération de celle prédite par Jacob, le père de la nation : Genèse 49,10. C’est en Jésus-Christ, descendant de Juda, qu’elle s’accomplira : Matthieu 1,2. Lui seul sera à la fois le roi et le grand-prêtre d’Israël, sacerdoces tous deux perdus au temps d’Ezéchiel : Hébreux 7,14.

V 33 à 37 : prophétie au sujet des Ammonites

 Nebucadnetsar, conduit par les présages tirés de ses pratiques divinatoires, ayant choisi de s’attaquer à Juda en priorité, épargna les Ammonites. Pour autant, ceux-ci ne sont pas tirés d’affaire. Le jugement des fils d’Ammon, s’il est reporté, n’est pas annulé. L’heure vient où, après que Juda l’a été, les Ammonites passent à leur tour au fil de l’épée. Ils recevront, de par Dieu, le salaire que méritent leurs insultes à son égard. Si la justice de Dieu n’épargne pas son peuple élu, elle ne saurait être plus clémente envers les nations qui lui sont hostiles. C’est le cas des Ammonites qui, dès le début de l’histoire d’Israël, se sont positionnés comme ennemis de la nation nouvelle : Amos 1,13 à 15. La joie des fils d’Ammon à la vue de la destruction de Juda par les armées babyloniennes sera de courte durée : Ezéchiel 25,3. Selon l’historien Josèphe[1], 5 ans après Juda et la ruine de Jérusalem, Nebucadnersar lèvera ses armées contre les fils d’Ammon et fera de leur capitale un désert : Ezéchiel 25,5.

 Il arrive souvent que le monde se réjouisse des malheurs du peuple de Dieu. Il ne le devrait pas. Ceux-ci sonnent en effet comme un avertissement pour lui. Le jugement de Dieu commence souvent par sa propre maison : 1 Pierre 4,17. Mais il ne s’arrête pas là. Le malheur qui frappe les uns jusqu’à la mort est un appel de Dieu pour les autres à se repentir : cf Luc 13,1 à 5. Tôt ou tard, chacun a rendez-vous avec la justice de Dieu. Face au châtiment de Dieu, le peuple de Dieu peut garder espoir. Dans sa fidélité, Dieu lui fera grâce et le restaurera. Autre est la perspective qui attend les rebelles. Il n’y a pour eux ni salut, ni espérance quand la colère de Dieu se lève pour sévir contre eux.



[1] Antiquités Juives 10 : 9,7

vendredi 31 juillet 2020

EZECHIEL 20

Reconnu comme prophète de l’Eternel, Ezéchiel reçoit la visite des anciens de la communauté d’Israël en vue d’une consultation de leur Dieu. Que veulent-ils connaître de sa part ? Quelles inquiétudes les portent à entreprendre cette démarche ? Nous ne le saurons pas. D’entrée de jeu, Ezéchiel leur fait valoir la réponse de Dieu à leur souhait. Elle est un fin de non-recevoir. Pour autant, le refus net et catégorique de Dieu d’entrer en discussion avec les anciens d’Israël n’équivaut pas à un silence. Dieu a, au contraire, beaucoup de choses à leur dire. Les anciens d’Israël présents devant le prophète ne sont pas les représentants de leur propre personne, ni même de leur génération. Ils sont les successeurs de ceux qui, depuis des siècles, les ont précédés. Peut-être sont-ils préoccupés de connaître ce qui va se passer pour eux en leur temps. Mais ce n’est pas sous cet angle que Dieu les considère. Dieu ne peut leur parler d’avenir sans que le passé, qui les a conduits dans la situation dans laquelle ils sont, soit réglé. Puisqu’ils sont venus consulter Dieu, que les anciens d’Israël se taisent et écoutent ! Qu’ils entendent ce que Dieu a à reprocher au peuple dont ils sont les mandataires ! Aux yeux de Dieu, l’avenir, pour exister, ne peut faire fi d’un passé fait de dettes accumulées. C’est à la miséricorde et à la patience infinies de Dieu qu’Israël doit sa survie jusque-là. Avant de parler d’espérance, un inventaire chronologique précis, détaillé doit être fait des contentieux qui pourrissent la relation du peuple de Dieu avec son Dieu. C’est à cela qu’Ezéchiel, conduit par l’Eternel, va ici se donner.

V 5 à 9 : le temps d’Israël en Egypte

C’est à l’Eternel seul qu’Israël doit son élection en tant que peuple choisi entre tous pour être son peuple. Cet engagement unilatéral, pris par Dieu au temps d’Abraham, incluait non seulement les pères, mais tous les descendants de la famille de Jacob. Mis à part par Dieu, Israël ne doit son existence et sa particularité qu’à la révélation dont il a été l’objet dès sa naissance. La foi d’Israël est la foi reçue par ses pères le jour où Dieu s’est fait connaître à eux et les a appelés. Le Dieu d’Israël a pour nom le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Peuple mis à part, Israël a vécu longtemps sans terre. Dès l’origine cependant, la promesse d’un pays fut incluse dans l’appel adressé à Abraham : Genèse 12,2 ; 17,8. Exilé en Egypte, les fils d’Israël se sont multipliés, formant un peuple nombreux. Etrangers sur la terre du Pharaon, ils étaient appelés à vivre dans l’espérance de la réalisation des promesses de Dieu pour eux.

Ce ne fut pas le cas. Lisant le début de l’Exode, nous courrons le risque de ne garder du séjour d’Israël en Egypte que le rude joug de l’esclavage auquel il a été astreint. L’inventaire de Dieu témoigne d’autre chose. Il rend compte ici déjà de l’infidélité des Israélites à l’égard de leur Dieu. Séduits par les idoles de l’Egypte, les Israélites se sont mis à imiter les abominations commises dans le pays. Si leur libération du joug pesant du Pharaon se produisit, elle ne fut due qu’à la grâce de Dieu et à sa fidélité au engagements pris au temps des pères. Dieu a agi ici en faveur d’Israël, non pas à cause de lui, mais en raison de sa gloire et de sa réputation parmi les nations, liées désormais au devenir de son peuple.

Ce premier point évoqué nous met en garde contre le danger, dans notre lecture de la Parole de Dieu et de l’histoire, du révisionnisme. Parce que nous sommes pécheurs, nous avons tendance à nous présenter face à Dieu comme des victimes de qui il a eu pitié. Là n’est pas la vérité. Nous sommes d’abominables rebelles qui méritaient la juste condamnation de Dieu, et qu’il a sauvé par pure grâce. Oui ! Nous étions esclaves, asservis au joug de Satan, notre Pharaon. Mais nous n’étions pas innocents du malheur qui était le nôtre. Si nous n’en sommes pas convaincus, la suite de l’inventaire dressé ici par Dieu nous en convaincra.

V 10 à 20 : dans le désert

Nul doute que le désert dans lequel Dieu conduit Israël dès sa sortie d’Egypte n’est pas le cadre rêvé pour goûter à la liberté dans laquelle il vient d’entrer. Mais ne considérer que cette réalité, c’est faire abstraction de tout ce que Dieu a donné comme preuves de sa bonté envers son peuple. La sortie d’Israël d’Egypte nous est présentée dans toute l’Ecriture comme l’événement fondateur de la nation hébraïque. Elle fut marquée par des prodiges d’une telle puissance qu’aucun récit n’en rapporte d’identique pour aucun peuple : Deutéronome 4,34. L’entêtement du Pharaon suivi des 10 plaies qui l’obligent à céder à la volonté de Dieu, le passage de la mer Rouge qui assure le salut d’Israël et provoque la destruction de l’armée égyptienne, démontrent à Israël et aux peuples environnants qui est le Dieu qui a fait alliance avec lui. La manifestation de la puissance de Dieu n’est pas l’unique révélation donnée à Israël. Dans le désert, il reçut également du haut du Sinaï ses bonnes lois, ses règles et ses commandements par lesquelles l’homme vit s’il les met en pratique. L’épître aux hébreux et le récit de l’Exode nous rapportent la frayeur que connut le peuple à la vue des terribles phénomènes qui se produisirent à ce moment : Exode 19,16 à 23 ; Hébreux 12,18 à 21. Par la loi, Dieu concrétisa une nouvelle fois l’alliance par laquelle il s’unit à son peuple, alliance qu’il confirme par le don du sabbat. Ainsi, même si le désert est devant eux, les Israélites ont reçu avant d’y entrer maintes preuves de l’engagement de leur Dieu à assurer leur salut et leur bonheur.

Toutes ces marques d’attention de Dieu envers son peuple ne suffisent malheureusement pas à l’attacher à lui. Né rebelle, Israël le reste tout au long de sa marche dans le désert. Non seulement le peuple doute et murmure contre son Dieu à chaque difficulté, mais il ne garde pas les préceptes recommandés par la loi. Il s’adonne, comme il en avait coutume à l’idolâtrie. « M’avez-vous offert des victimes et des sacrifices pendant 40 ans au désert, communauté d’Israël, questionne Dieu des siècles plus tard ? Vous avez porté la tente de Moloc et l’étoile de votre dieu Remphan, ces images que vous avez faites pour les adorer : Amos 5,25-26 ; Actes 7,42 et 43. » Ont-ils respecté le sabbat que Dieu leur a donné comme un jour à part lui étant consacré ? L’épisode de la manne y répond : Exode 16,27 à 29. Le récit de l’Exode témoigne qu’à de multiples reprises Dieu aurait pu abandonner son peuple et le livrer à sa colère pour qu’il périsse dans le désert. Mais, à cause de son nom, il ne le fait pas. Dieu a promis de conduire Israël dans un pays d’abondance où il aura à portée de main tout ce dont il a besoin pour vivre. Il se doit de le faire. Dieu a engagé sa réputation auprès des autres nations en l’arrachant de l’Egypte. Il ne peut le délaisser en cours de route. Dieu laissera la génération sortie d’Egypte périr dans le désert, mais renouvellera sa promesse à leurs fils, les incitant à se désolidariser de l’attitude rebelle de leurs pères. La suite montre si les espoirs de Dieu seront déçus ou récompensés.

La traversée du désert est riche d’enseignements pour nous. Elle nous rappelle qu’aucun miracle extérieur produit par Dieu n’a le pouvoir de changer la nature intérieure de l’homme. Les Israélites du temps de Jésus virent des prodiges inouïs s’opérer sous leurs yeux. Pour autant, la plupart restèrent incrédules, allant même jusqu’à réclamer la mort du Messie que Dieu leur avait envoyé. « Il faut que vous naissiez de nouveau, assure Jésus à Nicodème, un chef des Juifs : Jean 3,7. » Il y a là une nécessité que toutes les pérégrinations d’Israël dans le désert attestent.

V 21 à 26 : les fils des pères de la nation

On pourrait croire que, témoins du jugement dont ont été l’objet leurs pères incrédules, les fils de la 1ère génération sortie d’Egypte, en prennent acte. Il n’en fut rien. Dans le désert, les fils reproduisirent les mêmes comportements que leurs pères. Non seulement ils ne respectent pas les règles que leur prescrit la loi de leur Dieu, mais ils commettent sous ses yeux des abominations plus grandes encore que celles de leurs pères, allant jusqu’à offrir en sacrifice leurs propres enfants à ce qu’ils croient être Dieu. Ici, témoin d’un tel extrême, la question se pose : comment le peuple de Dieu peut-il être à ce point mystifié qu’il ne voit pas le caractère monstrueux de ses actes ? Comment un peuple qui a connu Dieu en arrive-t-il à déformer le sens de ses paroles au point de faire le contraire de ce qu’il ordonne, tout en croyant lui obéir ?

La réponse nous est donnée par Paul dans le Nouveau Testament. L’égarement dans lequel peut tomber un peuple, ou des membres de celui-ci, n’est jamais le fait du hasard. Il est le résultat du refus persistant d’entendre et de pratiquer la vérité connue et révélée. La connaissance de Dieu, dit Paul, est accessible par ses œuvres à toutes les créatures. Pour la nier, la plupart se sont égarés dans leurs raisonnements et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres… C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté… à leur sens réprouvé, à des passions déshonorantes, à leur intelligence déréglée… : Romains 1,21 à 30. L’égarement dans lequel tombent certains hommes n’est pas le résultat d’une simple faiblesse d’esprit. Elle est le fait d’une puissance d’erreur qui saisit l’esprit de ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité qui les aurait sauvés : 2 Thessaloniciens 2,10. Oui ! Le pire spectacle qui puisse nous être donné de voir dans ce monde ne nous est pas donné par les athées. Il est celui des extrêmes insensés dans lesquels un peuple religieux, qui refuse d’écouter Dieu, est capable d’aller.

Le récit de l’histoire d’Israël depuis sa sortie d’Egypte jusqu’à l’époque d’Ezéchiel couvre des siècles d’histoire. Mais celle-ci, au fur et à mesure de sa réalisation, n’a rien de surprenant. Sa perspective a déjà été dessiné dans le désert. Puisqu’Israël s’obstine à contredire systématiquement les attentes de Dieu à son sujet, Dieu lui-même l’avertit : la bénédiction promise, dans laquelle il veut le faire entrer, finira par lui échapper. Parce que l’Eternel s’y est engagé, Israël occupera son pays. Mais il n’y demeurera pas. Sa rébellion l’en chassera et les Juifs n’existeront plus sous la forme d’une nation, mais d’un peuple dispersé, éparpillé parmi tous les peuples. Dès le début, le peuple de Dieu est prévenu. Il ne peut subsister que dans la mesure où il obéit à son Dieu. Que la leçon que nous donne l’histoire d’Israël soit sans cesse présente devant nos yeux et gravée pour notre salut dans nos cœurs !

V 27 à 30 : les infidélités du peuple à Canaan

Comme promis, Dieu fit entrer Israël dans le pays qu’il avait préparé pour lui. A l’image des deux étapes précédentes (la sortie d’Egypte, la traversée du désert), l’entrée d’Israël dans le pays de Canaan fut l’occasion pour lui de voir se déployer la puissance de Dieu de manière extraordinaire. Le pays promis par Dieu, en effet, n’était pas vide, mais occupé par sept peuples plus puissants que lui : Deutéronome 7,1 ; Actes 13,19. Pour qu’Israël s’y installe, il n’avait pas d’autre choix que de les chasser et les détruire. Les batailles furent nombreuses. Israël apprit que pour vaincre, il ne devait pas s’appuyer sur sa force, mais sur celle de Dieu. Avec Dieu, il fit des exploits. Aucune forteresse ne fut inexpugnable, aucun peuple ne put tenir contre lui, lorsque la main de Dieu agissait pour lui. La conquête de Canaan s’acheva en quelques générations et Israël habita le bon pays que Dieu, dans sa grâce, lui avait réservé.

Au regard des actions répétées de Dieu en sa faveur depuis la sortie d’Egypte, il est légitime d’attendre d’Israël, parvenu au but, une reconnaissance marquée par le désir profond d’honorer son Sauveur. « Quand l’Eternel t’aura fait entrer dans le pays des Cananéens, des Héthiens, des Amoréens, des Héviens et des Jébusiens, qu’il a juré à tes pères de te donner, pays où coulent le lait et le miel, tu rendras ce culte à l’Eternel dans ce même mois », avait prescrit Moïse à Israël avant le passage de la Mer rouge : Exode 13,5. La vocation première d’Israël, parmi toutes les nations, était d’être le peuple qui adore et vénère le vrai Dieu. Pour se faire, des fêtes avaient été instituées rappelant les grandes délivrances de Dieu en sa faveur. Des instructions précises avaient été données à Moïse et Aaron sur la façon dont Dieu devait être servi et célébré. Mais, à l’image des générations précédentes, les fils d’Israël en Canaan se corrompirent. A la place d’adorer Dieu dans le lieu qu’il avait choisi pour y mettre son nom, les enfants d’Israël investirent tous les hauts lieux du pays pour offrir leurs sacrifices aux idoles qui, à leurs yeux, symbolisaient la fertilité et la fécondité. Ils reproduisirent dans le pays les mêmes monstruosités que leurs ancêtres idolâtres. Une nouvelle fois, l’infidélité gagna Israël qui se prostitua, dans la terre que Dieu lui avait donnée, à de multiples divinités. Aussi, interroge Dieu, est-ce le temps pour les anciens de la communauté de le consulter ? N’a-t-il pas déjà maintes fois démontré sa longanimité envers eux ? Que veulent-ils demander de plus qu’ils n’aient déjà reçu à multiples reprises ? Le temps de la patience et du dialogue est clos. Un autre est à la porte pour lequel les anciens feraient bien de se préparer.

V 32 à 38 : châtiment et purification

En conclusion du réquisitoire dressé contre Israël, l’Eternel met le doigt sur la véritable cause de sa rébellion récurrente à son égard. Par son élection, le peuple de Dieu est lié à son Dieu. L’alliance qui les unit l’un à l’autre établit entre eux des obligations. Israël est le peuple choisi de Dieu pour le révéler au monde. Il est à cet effet l’objet de sa bonté et des ses faveurs. Mais la contrepartie nécessaire à cette grâce est qu’Israël n’est pas libre de ses mouvements. Israël appartient à Dieu et, en tant que peuple, est appelé à vivre sous son gouvernement et sa loi. C’est contre cette disposition que, dans toutes les générations, les Israélites regimbent. Que Dieu soit le Dieu de leur salut et de leur délivrance, ils s’y accommodent volontiers. Mais que Dieu leur impose son autorité, ils le refusent. Ils veulent, à l’image des autres nations, choisir eux-mêmes les dieux qu’ils veulent servir. Ils récusent le fait d’avoir à rendre compte à ce Dieu qui les a rachetés.

Au regard de l’inventaire des faits, la tragédie qu’est l’histoire d’Israël depuis sa naissance tient en résumé à une seule chose : son refus d’assumer les contraintes liés à son statut de peuple élu de Dieu. Israël, qu’il le veuille ou non, est un peuple mis à part par Dieu. Sa destinée ne lui appartient pas, elle sert uniquement au dessein de Dieu. Comme il en est pour le peuple de la Nouvelle Alliance, Israël doit macher avec Dieu pour être libre. Il doit soumettre sa nature rebelle aux injonctions et à la puissance de Dieu, sans quoi il ne peut y avoir que heurts, souffrances et luttes : cf Galates 5,16 à 18. Le plan de Dieu à son égard doit s’accomplir. Il ne pourra l’être que si Israël est mâté.

Aussi Dieu annonce-t-il aux anciens de la communauté venus le consulter ce qui va se produire dans l’avenir. Malgré leur volonté d’autonomie et d’indépendance à son égard, Dieu régnera avec puissance sur eux. Il le fera dans un premier temps en exécutant à leur encontre les malédictions inhérentes à la loi. Israël veut être libre de son Dieu. Il va goûter par la dispersion parmi les peuples ce que cela signifie d’être privé de sa présence. Là, dans le désert, Dieu va les juger. Comme le berger sépare les brebis et les boucs, Dieu va faire le tri entre tous ceux qui sont issus d’Israël. Parce qu’il n’a rien appris de l’histoire, Israël va revivre l’épisode de l’exode dans le désert à une plus grande échelle. Le châtiment finira par porter son fruit. Mis sous discipline, Israël reviendra à son Dieu et renouera avec lui. La sélection opérée, seuls ceux qui seront entrés dans les liens de l’alliance retourneront dans le pays pour participer à sa reconstruction et à sa restauration finale. Les autres ne pourront vivre ni dans les pays où ils sont étrangers, ni dans leur propre terre. Ils forgeront au milieu des peuples la légende du Juif toujours errant.

Comme Israël, les rachetés de Dieu parmi les nations forment ensemble son peuple élu. L’élection est une faveur insigne. Elle nous confère un statut au devenir inimaginable. Mais elle ne peut se vivre dans la plénitude de ce qu’elle inclut que dans la mesure où elle s’accompagne d’une joyeuse soumission à la royauté de Dieu et de son Christ. Toute rébellion ne peut conduire qu’au malheur, à la souffrance et à la sévère discipline de Dieu. Que Dieu nous donne chaque jour la grâce de revenir à lui et de nous réjouir, comme la jeune mariée, des liens qui nous unissent à notre Epoux céleste.

V 39 à 44 : promesses de rétablissement

Quel avenir attend Israël ? Si c’était là la question que voulaient poser les anciens de la communauté, ils en auront, malgré le refus de l’Eternel de les entendre, la réponse. Quoi que le peuple fasse, le futur d’Israël ne dépend pas de lui. Il est entièrement suspendu à la volonté de Dieu qui, dès l’origine, a porté ses regards sur lui pour en faire son peuple. Or, lorsque Dieu décide quelque chose, rien, ni personne, pas même la résistance que lui opposent les intéressés, ne peut rendre caduque la réalisation de son projet. Ce fait est la raison première pour laquelle l’Eternel refuse d’écouter les anciens. L’œuvre de Dieu n’est et ne sera jamais la réponse consentie de Dieu aux désirs des hommes. Elle n’est pas la résultante d’un dialogue qui aboutit à un compromis entre Dieu et l’homme. L’œuvre de Dieu s’accomplit par la capacité de Dieu seul à réaliser les projets de son cœur.

Puisque le cœur du peuple n’est pas disposé à se soumettre à son autorité, Dieu ne le retient pas. Que le peuple continue à adorer ses idoles de bois et de pierre ! Cela ne gêne en rien ce qui se passera à la fin des temps. Car l’heure vient où le peuple lui-même va se prendre en dégoût pour ses turpitudes. L’heure vient, où de toutes les contrées où il avait été dispersé, le peuple de Dieu va revenir dans sa terre, sous l’effet de l’action puissante de Dieu, pour lui apporter ses offrandes et ses dons les meilleurs. L’heure vient où Israël entrera pleinement dans la vocation qui est la sienne dès l’origine : servir de support et de témoin de la gloire de Dieu parmi toutes les nations. L’heure vient où, par sa grâce insistante envers lui, Israël reconnaîtra que l’Eternel est son Dieu.

Il se peut que, dans les luttes et les combats que nous vivons dans notre chair, nous nous demandions parfois si Dieu a la capacité de mener à terme son projet avec nous. Ce chapitre y répond. En vertu de sa grâce souveraine, l’élection de Dieu est la garantie de la glorification dont elle est le but. Puisque Dieu nous a choisis par grâce pour servir à la manifestation de sa gloire, c’est sur lui seul que repose la capacité de réaliser ce qu’il a à cœur. Le combat pour nous amener à entrer dans les vues de Dieu pour nos vies peut être rude, intense. Mais la victoire finale est assurée. C’est avec la joie de tout notre cœur que, par sa grâce, nous le servirons. Cette grâce, mise en œuvre dès l’élection, possède en elle toutes les ressources dont Dieu a besoin pour arriver à ses fins. Le tableau final que nous offre l’Apocalypse, au sujet des myriades qui se tiennent devant le trône de Dieu dans l’adoration, nous en donne la garantie. Oui ! C’est bien de lui, par lui et pour lui que se font toutes choses !

Les pérégrinations d’Israël d’Abraham à Ezéchiel témoignent d’une autre nécessité : celles de la mort et de la résurrection de Jésus, le Messie. Qu’est le témoignage d’Israël pendant des siècles, sinon celui de l’incapacité de l’homme naturel de se soumettre à Dieu ? Israël ne peut subsister que par le pardon. Il ne peut vivre que par une justification qui requiert l’offrande d’un sacrifice expiatoire pour son péché. C’est ce que la mort de Jésus offre, non seulement à Israël, mais au monde entier. Israël ne peut aimer Dieu que si les dispositions fondamentales de son cœur sont changées. Il ne peut être saint que si l’Esprit de Dieu lui-même l’habite. C’est ce que la résurrection de Jésus permet pour lui comme pour nous. Au terme de cet inventaire douloureux, nous ne pouvons que louer Dieu qui, par sa grâce, finit toujours par triompher de nous !


jeudi 23 juillet 2020

EZECHIEL 19

C’est par une complainte qu’Ezéchiel, sous l’inspiration de l’Esprit, conclut la partie de son livre prophétique, débutée au chapitre 13 et consacrée aux dirigeants qui siégeaient à Jérusalem. Dans cette section, Ezéchiel n’a eu de cesse de condamner le péché, l’idolâtrie, l’infidélité des responsables du peuple, cause première du jugement qui va les atteindre. La complainte d’Ezéchiel résume et noue l’ensemble des annonces faites par le prophète sur la famille des princes du peuple.

La complainte commence à mettre à l’honneur une lionne, la génitrice des multiples lionceaux qui sont l’objet de sa lamentation. Cette lionne courageuse, avisée, qui s’est donnée à la difficile tâche d’éducation de sa progéniture, se réfère à Josias. L’Ecriture le rapporte à deux reprises : Josias fut un roi exceptionnel. Sa piété, son zèle pour Dieu, sa volonté d’éradiquer l’idolâtrie du milieu de son peuple furent tels qu’au jour de sa mort Jérémie composa une complainte sur lui, destinée à perpétuer son souvenir : 2 Chroniques 35,25. Cependant, malgré l’exemple qu’il fut, Josias ne fut pas suivi par ses fils. Aucun d’entre eux n’imita ni n’emprunta les voies suivies par leur père. Issus d’un tel roi paré d’une si belle réputation, les fils de Josias ont cru à tort qu’ils étaient, par la vertu des bénédictions de l’alliance, invincibles. Puisque leur père jouissait de la faveur de Dieu, ils ne pouvaient eux-mêmes qu’en être l’objet. La mise au point de l’Eternel au chapitre précédent met les choses au clair et annonce ce qui va se produire pour eux en raison de leur impiété.

Mère d’une nombreuse portée, la lionne a porté son choix sur l’un de ses lionceaux pour lui succéder. L’heureux élu a grandi et est devenu un jeune lion courageux et fort. Ses exploits n’ont pas tardé à faire sa renommée parmi les nations. Ce jeune lion était Joachaz, le successeur de Josias sur le trône. Le livre des rois et des chroniques ne détaillent pas quels furent les actes de Joachaz. Mais ils témoignent du fait que son imprudence et son arrogance auront pour conséquence d’abréger son règne à 3 mois. Destitué par le Pharaon, Joachaz sera remplacé sur le trône par son frère Eliakim, dont le nom sera changé en Jojakim : 2 Chroniques 36,1 à 4.

Jojakim, le nouveau lionceau élevé à la royauté, n’apprit rien des déboires arrivés à son frère. Pétri de la même pâte, il connaîtra le même sort que lui. Certes, la durée du règne de Jojakim surpassa largement celle de son prédécesseur : 11 ans. Mais, au fil du temps, il fit preuve des mêmes imprudences qui lui valurent à son tour destitution et exil à Babylone. C’est ici ce que relate la complainte d’Ezéchiel depuis le début jusqu’au verset 9.

Après l’image de la lionne, la complainte d’Ezéchiel se poursuit par l’usage d’un autre symbole d’Israël, largement utilisé par les prophètes et par Ezéchiel lui-même (Ezéchiel 15) : la vigne (cf Esaïe 6 ; Osée 10,1 ; Jérémie 2,21 ; 12,10). Si l’image de la lionne resserrait le focus du message de la complainte du prophète sur la seule famille de Josias, la seconde l’étend à Israël en son entier. Car, comme l’a montré le prophète, si le jugement qui vient concerne d’abord les descendants de Josias, il ne se limite pas à eux. L’exil des derniers princes d’Israël sonne le glas de la nation. Plantée par Dieu, la vigne qu’était Israël jouissait de toutes les conditions favorables pour s’épanouir et porter les fruits attendus par son vigneron. Elle portait en son sein de multiples sceptres royaux qui, en certaines périodes de son histoire, ont fait sa célébrité. Pensons à David, Salomon, Ezéchias, Josias… ! La vigne qu’était Israël n’avait pas à rougir. Enfant méprisée à sa naissance, elle était devenue, comme l’avait signifié le prophète, une magnifique jeune femme qui faisait parler autour d’elle : Ezéchiel 16,14. C’est par sa propre corruption qu’elle est tombée. Si ce sont ses ennemis qui l’ont brûlée, c’est du milieu d’elle qu’est sorti le feu qui l’a consumé. Désormais, la belle vigne doit se contenter de n’être rien. Dépouillée de ses sceptres royaux, elle survivra, mais devra se satisfaire d’être contenue dans la faiblesse : Ezéchiel 17.

C’est toujours le péché qui est la cause de la chute des belles et grandes civilisations qui, un temps, ont fait l’admiration des nations du monde. Israël en est ici l’exemple. Son malheur, comme le nôtre, est que nous n’apprenons rien de l’histoire, de la chute et de la décadence des grands peuples qui nous ont précédé. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. C’est la stupidité des princes de ce monde, leur orgueil et leur vanité insensés, qui causent leur ruine. « La justice élève une nation, Mais le péché est la honte des peuples : Proverbes 14,34. »

 


mardi 21 juillet 2020

EZECHIEL 18

Les jugements de Dieu qui se produisent sur un peuple, en l’occurrence ici Israël, ne surviennent pas par hasard. Ils sont l’aboutissement de longues années pendant lesquelles la patience de Dieu a supporté les multiples désobéissances et révoltes du peuple qui la compose. Lorsque le châtiment arrive, il frappe une génération qui n’est pas forcément celle qui est la plus fautive. Celle-ci peut alors avoir l’impression qu’elle paye pour les autres, c’est-à-dire pour les fautes commises par les générations précédentes qui n’ont pas su se laisser corriger et avertir. En raison de ce fait, un proverbe auquel l’Eternel répond ici, circulait au temps d’Ezéchiel. Ce proverbe disait ceci : « Ce sont les pères qui mangent des raisins verts et ce sont les enfants qui ont mal aux dents. » Autrement dit : ce sont les pères qui ont fauté, mais ce sont les fils qui en supportent les conséquences.

Il est nécessaire pour juger de la validité de ce proverbe de comprendre les trois échelons à partir desquels s’organise dans un pays, et plus particulièrement en Israël, la vie communautaire.

A.       La nation

Le 1er échelon est celui de la nation. Il est facilement identifiable dans l’Ecriture, surtout dans les livres des prophètes. Lorsque Dieu se prononce sur une nation, c’est en vertu de l’histoire de cette nation et de ses péchés commis en tant que telle que le jugement est exercé. Les chapitres 1 et 2 du livre d’Amos sont un exemple explicite de cette manière d’agir de Dieu.

B.      La famille

Dès le départ de l’histoire de la foi, Dieu inclut la famille de celui qui croit dans les bénédictions qui lui sont promises : Genèse 17,7 à 9 ; Actes 2,39. Les enfants des parents croyants sont partie prenante de la bénédiction dont les parents sont l’objet, mais aussi, dans certains cas, solidaires avec la malédiction qui frappe leurs parents : Josué 7,24 à 26 ; Exode 20,5-6.

C.      L’individu

C’est ici la raison de la récrimination sous-entendue dans le proverbe qui circulait au temps d’Ezéchiel. Elle pose la question de savoir si, aux yeux de Dieu, l’individu a une existence spécifique qui le rend personnellement responsable de ses actes devant Dieu ou s’il ne fait que subir le sort ou bénéficier des grâces du groupe plus large dont il fait partie. La réponse de Dieu est clairement affirmative. Et pour la prouver, l’Eternel va énoncer au prophète trois cas de figure qui l’attestent.

Avant de les examiner, il nous faut tirer quelques conclusion de ce que nous avons vu ici. La première est que le jugement qui frappe une nation ne signifie pas que tous les individus qui la composent sont fautifs au même niveau. Si Dieu envoie une famine ou une guerre dans un peuple, les justes de ce peuple ne seront pas épargnés. Dieu saura cependant, au jour du jugement final, différencier la responsabilité de chacun. Si des pères ont péché, Dieu, et c’est peut-être une nouveauté ici, s’engage à ne pas châtier les fils à cause d’eux. Ainsi, dans l’Ecriture, il paraît que les enfants sont au bénéfice des bénédictions qui reposent sur leurs parents, mais ils sont séparés d’eux quand il s’agit du jugement.

Les trois cas de figure énoncés par le Seigneur pour justifier de Sa façon de juger chacun :

1er cas de figure : le cas du juste : v 5 à 9

Si nous évoquons le jugement de Dieu, jugement qui s’applique à chacun à partir des mêmes critères, la 1ère question qui se pose est la suivante : sur quelle base ce jugement se fait-il ? A quoi Dieu regarde-t-il ? Tient-il compte d’abord des antécédents familiaux de la personne, du milieu dans lequel elle a évolué, des opportunités et des malchances qui se sont présentées à lui durant son parcours ? Rien de tout cela n’entre en ligne de compte. Dans le portrait du juste que l’Eternel dépeint ici devant nos yeux, un seul critère est appliqué pour évaluer la justice du prévenu qui comparait devant Lui. Le juste est celui dont le comportement et les actes témoignent du respect dont il fait preuve à l’égard des prescriptions et des règles énoncées par la loi de Dieu. La 1ère dimension examinée dans la vie du juste est celle qui touche à sa relation avec Dieu. Le juste aime-t-Il Dieu ? Le considère-t-Il réellement comme son Dieu ? La preuve en est donnée par son refus catégorique de participer à toute forme d’idolâtrie. La seconde dimension touche à son attitude envers ses prochains. Le premier d’entre eux est sa femme. Est-il fidèle à la femme de son cœur ou porte-t-il les yeux sur celle d’autrui ? Dans ses rapports avec son épouse, la pureté prend-elle le pas sur ses désirs ? L’examen s’étend ensuite à son comportement social. Exploite-t-il les autres ou est-il honnête et intègre dans ses affaires ? Fait-il preuve de bonté et de miséricorde pratique envers les nécessiteux ? Peut-il prêter sans exiger d’intérêt et est-il impartial dans les jugements qu’il prononce ? Pour ma part, je dois l’avouer : sans la médiation de Jésus pour ma vie, il m’est impossible, à la lumière de ces critères, de me définir comme juste. Je ne peux que louer Dieu pour la justification dont je suis l’objet de sa part en lui !

2ème cas de figure : le fils injuste du juste : v 10 à 13

Les critères de Dieu établis dans le 1er cas de figure, quel sera le jugement que Dieu prononcera sur le fils d’un juste qui se moque de l’exemple qu’est son père et se comporte en impie devant Dieu ? Il est évident qu’une telle question ne se poserait pas si, comme nous l’avons vu, la situation des individus en Israël n’était rattachée à un cadre plus large, celui de la famille. Le présupposé qui fonde le jugement de Dieu sur les fils est lié à la promesse que Dieu a faite d’inclure les enfants dans la bénédiction accordée aux pères qui marchent dans les voies de Dieu. Le jugement que Dieu prononce sur un fils impie ne tient pas seulement aux péchés manifestes dont il s’est rendu coupable par sa conduite profane et dissolue, mais aussi au fait que, comme Esaü, il a méprisé les bénédictions dont il était l’objet dans le cadre de l’alliance de Dieu avec la famille. La jurisprudence évoquée ici a valeur d’avertissement pour tous les fils de croyants au travers des siècles. Que personne ne se trompe à ce sujet ! Ce n’est pas le fait de naître dans une famille ou une lignée qui est au bénéfice des promesses de Dieu liées à l’obéissance de la foi qui garantit le salut. Le fils doit marcher sur les traces du père pour connaître et jouir de la faveur de Dieu… et en faire bénéficier sa postérité après lui. Le fils du juste jouit d’un privilège supérieur à celui de l’injuste, mais il est aussi chargé d’une plus grande responsabilité. Il est redevable à Dieu de la mesure supérieure de grâce qu’il a reçu par l’exemple de son père, poids qui le rend plus coupable que celui qui n’a pas eu ce modèle pour les mêmes péchés. « La promesse de Dieu est pour vous et vos enfants, dira Pierre à la Pentecôte… aussi longtemps que les enfants marchent dans les voies de leurs pères justes, ajoute ici Ezéchiel.

3ème cas de figure : le fils juste qui a pour modèle un père injuste : v 14 à 18

Le 3ème cas de figure que présente l’Eternel à Ezéchiel décrit la situation inverse du second. Alors que, dans le second, le fils péchait en ne suivant pas le modèle de justice qu’était son père, c’est ici le contraire qui se produit. Un fils qui a un père impie décide, par amour et par déférence envers Dieu, de se distancer de la conduite de son géniteur pour se conformer aux ordonnances et aux prescriptions données par Dieu dans sa loi. Qu’en sera-t-il de lui ? Sera-t-il, en vertu du lien familial indissoluble qui le lie à son père, englobé avec lui dans la réprobation divine à l’égard du chef de famille ? La réponse de Dieu est négative. Si le fils qui pèche, alors qu’il a sous les yeux le modèle de vie exemplaire d’un père juste, est doublement coupable du mal qu’il commet, celui qui sert Dieu sous l’autorité d’un père impie est doublement digne de l’approbation divine. Le jugement de Dieu sur chaque vie tient compte de toutes les influences, bonnes ou mauvaises, à partir desquelles se sont faits les choix qui sont à l’origine du comportement de chacun. Quoi qu’il en soit, l’âme qui pèche n’a pas d’excuse. Elle est coupable et, comme telle, elle doit subir la sanction que mérite le péché : la mort : Romains 6,23.

Quelles applications tirer des 3 cas de figures que Dieu vient de soumettre à Ezéchiel ? C’est ce à quoi la section suivante va répondre.

V 19 à 24 : applications

Dans les 3 cas de figure que l’Eternel a soumis à Ezéchiel, le même principe directeur se dégage de la façon avec laquelle Il juge chaque cas. Alors que, dans le cadre de l’alliance, les fils sont liés aux pères et les pères aux fils, en ce qui concerne le jugement final, chacun est jugé personnellement selon la conduite qu’il a adopté et la mesure de son obéissance à la loi de Dieu. Le rapport de causalité entre les générations est aboli pour privilégier le sens de la responsabilité individuelle. Parce que Dieu est juste, c’est selon la justice que le comportement de chacun sera apprécié. Si la théologie de l’alliance inclut les fils dans la bénédiction octroyée aux pères en vertu de la foi, elle les dissocie les uns des autres dans le jugement final qui sera porté sur chaque vie. Si le principe énoncé ici au temps d’Ezéchiel a pu étonner certains Juifs, il n’est pas nouveau. Au temps d’Abraham déjà, le premier qui fut bénéficiaire avec sa famille des promesses de l’alliance, il avait cours. Preuve en est par le fait que c’est là l’argument principal que le patriarche utilisera pour plaider devant Dieu en faveur de Sodome et de ses habitants. « Supprimeras-tu vraiment le juste avec le méchant ?... Celui qui juge toute la terre n’appliquera-t-il pas le droit ? : Genèse 18,22 à 26 ? »

Quel qu’ait été le parcours de chacun et le milieu qui l’a vu naître, le Juge de la terre appliquera envers chacun le droit. Personne ne pourra dire en éternité qu’il se trouve à une place indue, contraire à la justice et au droit. Le sort final de chacun de nous est, d’une certaine façon, entre nos mains maintenant. Si, saisi par la conscience de la gravité du mal qu’il commet, le méchant se repent et y renonce, s’il revient à Dieu de tout son cœur, le mal qu’il a fait dans le passé ne lui sera pas imputé. S’étant lui-même condamné, il ne le sera pas par Dieu. Il vivra grâce à la justice qu’il a pratiquée. Si, malgré la connaissance qu’il possède par expérience du bien qu’est une vie droite, le juste se met à se renier en faisant le mal, le même principe sera appliqué. La justice n’agira pas pour lui de manière rétroactive. Le juste devenu méchant sera jugé en fonction de l’état dans lequel le trouvera le Juge au moment de sa comparution devant lui. Aucun de ses actes de justice du passé ne sera pris en compte, puisqu’il a choisi de les renier au profit du mal.

Le principe directeur que Dieu met en avant dans le jugement qu’il rend témoigne d’une disposition constante de son Être à l’égard des pécheurs. Parce qu’Il est un Dieu porté à la bienveillance, qui ne désire pas la mort du pécheur mais sa conversion, Dieu patiente avant de juger. Il offre à chacun la possibilité de rentrer en soi-même pour se juger, avant que Lui ne le fasse. Dieu ne trouve aucun plaisir à livrer à la mort le pécheur. Il ne veut pas qu’il meure, mais qu’il vive. Aussi, la souffrance des réprouvés ne provient-elle pas de Dieu, mais du remords continuel que représente pour eux le fait de récolter ce qu’ils ont semé. Le ver qui les ronge et ne meurt point est celui du regret : regret trop tardif pour les fautes commises, regret du souvenir de toutes les occasions manquées données par Dieu pour qu’ils changent de conduite, regret de se trouver désormais dans une situation figée sans retour en arrière possible… C’est par l’unique grâce de Dieu que nous sommes sauvés. Mais c’est en vertu du principe de responsabilité que les « damnés » seront là où ils se trouveront ! Garde, ô Dieu, mon cœur de toute habitude de mal et donne-moi de me repentir aussi vite que possible dès que le péché a pris l’ascendant sur ma vie !

V 25 à 32 : réponse aux contestations de l’assemblée

Ecoutant ce que dit ici le Seigneur, il nous est difficile, à nous qui vivons dans une époque marquée par l’individualisme, de comprendre la réaction négative de certains Israélites quant à la manière d’agir de Dieu en ce qui concerne le jugement. En effet, dans la mentalité juive de l’époque, ce n’est pas l’individu mais la famille qui est la cellule de base de la relation contractuelle entre Dieu et son peuple. Dissocier l’individu de la famille est si contraire à l’habitude qu’une telle procédure de la part de Dieu passe aux yeux de certains comme un procédé injuste. Pour autant, Dieu ne se rétracte pas. Il réitère ce qu’il n’a cessé de marteler tout au long de ce chapitre. Les enfants ne paieront pas pour le péché des pères, et vice-versa. La justice des pères ne sauvera pas leurs enfants, et vice-versa. Chacun est redevable devant lui de ses choix moraux et de son comportement.

La réaction du peuple à l’égard de Dieu nous fait penser à celle, décrite en Matthieu 11,16 à 19, que Jésus rencontrera en son temps. Alors que la génération qui subissait le jugement de Dieu se plaignait de payer pour les fautes des pères : v 2, Dieu lui répond que ce n’est pas le cas. Même si la nation tout entière passe par le jugement pour ses péchés, chaque individu rend compte pour lui-même devant Dieu. Personne en éternité ne recevra de la part de Dieu un salaire qui ne lui sera pas dû. Le Juge de la terre appliquera envers chacun les préceptes du droit et de la justice, et rien d’autre. Loin de satisfaire les revendicateurs, la réponse de Dieu les irrite sur un autre point. Quoi que Dieu fasse, sa manière d’agir n’est pas correcte. Le vrai problème ne se situe pas du côté de Dieu, mais de celui des Israélites. Et il est double.

Le premier a trait au péché. Le peuple est si peu conscient de la gravité de son péché qu’il en vient à taxer Dieu d’injustice. Alors que l’annonce du terrible jugement de Dieu sur le péché devrait les jeter sur leurs genoux pour implorer sa miséricorde, les israélites passent leur temps à discuter et contester. Tant qu’il en sera ainsi, le jugement sera inévitable. Qui juge Dieu ne s’est pas encore vu tel qu’il est devant sa sainteté. Le second a trait à sa grâce. Au lieu de disputer Dieu au sujet de ses voies, les israélites, s’ils étaient conscients de sa disposition bienveillante à l’égard des pécheurs, saisiraient l’opportunité qu’il leur donne de se repentir comme ce qu’elle est : une grâce inouïe, inespérée, presque trop belle pour être vraie. L’aveuglement des israélites quant à la gravité de leurs péchés les rend aveugle sur la beauté de la grâce dont ils peuvent être l’objet. La situation de l’époque d’Ezéchiel est celle que nous rencontrons encore aujourd’hui. Que le racheté de Dieu exulte ! Car si le Très-Haut lui a ouvert les yeux sur sa faute, c’est pour les orienter ensuite vers la croix où son pardon lui est offert.


samedi 11 juillet 2020

EZECHIEL 17

Alors que jusque là l’Eternel s’est adressé à Ezéchiel par des messages, pour la 1ère fois ici et dans l’Ecriture, Il utilise l’outil de la parabole pour exprimer à Son peuple ce qu’Il veut lui communiquer. La parabole est une histoire énigmatique qui invite ceux qui l’entendent à la réflexion afin de découvrir le message qu’elle contient. Dans le cas présent, l’Eternel ne se contente pas de formuler l’énigme, Il en donne aussi l’explication. Ce sera rarement le cas pour Jésus qui utilisera de manière courante la parabole pour décrire les mystères du royaume des cieux.

La parabole des deux aigles que raconte ici Ezéchiel ne se réfère pas à des évènements lointains. Elle a pour but d’illustrer la folie du reste qui, à Jérusalem, au lieu de se satisfaire de sa situation, est entré dans la révolte contre le roi de Babylone en faisant appel à la puissance du Pharaon d’Egypte pour l’en délivrer. Les faits historiques relatifs à la parabole que Dieu donne à Ezéchiel nous sont relatés dans le livre des rois et des chroniques : 2 Rois 24,7 à 25,27 ; 2 Chroniques 36,11 à 21. Il est remarquable ici de voir à quel point le récit de la parabole se réalise dans les détails. Le premier aigle venu pour arracher la cime du cèdre du Liban et l’emporter dans son pays est Nebucadnetsar. La haute branche de l’arbre exilée est le roi Jojakin. A sa place, Nebucadnetsar va installer sur le trône de Juda Sédécias, le plant de la parabole installé dans une terre fertile. Sédécias ne va pas l’entendre de la sorte. Révolté contre le roi de Babylone qui le maintenait dans la faiblesse, il va tendre les mains vers l’Egypte pour s’affranchir de la tutelle de Nébucadnetsar. Sa tentative ne lui réussira pas. Le roi de Babylone reviendra dans le pays pour le dévaster une nouvelle fois et lui ôter ce qui reste de ses richesses et de ses trésors. La révolte de Sédécias, aux conséquences néfastes pour lui, en aura d’heureuses pour Jojakin. Revenu dans son pays, Nebucadnetsar relèvera l’ancien roi de Juda, le fera asseoir à sa table et lui donnera une place supérieure à tous les autres rois retenus avec lui à Babylone, ce que précise la fin du chapitre.

Si l’enseignement de la parabole a une portée historique, il n’est pas dénué d’enseignement spirituel. Au contraire ! Ce qui va arriver à Sédécias, installé au pouvoir par le roi de Babylone, témoigne de l’attachement que Dieu porte au respect des alliances dans lesquelles les hommes sont engagés. Car, bien que roi, Sédécias n’était pas libre de ses mouvements. Il était tenu, par les liens du contrat par lequel il avait été établi roi, à une allégeance envers le souverain de qui il dépendait pour la pérennité de son règne. Il était l’obligé de Nebucadnetsar. Il était possible que cette situation ne lui convienne pas. Mais, si c’était le cas, il aurait pu refuser la dignité royale qui lui était proposé. Aussi, dans sa révolte, ce n’est pas Sédécias que l’Eternel soutient, mais Nebucadnetsar. Notons ici que si l’aspiration de Sédécias est de se débarrasser du joug babylonien, il ne peut prétendre le faire au nom de la liberté d’Israël. Car c’est sous le joug de l’Egypte qu’il se place pour se libérer de celui de Nebucadnetsar. Cette réalité témoigne du fait que, hors du joug du Seigneur sur nos vies, il nous est impossible de vivre dans un état de liberté totale. Que ce soit d’une manière ou d’une autre, nous serons asservis. La plus belle servitude que nous puissions connaître est celle qui nous place dans la dépendance de notre Dieu.

Or l’alliance dans laquelle nous sommes entrés avec Dieu en Christ, nous sommes redevables devant Dieu de nos engagements dans les alliances qui nous lient aux hommes. Celles-ci sont multiples. Elles touchent à notre relation conjugale (l’alliance du mariage : Proverbes 2,17), le contrat qui nous lie à notre employeur, la redevabilité que nous avons d’aimer et de servir nos frères et sœurs dans l’Eglise… Ne pensons pas que, si nous faisons défaut à nos engagements, nous nous en tirerons sans dommage. Dieu nous demandera compte de toute parole et tout engagement que nous n’avons pas tenu. Béni sois-tu, ô Dieu, pour la fidélité constante dont Tu fais preuve dans l’alliance que Tu as contractée en Christ avec nous !