mardi 7 juillet 2020

EZECHIEL 16

Qu’est-ce donc qui justifie la sévérité du jugement de Dieu sur Jérusalem ? Dans l’Ecriture, les jugements que Dieu prononce sont toujours établis sur la base du même paramètre. Alors que nous, humains, prononçons trop souvent des jugements hâtifs, à partir d’une connaissance partielle des êtres ou des événements constitutifs de leur histoire, Dieu juge toujours en toute connaissance de cause de tous les antécédents, les faits et les opportunités qui ont fabriqué la trame du vécu de l’objet de Son jugement. Parce que Dieu est ce qu’Il est, le regard, l’appréciation qui décident des arrêts qu’Il prononce sur les êtres et les nations, proviennent toujours de la vue d’ensemble parfaite que Dieu possède de leur parcours. Le jugement n’est pas toujours dernier, mais au temps où il est prononcé, il est toujours juste, car rien de ce qui fait l’anamnèse de l’objet qu’il concerne n’est inconnu du Juge. Quelle connaissance Dieu a-t-Il de Jérusalem, la ville qu’Il juge au temps d’Ezéchiel ? Ce chapitre est là pour nous le montrer !

V 1 à 5 : les antécédents de Jérusalem

Si Jérusalem est devenue ce qu’elle a été au temps de David ou Salomon, il n’en a pas toujours été ainsi. Avant d’être la ville sur laquelle Dieu portera Son choix pour en faire la capitale d’Israël, Son peuple élu, Jérusalem a eu un passé beaucoup moins glorieux. Amoréenne et hittite par ses origines, Jébus (le 1er nom de la ville) était une cité méprisable, de peu d’importance. Si ce n’était le fait de la grâce de Dieu, Jébus ne serait jamais devenue la ville qu’elle est devenue, Jérusalem, une cité au rayonnement mondial. A peine née, Jébus, à cause du désintérêt que lui portait ses voisins, n’avait que peu de chances de vivre. Laissée à elle-même, elle serait disparue aussi rapidement qu’elle était apparue.

« Le paradoxe de Jérusalem pourrait se résumer en quelques mots, dit Vincent Lemire : une bourgade ne présentant pas une importance stratégique majeure, dépourvue de ressources naturelles enviables, est devenue le centre névralgique d’un conflit régional aux répercussions mondiales… Le site de Jérusalem cumule pourtant de nombreux handicaps. Au cœur d’une zone montagneuse, il est à l’écart de grandes routes commerciales ; le principal axe routier reliant la Transjordanie à la plaine côtière passe en effet au nord de Jérusalem. La première agglomération tenait tout entière sur un éperon rocheux situé au sud de l’actuelle esplanade des Mosquées.[1] »

Comme il en est de Jérusalem, il est vital pour la qualité de notre relation avec Dieu que nous nous souvenions d’où nous venons, ce que nous étions avant que Dieu porte Son choix pour faire de nous Son peuple. Rien venant de nous n’était digne d’un intérêt de Sa part. Ce qui fait notre valeur et notre gloire ne vient ni de nos origines, ni de nos qualités naturelles, mais de la distinction dont nous avons été l’objet par la grâce de l’élection : cf Galates 1,13 à 15.

V 6 à 8 : l’alliance de grâce de Dieu fait naître Jérusalem

Programmée pour mourir dès sa naissance, Jérusalem ne doit sa survie qu’à Dieu. C’est par la volonté de Dieu que, malgré les circonstances adverses et défavorables qui ont entouré la naissance de Jérusalem, celle-ci a subsisté. L’histoire de Jérusalem rejoint ainsi dans ses origines celle de multiples enfants de Dieu qui, au vu du contexte dans lequel ils ont vu le jour, n’avaient pratiquement aucune chance de vivre. Ces récits nous enseignent que, quelle que soit les contingences qui président à notre arrivée dans ce monde, ce ne sont pas les éléments extérieurs qui décident de la pérennité de notre vie, mais Dieu.

Ayant survécu suite à son entrée précaire dans ce monde par la volonté de Dieu, Jérusalem n’est pas restée l’enfant sale et chétive qu’elle était. Par la bonté de Dieu, elle s’est multipliée, développée jusqu’à devenir une magnifique jeune femme désirable. Jérusalem cependant n’avait toujours pas d’époux. Elle continuait à vivre dans l’état de nudité qui l’avait vu apparaître, vulnérable et sans défense. Cette période de la vie de Jérusalem, symbole d’Israël, nous est bien connue. Elle correspond à l’adolescence d’Israël, temps où il n’a pas encore d’existence propre et où il est au service de l’Egypte qui l’exploite pour les intérêts qu’il y trouve. Mais la grâce de Dieu qui a permis à Israël de naître, puis de se développer, ne va pas s’arrêter là. Le temps vient où le projet secret de Dieu pour lui va être sen œuvre. Israël va être plus qu’une enfant qui doit sa vie à la compassion de Dieu. Le temps des amours venu, c’est au mariage que l’Eternel pense pour elle. Et qui peut-elle avoir comme meilleur époux que Celui qui l’a aimé dès sa naissance ?

V 9 à 14 : la gloire d’Israël

Choisi par Dieu, Israël ne doit dans ce monde son rayonnement, sa gloire que par les richesses que Dieu lui a données comme peuple élu dans Son amour. Sorti d’Egypte, Israël a été débarrassée de son ancienne condition, affranchie de l’esclavage. Héritant d’un pays magnifique où coulent lait et le miel, elle est devenue un véritable royaume dont la réputation s’est étendue de plus en plus parmi les nations. En effet, le projet de Dieu pour Israël dépasse de loin le cadre d’une amnistie de ses péchés ou la délivrance de sa condition misérable. Dieu veut être l’époux d’Israël. Il veut que, parmi les peuples, Israël soit la démonstration de l’élévation, de la dignité, de la beauté que confère le statut d’élu et de choisi. Il a choisi Israël pour qu’il devienne le témoignage du rayonnement de Sa propre gloire. C’est pourquoi Il estime que rien n’est trop beau pour parer, orner, magnifier le peuple qu’Il a choisi. Le femme, dit l’apôtre Paul, est la gloire de son mari. Elle contribue plus que quiconque à sa réputation, l’élévation de son nom : cf Proverbes 31,23. Aussi convenait-il pour Dieu qu’Israël, dans les attentions dont il fut l’objet de Sa part, n’ai rien à envier à qui que ce soit !

Ce qui est vrai pour Israël l’est aussi pour nous, l’Israël de Dieu aujourd’hui. Les richesses dont nous sommes l’objet de Sa part ne sont pas les mêmes que celles de l’Israël géographique. Mais, nous pouvons exalter Dieu pour Sa grâce. Aucun peuple, aucune nation, aucun sectateur d’aucune religion ne peut se vanter de posséder ce que nous avons. Qui d’autre que nous connaît Dieu en intimité ? Qui d’autre que nous peut s’approcher de Lui sans crainte, pardonné, justifié, reçu, accueilli, adopté en Jésus-Christ ? Qui d’autre que nous est appelé par Lui saints, justes, bien-aimés ? A qui d’autre que nous a-t-Il fait la promesse d’être rendus un jour semblable à Lui ? Que, par notre vie, nous puissions être le témoignage de la beauté, de la joie, de la richesse que signifie le fait d’être les élus du cœur de Dieu !

V 15 à 23 : prostitution

Quel a été le péché d’Israël ? Quelque part, il est le même que celui qui a présidé à la chute de l’ange déchu. Alors qu’Israël a reçu de Dieu tout ce qui faisait sa renommée, sa gloire et sa beauté parmi les nations, il a utilisé ses atouts pour servir ses propres fins et attirer à lui une infinité d’amants. C’était pour Lui, pour magnifier Son nom que l’Eternel avait paré Israël de tant de charmes et d’atours. Par elle, Il voulait que Sa gloire, en tant qu’Epoux, soit manifestée et célébrée au-dessus de tout. Mais Israël n’en a pas jugé ainsi. Au lieu de voir la grâce reçue comme le moyen que lui a donné son Dieu pour exalter Son nom, Israël l’a détourné pour servir ses propres fins. Il a troqué sa mission d’épouse pour se muer en séductrice. En place de s’offrir à Dieu, Israël s’est prostitué à de multiples divinités, détournant de leur but initial les atours dont Dieu l’avait gratifié dans Son amour. Dans sa frénésie idolâtre, rien de ce que Dieu lui avait donné n’a été préservé. Tout, jusqu’à ses fils et ses filles, a été sacrifié à sa passion dévorante. Israël a mis en oubli, non seulement la bonté dont il a été l’objet de Dieu, mais Sa grâce envers lui et l’état misérable duquel celle-ci l’a retiré.

La conduite d’Israël envers son Dieu met le doigt sur le caractère pervers de l’idolâtrie, péché qui est le sujet d’accusation premier du départ de la gloire de Dieu du milieu de Son peuple, thème du livre d’Ezéchiel. Dans le cas d’Israël, l’idolâtrie est autre chose que le fait d’apporter sa louange ou son adoration à d’autres dieux que l’Eternel, comme le font les païens. L’idolâtrie est une trahison d’un être aimé quant à l’amour dont il a été l’objet de la part de celui qui l’a aimé. C’est une façon de détourner vers d’autres objets l’amour par lequel on s’est lié par alliance à celui avec lequel on ne fait désormais plus qu’un. L’idolâtrie est de la part d’Israël un abus de la grâce donnée, un cocufiage divin, un acte de malversation patenté à l’égard de toutes les bontés et largesses gracieuses dont il a été l’objet de la part de son Dieu. La démarche de l’idolâtrie n’est pas le fait d’une faiblesse due à l’attrait irrésistible qu’exerce un amant sur le cœur de l’épouse qu’est Israël pour Dieu. C’est le fruit d’une entreprise de séduction volontaire de sa part, validée par de multiples démarches initiées par Israël. C’est une action décidée d’utiliser de manière comptable les richesses reçues de l’Epoux divin pour attirer à soi des galants dans le seul but de trouver sa satisfaction dans le désir de plaire.

Il nous faut apprendre de l’extrémité à laquelle est parvenue Israël dans le détachement de son cœur à l’égard de Dieu, Son Epoux qui a tant fait pour lui. Une des causes récurrentes de la trahison des cœurs vis-à-vis de Dieu tient au même oubli : celui de la purification de ses anciens péchés : 2 Pierre 1,9. Le fait de se souvenir d’où il venait, de la condition à laquelle Dieu l’avait arraché, fut, pour l’apôtre Paul, un aiguillon qui, toute sa vie, le garda dans la gratitude et l’amour pour son Dieu : 1 Timothée 1,13. Que notre cœur sache une fois pour toutes qu’aucune affection ou passion ne peut lui donner une plénitude, un bonheur qui puissent égaler ceux que Dieu prodigue.

V 23 à 34 : perversité déterminée

Ce passage du livre d’Ezéchiel est sans aucun doute l’un des plus crus de l’Ecriture. Il l’est au point où certains commentateurs recommandent de ne pas en faire la lecture publique. Son obscénité tient à une seule raison. Par elle, Dieu veut montrer à Israël quelle vue lui offre le spectacle de sa bassesse. Quel qu’il soit, le péché de l’être humain produit toujours les mêmes effets sur le cœur de l’homme. Il le rend aveugle, l’endurcit, l’insensibilise. Qui s’habitue au péché ne se rend plus compte de sa gravité ou de sa perversité. Parce qu’il devient l’élément quotidien dans lequel il vit, le péché perd aux yeux de celui qui le pratique sa noirceur et sa puanteur. Pour qu’il en saisisse le caractère, il lui faut le voir avec d’autres yeux que les siens, ceux de Dieu. Il n’y a qu’au moment où nous voyons notre cœur comme Dieu le voit que nous en devenons horrifiés. Comme Nathan le dira à David, après son adultère avec Bath-Shéba et le meurtre d’Urie, son mari, nous réalisons alors que nous sommes cet homme-là, ce monstre qui nous indigne : 2 Samuel 12,7. Il nous faut ainsi être nous-mêmes choqués par ce que nous sommes pour nous amener à nous prendre en dégoût et nous repentir. Cette juste vision sur nous-mêmes ne peut venir de nous. Elle résulte de la lumière crue que Dieu jette sur nos ténèbres, lumière qui nous fait voir sans filtre le caractère avili de nos actes et de notre conduite.

Comment Dieu voit-Il l’idolâtrie d’Israël ? Elle est à Son égard, dit-il, semblable à la manière d’agir d’une prostituée qui invite n’importe quel passant à s’accoupler avec elle. Sans distinction, sans sentiment, sans autre considération que celle de s’offrir au premier venu, la prostituée est prête à écarter les jambes pour accueillir son client. A la rigueur a-t-elle ses préférences ! Entre un client rachitique et un bel homme au corps d’esthète et « au gros membre », elle préfèrera le second. Mais ici s’arrête ses critères de sélection. Ce qui motive la prostituée n’est ni l’amour, ni même le plaisir, mais le gain. A ce sujet, dit Ezéchiel, Israël est pire qu’elle. Aucun prostituée ne paye ses clients pour qu’ils aient une relation sexuelle avec elle. Ce qu’une putain ne fait pas, Israël le fait. Comme si le fait de tromper son Dieu ne lui suffisait pas, Israël ira jusqu’à faire venir de loin (Egypte, Assyrie, Babylonie) les dieux de ces nations pour s’unir à eux. Israël ne tombera pas séduite dans leurs bras, mais après les avoir lui-même recherchés. Ses actes ne sont pas ceux d’une prostituée, mais d’une experte en prostitution, qualité dont elle a fait son métier au point d’en faire rougir ses voisines philistines qui, pourtant, ne connaissent pas son Dieu. Après ce qu’Israël a connu de Lui, qui aurait pu imaginer qu’il tombe dans un tel état de vulgarité ? Qui aurait pu penser qu’Israël devienne ce pays où, partout, fleurissent les hauts-lieux de sa prostitution ? Qui ne comprendrait dès lors la sévérité du jugement de Dieu sur lui ?

Ce qu’est devenu Israël témoigne d’un autre aspect de la perversité du péché. C’est le caractère insatiable de la passion qui le nourrit. Le péché est comme les 4 choses qui, selon le livre des proverbes, ne disent jamais assez : Proverbes 30,15-16. Il ne laisse jamais tranquille celui qui le pratique. Il lui faut constamment des nouveautés, quitte à faire descendre toujours plus bas celui qui s’y donne dans la déchéance. Le péché n’a ni limite, ni frontière. Il est capable de s’ingénier au mal dans des proportions insoupçonnées. La soif insatiable de plaisir qui le meut témoigne d’une réalité qui, cependant, glorifie Dieu. Cette réalité est que l’homme a été fait pour une félicité que seul Dieu peut apporter. A la Samaritaine qui avait connu 6 hommes, le Seigneur Jésus l’a dit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif. Mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : Jean 4,13-14. Seul le Seigneur peut satisfaire le cœur qui a été fait pour Lui. C’est la leçon que doit apprendre Israël, et chacun de nous avec lui.

V 35 à 43 : le châtiment de la prostituée

La métaphore de la prostituée utilisée par Ezéchiel n’est pas qu’une figure de style. Si elle a pour premier objet d’exprimer ce que l’idolâtrie d’Israël est aux yeux de Dieu, les détails rapportés épousent la réalité de ce que fut la conduite du peuple de Dieu. De nombreux exemples pourraient être cités de cette volonté d’Israël, dans sa folle passion pour les idoles, d’imiter les pratiques abominables des nations étrangères. Il suffit de lire ce que furent les règnes de Jéroboam, d’Achab, d’Achaz, d’Amatsia ou de Manassé. La conduite des rois d’Israël et de Juda fut ainsi souvent hors de sens. Tantôt, comme le fit Achaz, roi de Juda, le souverain adoptait les dieux des peuples qui l’avaient vaincu, espérant par ce moyen renouer avec la victoire : 2 Chroniques 28,23. Ailleurs, folie plus grande encore, il faisait venir chez lui, tel Amatsia, les dieux qui n’avaient été d’aucun secours pour aider les peuples qu’il avait vaincu : 2 Chroniques 25,14. Non seulement l’idolâtrie aveugle et possède, mais sa pratique effrénée par les rois d’Israël et de Juda témoigne qu’elle est hors de toute raison.

Comment à la fois punir et purifier Israël de son idolâtrie ? Le principe adopté par Dieu est le même depuis le début des temps. Il s’agit de faire goûter au pécheur le mal dont son péché est porteur. Israël a préféré se détacher de Dieu pour s’unir à de multiples amants : ce sera par la colère de ses amants qu’elle connaîtra son châtiment. Epouse de Dieu, Israël avait acquis une dignité qui imposait le respect. Par son infidélité, elle s’est rendue abjecte, méprisable, non seulement aux yeux de Dieu, mais aussi à ceux à qui elle s’est unie. Quelle estime les habitants d’un quartier pourrait-il avoir pour une femme qui court la rue pour se prostituer à tous les passants ? La traînée n’a plus d’honneur, elle n’inspire plus aucune considération. Elle ne peut susciter à son égard que mésestime et abus. Si Israël va être l’objet du pillage de ses amants, ce n’est pas d’eux, mais de Dieu qu’elle reçoit ici le salaire de ses œuvres. Israël n’était pas une fille de la rue. Elle était une princesse choyée par son époux, parée telle une femme digne d’un rang royal. Son principal péché, déjà dénoncé, est d’avoir oublié d’où elle venait, de quelle faveur elle avait été l’objet. Pour revenir à ce qu’elle était, il faut que tout ce qu’elle a construit loin de son Dieu, lui soit ôté. C’est cette œuvre de jugement et de démolition, prélude à sa restauration, que vont opérer dans la fureur tous ses amants. Leur courroux à son égard sera le moyen par lequel la colère de Dieu sera assouvie contre elle.

V 44 à 52 : héritage familial

 Le constat est là ! Elu de Dieu, Israël, dans sa nature, n’est en rien différent des peuples par lesquels il est lié par les liens du sang. Israël n’est pas né saint. Il n’a pas été mis à part par sa naissance comme Jésus l’a été, immaculé, intact de tout péché. Israël est né comme tous les pécheurs. Il porte en lui la nature et les inclinaisons mauvaises de ceux de qui il provient. Sa mère était une Hittite et son père un Amoréen. Les dieux qu’ils servaient n’étaient pas Celui qu’Israël a connu par élection. Les peuplades qui sont autour de lui, réputées pour leur idolâtrie qui, telle Sodome, leur a valu le jugement de Dieu, ne lui sont pas étrangères. Israël est sa sœur, comme elle l’est aussi de Samarie.

Ce qui fait la gravité du péché d’Israël est qu’il a été l’objet d’un privilège qui aurait pu le différencier totalement des peuples qui font partie du cercle étroit de sa famille. Mais il n’en a rien fait. Au contraire, dit Ezéchiel ! Israël s’est corrompu à un tel point qu’au regard des abominations commises, ses sœurs, qui ont connu le jugement de la colère de Dieu, paraissent justes. Il y a, en effet, deux manières d’être justifié devant Dieu. La première tient à la grâce de Dieu seule. Elle est octroyée à tout pécheur qui en est l’objet sans aucun mérite de sa part. Il y en a une autre moins courante. Elle est le fruit de la comparaison entre les privilèges reçus. Plus une nation, un peuple, a reçu de Dieu bénédiction, lumière, abondance, plus on est en droit d’attendre de sa part une réponse de gratitude envers Lui, correspondante aux privilèges reçus. Si ce peuple favorisé devient, malgré la connaissance et la bonté dont il a été l’objet, pire que les autres qui n’ont pas bénéficié de ces dons, la justice réclame qu’il soit davantage châtié qu’eux. Sur le plan de la justice de Dieu, les autres restent coupables de leurs péchés, comme c’est le cas pour Sodome. Mais, à cause de l’équité, leur condamnation mérite, au regard des deux situations, non pas d’être annulée, mais reconsidérée quant à la mesure de culpabilité qu’on leur a prêté au moment de la sentence prise contre eux.

Le raisonnement que tient ici Ezéchiel n’est pas hérétique. Paul tenait le même sous la Nouvelle Alliance. « Si donc l’incirconcis (le païen), dit l’apôtre, respecte les commandements de la loi, son incirconcision ne sera-t-elle pas comptée comme circoncision ? Ainsi, l’homme qui accomplit la loi sans être circoncis physiquement ne te condamnera-t-il pas, toi qui la transgresses tout en ayant la loi écrite et la circoncision ? : Romains 2,26-27. » De même, qu’Israël soit de la même race que Sodome, le prophète n’est pas le seul à l’affirmer ! L’apôtre Jean aussi ose l’écrire : Apocalypse 11,8.

 Nous ne devons jamais oublier de quelle race perverse nous venons. Si nous le perdons de vue, jetons un œil à droite ou à gauche ! Regardons ce que ceux de nos familles qui ne sont pas au bénéfice de la grâce, deviennent ou sont devenus. Livrés à nous-mêmes, soustraits à l’influence bénéfique de l’Esprit de Dieu, sachons que nous pouvons être pires qu’eux. Parlant aux Corinthiens, Paul s’indigne qu’il se trouve au milieu d’eux une immoralité qu’on ne mentionne pas même chez les non-croyants : 1 Corinthiens 5,1. Nous avons du mal à le croire, mais la diatribe d’Ezéchiel nous persuade de cette possibilité. Que le Seigneur, par Son Esprit, nous secourt contre nous-mêmes et nous garde dans la sainte crainte de Son nom !

V 53 à 58 : promesses de restauration

Quelle est l’arrière-pensée de Dieu en rappelant à Israël les liens très étroits qui le lie à des peuples comme Sodome et Samarie qui ont été l’objet de Son jugement ? Il est double. Le premier, le plus immédiat est qu’Israël éprouve une honte profonde pour ses péchés. La réputation de Sodome et de Samarie n’est plus à faire. Parmi toutes les nations, elles sont connues pour leur perversité. Qu’Israël, le peuple choisi de Dieu, racheté par Lui à main forte et à bras étendu, soit ravalé à un rang inférieur aux leurs est la pire humiliation qu’il puisse recevoir. Celle-ci cependant n’est pas exagérée. Elle correspond devant Dieu à la réalité de l’état dans lequel Israël se trouve. Comme il en fut pour Sodome et Samarie, ses sœurs, l’heure est venue pour Israël d’être l’objet de la risée des autres peuples qui l’entourent. Israël, pour son bien et sa guérison, doit éprouver une telle honte pour ce qu’il est devenu, qu’il ne doit plus supporter de se regarder en face. Ce premier but atteint, Dieu peut agir pour révéler quel objectif secret se cache derrière l’humiliation.

Cet objectif est celui que Dieu poursuit, non seulement pour Israël, mais pour tout homme qui, comme lui, passe par la case remords et regret pour les fautes qu’il a commises. C’est l’objectif de la restauration par la grâce. Dieu, dit Paul dans la sagesse qui lui a été donnée, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous : Romains 11,32. La désobéissance dans laquelle Dieu nous enferme n’est pas une prison dans laquelle nous sommes appelés à rester. Elle est le prélude nécessaire à notre libération. Par la désobéissance d’Israël, Dieu, dit Ezéchiel, ouvre la porte au pardon et à la restauration de ses sœurs impies, moins coupables que lui. Comment Dieu pourrait-il faire grâce à Israël, Son peuple choisi, qui s’est avili à Ses yeux plus que les pires des nations païennes, sans leur tendre aussi la main pour les accueillir. La grâce triomphante de Dieu est le plus beau mystère de l’Ecriture. Elle est le secret le plus profond de Son être, celui qui a pris au dépourvu les puissances adverses incapables de concevoir l’extrémité des limites de l’amour longanime de Dieu. A la vue de la victoire de la grâce sur le péché de tous, Paul ne peut s’empêcher d’exalter les voies insondables de Dieu. « Combien profondes sont les richesses de Dieu, sa sagesse et sa science ! Nul ne peut sonder ses jugements. Nul ne peut découvrir ses plans : Romains 11,33. » La grâce souveraine de Dieu est le seul espoir duquel les pécheurs ne peuvent jamais désespérer !

V 59 à 63 : nouvelle alliance

Où se trouve l’avenir d’Israël ? Israël, dès son enfance, a été le peuple choisi par Dieu. Plus tard, alors que sous la conduite de Moïse Il le sortit d’Egypte, Il conclut avec lui une alliance sur la base de la loi. Par cette alliance, Israël devenait le peuple de Dieu, sujet de Sa protection et de Sa bénédiction, s’il Lui restait fidèle. Manifestement, ce ne fut pas le cas. Par son idolâtrie et ses désobéissances répétées, Israël rompit l’un après l’autre ses engagements envers son Dieu. Que peut dès lors encore espérer Israël ? L’alliance conclue sur la base de la loi ne lui laisse qu’une perspective : le rejet et la condamnation.

Si l’espoir d’Israël ne peut se trouver dans l’alliance conclue sur la base de la loi, alliance qui conditionne les promesses de Dieu à son obéissance, il n’en est pas pour autant totalement anéanti. Car au-delà de l’alliance mosaïque, Israël existe, en tant que peuple de Dieu, par le choix souverain de Dieu déterminé par Sa grâce. Israël ne s’est pas montré digne de Son appel et de Son élection. Mais celle-ci ne peut être rendu caduque par ce fait. L’élection d’Israël dès son enfance ne repose que sur le choix souverain de Dieu motivé par Sa grâce. Toute l’histoire qu’Ezéchiel a égrainé dans ce chapitre l’atteste. Le statut de peuple de Dieu qu’Israël possède lui a été attribué sans aucun mérite et sous aucune condition. S’il l’a acquis sur cette base, il lui est impossible de le perdre sur une autre. C’est pourquoi le Seigneur l’atteste : l’alliance de grâce par laquelle Israël a été établi peuple de Dieu est une alliance éternelle. Elle peut l’être parce que celle-ci repose uniquement sur l’engagement de Dieu à la fidélité sur la base de Sa grâce souveraine. Israël n’a ici rien à apporter, ni à prouver. Tout est dû à la grâce de Dieu pour Sa seule gloire !

Si la grâce souveraine de Dieu est le seul fondement qui assure la pérennité d’Israël comme peuple de Dieu, le bénéfice qu’il en retire ne le touche pas lui uniquement. La grâce de Dieu possède en elle des pouvoirs que rien d’autre ne peut égaler. La désobéissance d’Israël rendant impossible sa disqualification comme peuple de Dieu devient source d’espoir, non seulement pour lui, mais pour ses sœurs. Condamnées elles aussi pour leurs péchés, elles peuvent, au regard de la grâce dont Israël bénéficie, trouver à leur tour espoir en son Dieu. Car Israël, s’il a été élu dès son enfance par Dieu, ne l’a pas été pour lui. Il l’a été pour servir d’exemple à tous les peuples de l’accueil dont ils peuvent faire l’objet de Sa part en vertu de Sa grâce. Israël doit passer par la repentance et l’humiliation à cause de ses péchés. Mais ce passage obligé n’est pas une fin en soi. Il est le prélude d’une restauration destinée à être une bénédiction pour le monde entier : cf Romains 11,12. « Si Israël, le peuple élu de Dieu qui L’a tant déshonoré, a pu être rétabli sur la base de la grâce souveraine de Dieu, pourquoi ne le serions-nous pas, se diront les peuples ? Allez ! Venez et montons à la montagne de l’Eternel pour nous repentir, plaider Sa grâce en notre faveur et L’adorer ! »

La conviction d’Ezéchiel sur l’indissolubilité du statut de peuple de Dieu d’Israël à cause de la grâce souveraine de Dieu qui fonde son existence dès son enfance, rejoint celle que Paul défend et étaye dans son épître aux Galates. Se fondant sur la promesse que Dieu fit à Abraham, le père d’Israël, au sujet de sa descendance, Paul écrit que ce testament antérieur à la loi, ne peut être aboli par l’alliance contractée sur la base de la loi 430 ans plus tard : Galates 3,17. Ce qui est le plus ancien est aussi ce qui est le plus fondamental. Or, en nous rattachant à la foi d’Abraham, nous sommes nous aussi, païens devenus chrétiens, les objets de la même promesse. Béni soit Dieu pour l’alliance éternelle qui fait de nous Ses enfants sur la base de sa grâce souveraine !



[1] Jérusalem, histoire d’une ville-monde : Vincent Lemire : Editions Champs histoire


mardi 16 juin 2020

EZECHIEL 15

C’est dans les psaumes que l’on trouve la première allusion au sujet d’Israël comme à une vigne que l’Eternel a planté : Psaume 80,8 et 14. Tout l’intérêt que porte le vigneron à la vigne tient uniquement à une seule chose : le fruit qu’elle produit. Ce qui fait la valeur de la vigne n’est pas la majesté de son tronc, sa taille, le caractère malléable de son bois. Au contraire, mis à part le fait qu’il est le porteur du raisin qu’il produit, le bois de la vigne est parmi tous les bois le moins utile. C’est un bois méprisable qui, à cause de son aspect, ne peut servir ni à la menuiserie, ni à la fabrication d’objets utiles à la vie courante. Entre tous, il est celui dont il est préférable de se débarrasser en le jetant au feu. Au moins, en brûlant, peut-il servir à quelque chose !

Si l’Eternel a porté son choix sur Israël pour en faire Son peuple, celui-ci ne doit jamais oublier que ce n’est pas en vertu de sa qualité propre qu’Il l’a fait. Le but de Dieu en faisant d’Israël Sa vigne était le fruit qu’Il escomptait qu’elle produise. Au moment de la récolte, la déception de Dieu a été à la hauteur de l’attente. « Pourquoi, interroge l’Eternel, quand J’ai espéré que ma vigne produirait de bons fruits, en a-t-elle produit de mauvais ? : Esaïe 5,4. » Que peut faire l’Eternel avec Sa vigne si la seule chose qui lui donne de la valeur et qui ait un intérêt pour lui, manque ? Si certains arbres ne remplissent pas leur fonction première, leur bois fait qu’ils peuvent servir à d’autres usages. Ils n’ont pas donné le fruit attendu, mais le propriétaire n’a pas tout perdu avec eux. Il a pu en tirer un avantage moindre que ce qu’il espérait, mais bénéfique tout de même. Pour la vigne, rien de tel. Une vigne qui ne produit pas de raisins ne vaut pas mieux que du sel lorsqu’il a perdu sa saveur : Il n’est plus bon, dit Jésus, qu’à être jeté dehors et piétiné par les hommes : Matthieu 5,13. » Il en sera de même, dit Ezéchiel, au sujet des habitants de Jérusalem. Devenus inutiles pour Dieu, incapables de produire le fruit pour lequel ils ont été élus, ils ne sont bons que pour le feu et la destruction.

Parce qu’Israël a été une vigne décevante, l’Evangile nous dit que l’Eternel, le vigneron, s’est choisi un autre cep : Jésus. Il est, Lui, le vrai cep, Celui qui, parce qu’il répond pleinement au but pour lequel il a été planté, satisfait le vigneron : Jean 15,1. Par Jésus, le fruit que le Père espérait voir se produire, est là. Jésus est, en tant que cep, Celui qui fait toute la joie et le plaisir du Père. Aucun des fruits qu’Il porte n’est décevant, avarié. Tous enchantent le fin palais du vigneron qui ne se satisfait que de l’excellence. Jésus énonce, dans la parabole de la vigne qu’Il utilise pour parler de Sa mission, plusieurs vérités fondamentales sur la fonction de chacun en vue de la réalisation du projet de Dieu :

1.        Le Père est le vigneron. Il est le propriétaire de la vigne : Jean 15,1. La vigne n’existe que pour servir à Son projet. Ce projet se résume en une seule phrase : porter du fruit. Le fruit est l’unique but poursuivi par le Père, le sujet unique de Son désir à propos de la vigne qu’Il a planté. 

2.       Jésus est le cep : Jean 15,1. C’est en Lui que se trouve la sève de vie par laquelle le fruit naît et mûrit. En-dehors de Jésus, il n’y a rien dans ce monde qui soit en mesure le produire le fruit excellent qui fait le désir du Père.

3.       La vigne ne se limite pas au cep. Elle est faite du cep et des sarments qui lui sont reliés. Le sarment est la branche sur laquelle le fruit pousse. Le sarment ne peut porter de fruit que s’il est attaché au cep et reçoit de lui la vie. Le sarments représentent les disciples de Jésus, ceux qui revendiquent une relation personnelle avec Lui : Jean 15,5. Le disciple de Jésus, en tant que sarment, doit se souvenir constamment qu’il ne peut produire aucun fruit par lui-même. Le fruit que porte le sarment ne peut que résulter de son union, de son attachement, de sa connexion avec le cep.

4.       Le sarment qui ne porte pas de fruit perd son inutilité. Comme l’Israël ancien, il n’est bon qu’à être retiré du cep et jeté pour être brûlé : Jean 15,2 et 6. La seule chose qui ait de la valeur dans la vie d’un disciple de Jésus est le fruit qu’il porte, cette vie, ce caractère qui portent la marque de ceux de Jésus.

5.       Le vigneron porte un regard attentif à l’état de sa vigne. Constamment, il y travaille pour l’amener à porter un fruit de plus en plus meilleur et excellent. Ses soins attentifs se portent sur les sarments. Il ôte ceux qui ne portent pas de fruit et taille, émonde ceux qui en produisent déjà pour qu’ils en donnent encore plus : Jean 15,2. L’émondage auquel se donne le vigneron ne poursuit qu’un seul but : ôter du sarment tout ce qui accapare la vie qui circule en lui inutilement et limite la production du fruit. La vie que le sarment reçoit du cep doit servir à la formation et la maturation du fruit. Toute autre utilisation est gâchis, une dérivation vers un but qui n’est pas celui du vigneron.

 En tant que disciple de Jésus, nous devons être attentifs à ce qui s’est produit pour Israël. « Si Dieu, dit Paul, n’a pas épargné les branches naturelles, Il ne t’épargnera pas non plus : Romains 11,21. » L’apôtre s’adresse ici aux païens entrés par la foi en Christ dans l’alliance de Dieu. Que, par Ta grâce, ô Dieu, je sois prêt en ce jour à me laisser émonder par Toi pour que je puisse porter un fruit de qualité toujours plus excellente pour Ton plaisir et Ta gloire !


vendredi 12 juin 2020

EZECHIEL 14

V 1 à 11 : rejet des idolâtres

Reconnu par ses pairs comme prophète de l’Eternel, Ezéchiel reçut en audience quelques-uns de anciens d’Israël venus le consulter. Ezéchiel aurait pu se réjouir de cette démarche, comme ce peut être le cas pour nous lorsque quelqu’un vient nous voir pour nous dire qu’il aimerait entendre la parole que Dieu a pour lui. Eclairé par l’Eternel, Ezéchiel n’est pas dupe de l’état du cœur de ces hommes. Au-delà de l’apparence, Dieu fait voir à Ezéchiel ce qui n’est pas perceptible à l’œil nu, mais qui est présent devant Ses yeux dans l’invisible. Les anciens d’Israël ne viennent pas devant Ezéchiel avec un cœur net et pur. Ils portent dans ce cœur leurs idoles et se présentent devant Dieu en portant devant eux ce qui a été l’occasion de leur chute. Ils prétendent par leur démarche se soucier de ce que Dieu a à leur dire, mais à l’intérieur d’eux-mêmes il n’y a aucune volonté de se séparer des idoles qui les rendent fautifs. Au péché qui, déjà, les condamne, les anciens d’Israël en ajoute un autre qui accentue encore cette condamnation : la duplicité ou l’hypocrisie.

Quelle que soit la nature de la démarche que nous entreprenons à l’égard de Dieu, nous devons toujours nous souvenir que ce n’est pas à nos actes que Dieu regarde en priorité, mais à notre cœur. Nous pouvons aller chez un frère pour lui demander conseil. Mais si dans notre cœur nous n’avons aucune intention de nous séparer de ce qui offense Dieu, notre démarche est vaine. Ni notre présence dans un lieu de culte ou dans une réunion de prière ou d’étude biblique ne nous garantit en elle-même la bénédiction de Dieu. Dieu ne regarde pas à l’apparence, mais au cœur. Parmi tous les péchés que Jésus a côtoyés, souvenons-nous que l’hypocrisie est celui qu’il a dénoncé le plus souvent et avec le plus de vigueur. L’hypocrisie n’était pas le péché du peuple, mais celui qui était la caractéristique majeure de l’élite religieuse de Son temps. Il est aussi celui en particulier dont le Maître a pressé Ses disciples de se garder : Luc 12,1, celui qui, d’une certaine manière, a aussi fait tomber Judas Iscariote. Veillons sur nous-mêmes à ce sujet et prions Dieu chaque jour qu’Il nous en préserve !

Comment Dieu va-t-Il accueillir les anciens d’Israël venus consulter Ezéchiel, sachant ce que sont les dispositions de leur cœur ? Va-t-Il s’arrêter à ce qu’Il sait et connait d’eux ? Ou, regardant à Lui-même, s’adresser malgré tout à eux ? C’est clairement la seconde option que Dieu choisit. Quelle que soit la réalité que Dieu rencontre lorsqu’une âme s’approche de Lui, Dieu ne regarde pas à elle, mais à Lui. Dieu ne perd jamais de vue le dessein qu’Il poursuit. A cause de la grâce dont Il est rempli, Dieu ne peut laisser le dernier mot au péché et à la rébellion. Dieu ne change pas Son message. L’âme qui pèche contre Lui, qui se présente devant Lui en portant dans son cœur les idoles qu’elle chérit, doit se repentir, s’en détourner et revenir à Lui. Mais ce que Dieu souhaite en priorité, c’est toucher par Sa miséricorde le cœur de Son peuple. Il le fait aussi bien par Sa grâce que par le jugement.

Toute l’Ecriture témoigne que la pédagogie suivie par Dieu pour enseigner Son peuple et l’attirer à Lui est celle de l’exemple. Ainsi a-t-Il choisi Abraham parmi tous les hommes et tous les peuples pour poser à travers lui les fondements sur lesquels il veut construire Sa relation avec tous. Abraham est devenu le père de tous ceux qui croient, qu’ils soient circoncis ou non : Romains 4,11-12. Il a choisi, au temps de Moïse, le Pharaon comme exemple de ce qui devait arriver à tous ceux qui, dans toutes les époques, s’entêteront à résister à Dieu : Romains 9,17. Il a choisi également au début de l’ère de l’Eglise chrétienne Paul, afin de monter en lui le premier toute Sa patience et qu’il serve d’exemple à ceux qui croiraient en Christ pour ka vie éternelle : 1 Timothée 1,16. Par sa façon d’agir envers les rebelles, qu’Il leur fasse grâce ou les châtie, Dieu parle par l’exemple à tous :  cf : Luc 13,1 à 5. En toutes choses, la souveraineté de Dieu s’exerce en vue de l’accomplissement de Son dessein !

« Que Dieu ait choisi Abraham plutôt qu’un autre croyant de son temps, comme Melchisédek, c’est là le fruit de Sa libre souveraineté. Seigneur et gouverneur de l’univers, Il distribue comme Il veut les figures de l’échiquier de l’histoire humaine. Il est vrai qu’Il n’impose pas la foi au croyant, ni l’incrédulité à l’incroyant. Il laisse à chacun la liberté et l’auto-détermination. Mais du milieu des méchants, Il choisit tel méchant (par exemple le Pharaon d’Egypte : Romains 9,17) afin de montrer en lui Son pouvoir de jugement, tandis que du milieu des croyants, Il choisit tel croyant afin d’en faire l’agent de quelque tâche spéciale dans l’accomplissement du salut. C’est dans ce sens seulement qu’Abraham fut appelé et devint, pour ainsi dire, une figure officielle, responsable de préparer la médiation du salut.[1] »

 Au-delà des causes secondes qui sont la sphère dans laquelle s’exerce la responsabilité humaine, Dieu est la Cause première de tout ce qui se produit. Ainsi, dit Dieu, si un prophète se laisse séduire par le mensonge, c’est Dieu Lui-même qui l’aura séduit. La proposition ne signifie pas ici que Dieu se plaît volontiers à tromper pour perdre. Elle signifie que, dans Sa souveraineté, Dieu utilise la séduction à laquelle le faux prophète cède pour accomplir Sa volonté. Le faux prophète est entièrement responsable du fait de céder à la séduction. Mais Dieu n’est pas emprunté avec cela. Il sait comment utiliser cela de manière utile et positive en vue de Son dessein. Le jugement qui va atteindre le faux prophète séduit va servir d’exemple et produire un fruit bénéfique à toute la communauté d’Israël. Avertie et reprise dans sa conscience, elle va en tirer leçon pour elle-même afin de ne plus s’égarer loin de Dieu et ne plus pécher par ses transgressions en se rendant impure à Ses yeux. Alors, conclut le Seigneur, ils seront Mon peuple, et Je serai à nouveau leur Dieu !

V 12 à 20 : Noé, Daniel et Job

 Quelle place occupe les justes dans le cœur de Dieu au temps du jugement ? Pour répondre à cette question, Dieu évoque 4 cas de figures différents dans lesquels peut se trouver une nation en proie au jugement de Dieu, et ce qu’il adviendrait dans cette situation de 3 hommes de Dieu connus pour leur justice et leur intégrité : Noé, Daniel et Job. Dans les cas évoqués, la 1ère leçon que l’on apprend de l’enseignement que donne l’Eternel à Ezéchiel est que les signes du jugement de Dieu sur un peuple sont facilement reconnaissables. Les manières d’agir de Dieu dans l’histoire ne sont pas innovantes, mais répétitives. Aussi ce n’est pas faire preuve de forfanterie ou de témérité que d’assimiler tel ou tel malheur se produisant sur une nation à un jugement de Dieu. Car Dieu Lui-même a défini quel type de malheur correspond à cette réalité.

 Les 4 fléaux désignés par Dieu pour réprimer l’infidélité des nations à Son égard sont successivement la famine, les bêtes féroces, l’épée et la peste. Ces 4 fléaux font tous partie de l’histoire des peuples et constituent les 4 grands malheurs qui ont ici ou là, à un moment ou un autre, décimé des nations. S’il est facile d’identifier 3 d’entre eux, il est plus difficile de comprendre à quoi correspond le second qui évoque des bêtes féroces. L’Ecriture nous y aide cependant en peignant à plusieurs reprises les dégâts considérables que provoque pour le malheur de certains peuples les ravages causés par les nuées de criquets dévorant toute la végétation d’un pays sur leur passage : Joël 1,4 ; 2,25. Ce fléau est encore bien présent aujourd’hui dans de nombreux pays d’Afrique. Ni la famine qui survient dans un pays, ni la guerre, ni les dégâts causés par des insectes voraces, ni les pandémies mortelles ne sont l’objet du hasard. Tous correspondent à l’expression du jugement de Dieu. Dieu le dit avec clarté dans l’Ecriture de manière à ce que les peuples le sachent et, lorsque ces fléaux les atteint, n’attribuent pas leur cause à d’autres facteurs.

Au jour du jugement de Dieu, quel avantage les justes ont-ils à l’être ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un juste ? Quelles figures sont à même de les représenter ? Dans la panoplie de tous les justes évoqués par l’Ecriture, Dieu en choisit délibérément trois, vivant à des époques et dans des contextes tout à fait différents. Ce choix ne doit rien au hasard. Il est ciblé par Dieu de manière à couvrir tous les cas de figures, les situations et les temps particuliers dans lesquels peuvent se trouver à la foi les peuples et les croyants qui sont en leur sein :

1er cas : celui de Noé

Quel sorte de juste était Noé ? Né après Abel et Hénoch, Noé apparaît dans la genèse comme la figure la plus importante de l’ancien monde. L’Ecriture lui consacre ainsi pas moins de 5 chapitres : Genèse 6 à 10. Alors qu’Abel est la figure du juste du début de la 1ère humanité, Noé incarne celle qui la clôt. Le temps de Noé est un temps qui ressemble à celui dans lequel vit Ezéchiel, un temps où le jugement est imminent. Alors que la population mondiale s’est multipliée, le péché s’est accru au point que l’Eternel en vient à regretter d’avoir fait l’homme sur terre : Genèse 6,7. Si ce n’était Noé qui, par sa droiture, son intégrité, son souci de marcher avec Dieu, trouva grâce à Ses yeux, le monde d’alors aurait péri totalement, submergé par les eaux du déluge. Noé est reconnu par Dieu comme un homme juste, parce qu’il était le seul en son temps à marcher avec Dieu. Il était le seul dans une génération perverse et corrompue, mûre pour le jugement, à ne pas aller dans le sens du courant majoritaire, mais à ancrer sa vie dans la crainte de Dieu et l’obéissance à Ses voies. Noé représente ce qu’est le juste dans un temps d’iniquité absolue et de rejet global de Dieu. Dans une telle période, le juste est un homme qui se distingue des autres par un état d’esprit, une mentalité, une conduite hors du commun. Le juste est un homme qui connaît Dieu et que Dieu connaît. Parce qu’il trouve la faveur de Dieu au milieu d’un monde qui Le dégoûte, Noé sera celui que Dieu distinguera entre tous pour l’épargner et le sauver avec sa famille au temps où le jugement s’abattra. Il en sera de même pour tous ceux qui, au jour du retour de Jésus-Christ en vue du jugement du monde, auront démontré qu’ils sont faits de la même étoffe que Noé.

2ème cas : celui de Job

Le cas de Job diffère totalement de celui de Noé. Job n’est pas un juste qui se distingue des autres en un temps de corruption généralisé. Il est le juste qui, par la soumission dont il fera preuve envers Dieu dans la souffrance incompréhensible qui le frappe, justifie Dieu : Job 1,20 à 22. Job est le juste souffrant qui refuse d’accuser Dieu d’injustice lorsqu’après le bonheur, le malheur s’abat sans explication plausible sur lui. Pour les amis de Job, gens religieux, la souffrance par laquelle il passait ne pouvait avoir comme explication que le châtiment de Dieu pour le péché. Job refusera, tout au long de la confrontation qu’il aura avec eux, d’adhérer à cette thèse. Certes, Job passera par bien des lamentations et des récriminations envers Dieu. Mais Dieu, qui lisait dans son cœur, déclarera qu’à aucun moment Job n’a parlé de Lui de manière inadéquate : Job 42,7 et 9. Job est, comme Noé, l’image du juste qui, dans un contexte différent, se trouve seul contre tous, y compris ici sa femme qui l’incite à maudire Dieu : Job 2,8. Alors que les meilleurs des hommes se trompent dans leur jugement sur lui, Job, comme Noé, est distingué par Dieu qui finit par le réhabiliter et lui redonner au double les bénédictions qu’il a perdues dans l’épreuve. Dieu nous appelle nous aussi à être de tels hommes dans un temps où les bénédictions dont Il nous a gratifiés dans le passé sont mises à mal. Quand Dieu change Sa façon d’être avec nous, le juste se distingue des autres par le fait qu’il reste attaché à la connaissance qu’il a de la Personne de Dieu qui, elle, ne peut changer : Malachie 3,6.

3ème cas : celui de Daniel

 Le cas de Daniel, le prophète, diffère de celui de Noé et de Job par le cadre dans lequel se situe son histoire. Mais il les rejoint par le fait que lui, comme eux, dut opter pour la fidélité à son Dieu dans un contexte contraire. Toute l’histoire de Daniel se situe hors d’Israël. Déporté à Babylone sous le règne de Jojakim, Daniel et ses trois amis durent rapidement faire face à des choix de vie cruciaux. Invité à faire fi de ses coutumes liées aux préceptes de la Parole de Dieu, Daniel prit la résolution dès son arrivée de ne pas se souiller en consommant les plats impurs qu’on lui servait : Daniel 1,8. Plus tard, devenu l’un des grands du pays à cause de la sagesse que Dieu lui donnait, il préféra transgresser l’interdit du roi d’adorer son Dieu au risque de sa vie plutôt que de renier sa foi : Daniel 6,11 à 14. Daniel est le type même du croyant faisant le choix de l’intégrité envers Dieu dans un contexte où Celui-ci est un étranger, dût-il en payer le prix de sa vie. Le témoignage de Daniel ajoute à ceux de Noé et de Job de nouveaux éléments sur la figure des justes qui, au temps du jugement, seront épargnés par la colère.

A partir des trois noms vers lesquels l’Eternel attire notre regard, nous pouvons dresser les traits communs du portrait des justes selon Dieu :

-          Le juste se distingue des autres par le fait que ce qui conditionne sa marche, son comportement, sa conduite est sa volonté déterminée, farouche de rester fidèle à Dieu, à la connaissance qu’il a de Sa Personne et de Sa volonté, quel que soit le contexte dans lequel il se trouve.

-          Le juste est quelqu’un qui est prêt à marcher un chemin de solitude incompris par son entourage. Ce qui importe le juste n’est pas ce que les autres font ou pensent, mais ce que Dieu dit et ordonne. Le juste est prêt à être seul contre tous, pourvu que dans ce chemin Dieu soit avec Lui.

-          Le juste est celui qui a fait un trait sur son honneur, sa réputation et même sa propre vie. Il a fini de chercher à vouloir plaire aux hommes. Il est un disciple de Jésus et de Paul qui ont mis leur fierté dans la croix par laquelle le monde est crucifié pour eux, comme eux pour le monde : Galates 6,14.

-          Le juste est celui qui a mis envers et contre tout son espérance en Dieu seul. Il ne marche pas avec Dieu à cause des avantages temporels qu’il en tire. Il compte pour lui-même sur la fidélité, quels que soient les vents contraires auxquels il devra faire face. 

V 21 à 23 : les justes consolés

 A l’écoute des propos tenus ici par l’Eternel, les auditeurs d’Ezéchiel pouvaient se demander s’il n’y avait pas là quelque exagération. La corruption parmi le peuple qui était à Jérusalem était-elle si profonde qu’un Noé, un Job ou un Daniel seraient les seuls qui soient épargnés par le jugement ? Ces hommes, s’ils avaient vécu en ce temps et ce lieu, n’auraient-il pu exercer aucune influence bénéfique évitant au peuple la colère ? Les auditeurs d’Ezéchiel auront la réponse au jour où les quelques fugitifs échappés de la ville châtiée viendront jusqu’à eux. Voyant leur conduite, ils n’auront plus de doute quant à la légitimité du châtiment qui a frappé le reste habitant à Jérusalem. Il est difficile, pour nous croyants de la Nouvelle Alliance, de saisir quel poids Jérusalem avait dans le cœur des Israélites pieux de l’Ancienne Alliance. Perdre Jérusalem, c’était perdre le lieu de la présence glorieuse de Dieu au milieu de Son peuple, le temple dans lequel la gloire de Dieu résidait. Perdre Jérusalem, c’était être coupé de Dieu, connaître le plus grand malheur qui soit pour un peuple qui se savait élu, choisi entre tous pour être Son peuple. Perdre Jérusalem, c’était être plongé dans le plus grand malheur qu’on puisse imaginer. Pourtant, dit Ezéchiel, à ceux qui seront affligés par cette nouvelle, vous serez consolés au jour où vous verrez arriver au milieu de vous ceux qui auront échappés aux 4 terribles fléaux qui sont les instruments du jugement de Dieu dans le monde : épée, famine, bêtes féroces et peste. Vous ne ressentirez plus d’indignation à l’égard de votre Dieu, mais vous le justifierez en acquiesçant à Son décret.

 A cause de leur rigueur et de leur sévérité, il arrive que les jugements de Dieu heurtent la sensibilité des hommes droits. Il nous faut dépasser nos premières impressions. Les jugements de Dieu sont toujours justes. Quand, dépassant nos réactions, nous examinons les faits, ce qui nous étonne n’est plus la sévérité du jugement de Dieu, mais la longueur de la patience qui a été la Sienne !

 



[1] Erich Sauer : L’Aube de la rédemption : Edition La voix de l’Evangile


lundi 1 juin 2020

EZECHIEL 13

V 1 à 6 : malheur aux faux prophètes

Appelé par Dieu à être Sa voix dans un temps de jugement, Ezéchiel fait le tour de tout ce qui touche à la vie spirituelle de son peuple pour dénoncer en son sein ce qui provoque la colère de Dieu et prononcer le châtiment spécifique réservé à chacun. Après avoir parlé du sort qui attendait Jérusalem (CH 4 et 5), Ezéchiel a dénoncé les pratiques idolâtres du peuple sur les hauts lieux et ce qui allait s’ensuivre pour lui (CH 6 et 7). Puis, sous la conduite de Dieu, Ezéchiel a visité le temple et dénoncé les abominations idolâtres qui s’y pratiquaient. Il a vu le jugement qui allait atteindre les coupables et la gloire de Dieu quitter le sanctuaire (CH 8 à 11). Dans le chapitre précédent (CH 12), le prophète a illustré par une mise en scène l’exil qui attendait Sédécias et les princes de Jérusalem lorsque le roi de Babylone viendrait pour s’emparer de la ville. Ici, Ezéchiel, sous l’inspiration de Dieu, s’attaque à une autre catégorie de personnes, grandement coupables à ses yeux et ceux de Dieu, de l’aveuglement et de l’égarement de Son peuple à Jérusalem : les faux prophètes.

Qu’est-ce qu’un faux prophète ? Ezéchiel nous le dit en introduction du message qui leur est destiné. Un faux prophète est quelqu’un qui prétend apporter une parole de la part de Dieu alors qu’elle ne provient que de sa propre inspiration. Le faux prophète revêt de l’autorité de Dieu une parole qui n’a sa source que dans ses propres penchants. Outre le fait que la parole du faux prophète ne reflète pas la pensée de Dieu mais la sienne, Ezéchiel nous dit que le faux prophète est reconnaissable à autre chose. Le faux prophète ne poursuit que son intérêt. La situation a beau être catastrophique, ce qui compte pour lui est d’en tirer parti pour lui-même. Tel un renard au milieu de ruines, le faux prophète agit avec ruse. Il flatte et trompe ses victimes de manière à les séduire et les amener à se comporter comme il le souhaite pour son propre profit. Le faux prophète exploite la crédulité de ceux qui l’écoutent en se donnant l’apparence d’un serviteur de Dieu. Il leur fait espérer que sa parole s’accomplira alors qu’elle n’est que le fruit de sa propre imagination. 

Y-a-t-il pire péché que celui-ci ? Y-a-t-il pire audace que de prétendre être le porte-parole de Dieu alors que Celui-ci n’a ni appelé, ni envoyé, ni inspiré l’homme qui ose se réclamer de Lui ? Y-a-t-il pire attitude que celle qui consiste à utiliser le saint Nom de Dieu pour tromper, séduire et exploiter ceux qui, crédules et naïfs, croient sans vérifier et s’interroger sur la nature des paroles qu’ils entendent. Jésus, en Son temps, a pris soin d’avertir Ses disciples contre le danger des faux prophètes. Il a donné une instruction claire quant à ce qui nous permettra de les reconnaître : les fruits que leurs vies portent : Matthieu 7,15 à 20. Aussi, avant de prêter foi à une parole que quelqu’un prétend apporter de la part de Dieu, il est bon de nous interroger : Comment cette personne vit -elle ? Peut-on voir chez elle la réalité des fruits de l’Esprit : humilité, simplicité, sobriété, esprit de service, détachement à l’égard de l’argent, du profit, pureté… Ni la tonalité de la voix, ni l’éloquence, ni même les miracles ne sont une preuve que quelqu’un nous est envoyé de la part de Dieu. La vie, les attitudes profondes de la personne sont les premiers critères d’authenticité du véritable serviteur de Dieu.

 

Parce qu’ils sont avant tout des prédateurs, une des caractéristiques des faux prophètes est qu’ils n’ont pas l’attitude spirituelle attendue pour un homme qui prétend porter le fardeau de Dieu. Le véritable homme de Dieu n’est pas un simple porte-voix. C’est un homme affecté, pénétré tout entier par la vision qu’il a de Dieu et le message qu’il est chargé de transmettre de Sa part. Parce qu’il est à la fois au contact de Dieu et des hommes, le prophète est attendu là où personne, autre que lui, ne peut se tenir : sur la brèche. Qu’est-ce qu’être sur la brèche ? Une brèche est un passage dans un mur censé protéger à l’origine ceux qu’il abrite. A cause de la brèche, le mur, qui devait assurer la sécurité et la défense de ceux qui étaient sous sa garde, perd sa fonction protectrice. L’image du mur et de la brèche nous parle ici de ce qui protège le peuple de Dieu de Sa colère et de ce qui fait tomber cette protection. Le mur est celui de la justice, la brèche, quant à elle, est occasionnée par le péché pratiqué et admis. Le rôle du prophète, sentinelle de Dieu, n’est pas seulement d’avertir le peuple de Dieu des dangers extérieurs auxquels il est exposé. Il est aussi de se tenir sur la brèche pour en quelque sorte faire barrière à la colère de Dieu. Le prophète n’avertit pas seulement. Il dénonce le péché, exhorte à la repentance, prie et intercède pour le peuple comme Moïse l’a fait : Nombres 11,2 ; 21,7. Comme Jésus l’a été du temps de Son humanité, le vrai prophète joue un rôle de médiateur entre Dieu et les hommes. Il est à la fois la voix de Dieu parmi les hommes, mais aussi l’avocat des hommes devant Dieu. C’est cette double identification avec Dieu et les hommes qui est le signe distinctif, la marque d’authenticité du ministère prophétique, une signature qui fait défaut chez les faux prophètes qui ne servent que pour leur profit. 

V 8 à 16 : le jugement des faux prophètes

Qu’est-ce qui attend les faux prophètes ? Et pourquoi ? Parce qu’ils égarent le peuple de Dieu et lui font entendre des paroles mensongères soi-disant de la part de Dieu, les faux prophètes se trouvent dans la pire posture qui soit. Car c’est à Dieu Lui-même qu’ils s’en sont pris, usurpant Son nom pour leur propre profit. Aussi, c’est à Sa vengeance qu’ils devront faire face. La vengeance de Dieu est le moyen par lequel Dieu, dans Sa justice, répare les affronts qui Lui ont été faits. Elle est la réaction légitime par laquelle Il rétablit l’honneur bafoué de Son nom et de Sa Personne. Puisqu’ils ont été des guides fallacieux pour son peuple, Dieu va les exclure de celui-ci de manière à ce que leur nom soit retiré à jamais du registre de la communauté. Non seulement, ils seront déportés, mais jamais plus ils ne reviendront dans le pays d’Israël. La sentence équivaut sur le plan spirituel à une déclaration d’exclusion définitive du royaume de Dieu.

La raison principale de leur condamnation tient à la teneur des messages qu’ils ont délivrés au peuple de Dieu. Alors que celui-ci était au bord du jugement, les faux prophètes ont tout fait pour le rassurer. Ils ont annoncé la paix, alors que la guerre était à la porte. Ils l’ont assuré de la protection de Dieu au lieu de l’appeler à la repentance et l’abandon de leurs péchés. Ils l’ont consolidé dans ses fausses espérances, au lieu de le préparer à la tempête qui allait venir. Le vrai et seul mur qui pouvait protéger le peuple de la colère était le mur de la justice. Au lieu de cela, le peuple a construit un petit muret constitué de briques de mauvaise qualité. Quelques changements en surface se sont produits, mais rien de profond, de décisif, de déterminant quant au passé. Sur le muret construit par le peuple, les faux prophètes ont ajouté le badigeon de leurs paroles doucereuses. Au lieu de mettre en lumière les faiblesses de la construction, ils se sont contentés de les recouvrir de manière à ce qu’en surface tout paraisse bien. La façon d’agir des faux prophètes témoigne de ce qui les habite. Au lieu de servir Dieu et de transmettre son point de vue sur les choses, c’est au peuple qu’ils cherchent à plaire. Ils refusent de lui faire mal, comme le font souvent les vrais prophètes pour son bien. Ils ne mettent pas la plaie à nu, mais la recouvre, s’imaginant qu’il suffit de ne plus la voir pour croire qu’elle n’existe plus.

Malheureusement, rien n’a changé dans l’histoire. Alors que les preuves d’un jugement imminent s’accumulent, on refuse d’aller au fond des choses pour en examiner les raisons. On se remet en question, mais pas plus qu’il ne faut pour ne rien changer de profond. On endort ainsi le peuple dans ses fausses illusions, lui laissant croire que quelques changement superficiels suffiront pour nous éviter le pire. On badigeonne de paroles rassurantes les mesurettes prises, pour que personne ne s’effraie. La tempête qui vient n’a cependant rien à voir avec ce qu’on a déjà vu. Elle sera si forte, les grêlons si énormes, qu’aucun mur construit pas les hommes ne tiendra. Les fausses protections derrière lesquelles chacun se rassure seront renversées. Leurs fondations seront mises à nu, montrant à quel point elles étaient illusoires. Les murets que les hommes se construisent pour se prémunir des dangers de l’avenir sont nombreux. Ils sont d’ordre économique, financier, philosophique, militaire, occulte même… Au jour de la colère, aucun ne tiendra : cf Apocalypse 6,12 à 16. La seule barrière de protection efficace pour nous est celle de la justice que Dieu nous donne en Christ. Que Dieu nous aide à la faire connaître sans oublier d’y inclure la nécessité de la repentance à ceux à qui nous l’annonçons !

V 17 à 23 : les fausses prophétesses

 Si de faux prophètes s’élevaient parmi les hommes au milieu du peuple, les femmes n’étaient pas en reste. Le phénomène est suffisamment important dans la période dans laquelle Ezéchiel vit pour que l’Eternel charge son serviteur d’une parole spécifique à leur intention. Si l’arme essentielle des faux prophètes hommes est la parole, les fausses prophétesses ont à leur portée d’autres atouts plus dangereux encore. Ce sont les armes de la séduction par lesquelles elles gagnent les âmes à leurs discours. Comme il en est pour les hommes, leur objectif n’est pas de travailler pour la vérité, mais pour leur profit. Elles déshonorent Dieu au même titre que leurs confrères pour une poignée d’orge et des morceaux de pain. Ezéchiel ne nous détaille pas le rôle et la fonction des atours dont elle se revêtait pour tromper et séduire ceux qui les écoutaient. Il parle de coussinets et de voiles qu’elles mettaient à leurs poignets et sur leur tête, lingeries toutes féminines qui produisaient un effet destiné à mieux captiver leurs auditeurs. David Wilkerson y voit un rapprochement avec les faux prophètes de notre époque qui déforment l’Evangile, lui ôtant tous les éléments que l’oreille humaine ne veut pas entendre. Sa réflexion vaut la peine ici d’être rapportée :

« Ezéchiel était horrifié à la vue des prophètes qui avaient développé l’art de mettre à l’aise le peuple de Dieu… Tout comme les prophètes de coussinets de l’Ancien Testament, leur désir suprême est de promouvoir le luxe et d’apaiser la conscience des gens face à la recherche d’une belle vie. Ils ne parlent pas au nom de Dieu. Ils ne font que distribuer des coussinets, de façon à ce que chacun de leurs partisans en ait un sous chaque coude. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les foules s’assemblent pour écouter leur message car il ne contient que de belles choses. On n’y trouve pas cet appel de Christ à renoncer à soi-même et à prendre sa croix… Les prophètes qui prédisent le confort, la tranquillité et la prospérité ont créé l’âge de l’Eglise de Laodicée dont il est question au 3ème chapitre de l’Apocalypse, une église tiède qui se vantait de toujours s’enrichir, de connaître un accroissement de biens, de richesses et de tout ce dont le corps avait besoin… Ce qui attriste le plus mon cœur dans tout cela est que ces croyants qui sont pris dans cet enseignement sectaire sont plus difficiles à atteindre avec l’Evangile du sacrifice et de l’abandon de soi que ceux qui n’ont jamais entendu parler de Christ… Ils aveuglent les croyants et les empêchent de prendre conscience de la nécessité qu’il y a à débarrasser leur vie du péché et du bien-être qu’ils ressentent en vivant dans le monde… Je scrute le message des prophètes de coussinets dans l’espoir d’y trouver un point de partage ou un évangile auquel je pourrais m’identifier, mais en vain. En les écoutant proclamer fièrement que la prospérité représente le message de ces derniers jours, j’ai tout simplement envie de me précipiter vers le lieu secret de la prière pour dire à mon Père céleste : « Est-il possible que nous soyons inexorablement aveugles ? Comment des hommes de Dieu peuvent-ils adopter un tel message ? » Dans leur prédication, il n’y a aucune mention de sacrifice, de renoncement à soi, de fardeau ou du sang de Jésus ? Ils ne parlent pas non plus de l’importance qu’il y a à prendre la croix de Christ, et ils ne s’élèvent pas contre le péché et l’iniquité. On n’y retrouve aucun appel à la sainteté, à la repentance, à l’humilité et à la séparation d’avec le monde. On n’y parle pas non plus de brisement, de conviction, d’intercession ou de fardeau pour les âmes perdues.[1] »

 Dieu, qui chérit Son Peuple par-dessus tout, prévient. Il ne laissera pas indéfiniment captives les âmes de ceux qui ont été pris au filet des fausses prophétesses. Elles aussi vont connaître le châtiment de Dieu. Par ce qui arrivera aux faux prophètes, tous reconnaîtront qui est l’Eternel, dont on a à la fois déformé le message et l’identité.



[1] Sonne la trompette et avertis mon peuple : David Wilkerson : Edition Sentinelle