lundi 18 mai 2020

EZECHIEL 3

V 1 à 3 : le livre de Dieu ingéré

Obéissant à l’ordre de Dieu, Ezéchiel ingère le livre qu’il lui tend. Ezéchiel ne pourra s’adresser à la communauté d’Israël qu’après cet acte. Il faut que la parole que Dieu lui donne pénètre en lui, au plus profond de lui, avant de la ressortir sous forme d’oracles et de messages. Le processus par lequel passe Ezéchiel nous instruit sur la nécessaire assimilation personnelle du message que Dieu nous donne pour les autres. Qui ne rumine pas la Parole de Dieu ne peut en extraire la sève et en restituer le contenu, avec la force que veut lui donner l’Esprit.

Alors que le livre qu’Ezéchiel ingère n’est que complaintes, lamentations et gémissements : Ezéchiel 2,9, son goût lui est doux au palais. Le livre a dans la bouche du prophète la saveur sucrée du miel. L’apôtre Jean témoigne qu’il en fut de même pour lui, même si la suite fut moins agréable : Apocalypse 10,9. Le ressenti qu’a Ezéchiel au sujet du livre qu’il mange est encourageant. Avec Jérémie, Ezéchiel est sans nul doute, parmi les grands prophètes, celui qui aura les choses les plus difficiles à faire entendre. Pour autant, les messages de jugement et d’avertissement dont il sera le porteur ne l’écraseront pas. Douloureuses pour ses auditeurs, ses prédictions garderont un effet savoureux pour lui. Comme Jérémie en témoigne plus haut, la méditation de la Parole de Dieu est toujours source de régal pour l’âme de celui qui en est le héraut.  La fusion totale entre le messager et le message sera prégnante tout au long du parcours d’Ezéchiel. Ezéchiel sera un prédicateur courageux et consacré. Mais, plus que cela, sa vie entière servira de parabole et de support aux messages dont il sera le porteur. A partir du moment où il devient l’envoyé de Dieu, Ezéchiel ne s’appartient plus. Il est mort à lui-même. Il ne vit que pour illustrer et dire ce que Dieu lui ordonne de communiquer.

V 4 à 11 : une communauté de rebelles

Ezéchiel aurait pu penser que la mission que Dieu lui donnait d’aller vers la communauté de son peuple était préférable à celle d’aller vers d’autres peuples qui ne parlent pas le même langage que lui. Il n’en est rien. En l’envoyant vers son peuple, Dieu l’envoie vers le peuple le plus dur, le plus indocile, le plus rebelle qui soit. Ce peuple connait Dieu, sa volonté. Il sait qui il est. Mais il n’en veut pas ! Il n’écoutera pas le prophète qui lui parle en son nom, parce qu’il ne veut pas l’écouter, lui. Jésus, en son temps, a établi la même relation lorsqu’il adressa à Ses disciples son ordre de mission : Luc 10,16.

Aussi dur sera le peuple, plus dur sera encore le prophète. Non pas dans les mots, mais dans la capacité de leur faire face, de les confronter à la vérité de ce qu’ils sont. Être prophète de Dieu n’a rien d’une mission sentimentale. Le prophète est une épine dans les pieds du peuple qui marche sur la voie de la rébellion. Il est comme l’âne de Balaam qui se met en travers du chemin de sa folie pour lui barrer la route et l’avertir au nom de son Dieu : Nombres 22,22 à 30. Ezéchiel, dit Dieu, doit refuser de se laisser effrayer par l’opposition à laquelle il devra faire face. Il ne doit en rien céder à sa pression. Au contraire, plus on s’oppose à lui, plus il doit résister, tenir tête, tenir bon dans la mission que Dieu lui a confiée.

Envoyé par Dieu, Ezéchiel part rempli des sentiments que celui-ci éprouve. Une colère, une furie sainte l’anime. Ezéchiel ne porte pas seulement le message de Dieu en lui. Il est habité par lui et tout son être, sa face, ses émotions l’expriment. Sommes-nous habités par la Parole que nous devons transmettre ou la débitons-nous comme le fait un professeur chargé de transmettre un savoir ? Rares sont les professeurs qui, enseignant sur les périodes de guerre traversées par leur pays, ne s’effondrent pendant qu’ils donnent leur cours. On ne demande pas à ceux-ci de vivre la guerre, mais d’en parler comme d’un fait historique. Toute autre est la mission qui est celle du prophète et du prédicateur. Il ne transmet pas seulement un message, mais il est habité par celui-ci. Les meilleurs prédicateurs sont ceux qui vivent le message qu’ils prêchent.

V 16 à 21 : sentinelle

Dieu insiste. Il redéfinit ici la mission principale qui sera celle d’Ezéchiel. Il est chargé d’être une sentinelle pour Israël. Il y reviendra encore une fois dans le livre : Ezéchiel 33. La mission principale de la sentinelle est de veiller, d’être en alerte, de manière à prévenir ceux de qui elle a la responsabilité du danger qui les guette. La sentinelle a la responsabilité des âmes, une responsabilité de vie et de mort. Si la sentinelle fait son travail, ceux qu’elle a alertés sont responsables de ce qui adviendra pour eux. Si elle ne le fait pas, Dieu lui en demandera compte. Elle ne sera pas coupable du péché des autres, mais coupable de ne pas les avoir avertis de manière à ce qu’ils puissent s’en détourner.

V 22 à 26 : parabole vivante

A plusieurs reprises, Paul se définira dans ses lettres comme le prisonnier du Seigneur : Ephésiens 3,1 ; 4,1 ; 2 Timothée 1,8 ; Philémon 1,1.9. L’idée qu’il voulait transmettre à ses lecteurs est qu’il n’était plus libre de ses mouvements. C’est le Seigneur qui supervisait les circonstances de sa vie. Paul était son détenu. Il ne s’appartenait plus, mais était entièrement captif du Christ. Alors qu’il vient de recevoir sa mission, Ezéchiel se trouve dans la même condition que Paul. Non seulement le message dont il est le porteur ne lui appartient pas, mais il n’est pas libre de le délivrer selon son bon plaisir. Les modalités par lesquelles la parole d’Ezéchiel sera audible à ceux à qui elle est destinée sont définies par Dieu.

Être porteur de la parole de Dieu nous oblige à vivre sous la contrainte de Dieu. La langue, selon Jacques, est le membre le plus indiscipliné du corps humain. « C’est un mal qu’on ne peut maîtriser : Jacques 3,8. » La discipline du Seigneur dans la vie d’Ezéchiel ira jusqu’au point de contrôle total de cet organe. Si libre d’habitude, la langue d’Ezéchiel restera collée à son palais, sauf pour les moments où elle s’exprimera au nom de son Dieu. Il en sera de même pour son corps. En tant que prophète, Ezéchiel pourrait, selon ses envies, décider des moments où il va à la rencontre de son peuple. Il ne le pourra pas. Lié par des cordes, il ne sortira de chez lui pour exercer son ministère que lorsque le Seigneur le lui dira. Les contraintes auxquelles sont soumis Ezéchiel ont un double but. Le premier est d’économiser la parole du prophète. Israël a tant entendu de choses que l’Eternel estime que la salive du prophète est trop précieuse pour être gâchée dans des redites qui ne portent aucun fruit. Il impose le silence à Ezéchiel comme Jésus se l’imposera face à ses contradicteurs avant sa mort : Matthieu 26,63. Le second est de donner un poids d’autorité inégalé aux paroles qu’Ezéchiel exprimera. Il faut que le peuple comprenne qu’avec Ezéchiel, un prophète se trouve au milieu d’eux : Ezéchiel 2,5. Trop longtemps, celui-ci a été séduit par de beaux-parleurs volubiles. La parole rare d’Ezéchiel est une parole précieuse, à prendre ou à laisser. C’est une parole de conclusion, qui n’a besoin ni d’explication, ni de justification. 

Même si, physiquement, Jésus n’a pas vécu dans la condition d’Ezéchiel, les limites dans lesquelles il était enserré par l’Esprit y ressemblent. Tous les mouvements de Jésus, toutes ses conversations ne nous sont pas rapportées dans les Evangiles. Ce qui est certain cependant est que le Maître, à cause de sa mission, n’était pas libre un seul instant de se défaire de sa captivité du Père. Il nous arrive quant à nous de faire ou de dire beaucoup de choses sans lien avec notre identité de Fils de Dieu. Prisonnier de Dieu, nos liens ne sont pas aussi serrés que ceux d’Ezéchiel ou de Jésus. Tout au long de la journée, ma langue remue aisément sans qu’un mors ne la bride. Mes pas font que je peux sortir de ma maison pour faire des choses futiles, sans rapport avec ce que je suis en Christ. Il n’en était pas de même des deux hommes auxquels je fais ici référence. A la croix, en particulier, Jésus connaîtra l’abrogation extrême de sa liberté. Incapable d’aucun mouvement, sa parole se fera rare. Sa langue, collée à son palais : Psaume 22,16-17, finira par se taire dans le dernier souffle qui mettra fin à son existence humaine. Jésus termine ici son parcours. Il n’avait plus rien à dire qu’il n’ait déjà dit. La langue du juste est un argent de choix, dit Salomon : Proverbes 10,20. Comme l’or pour l’orpailleur, que les paroles de notre Dieu aient toujours pour nous ce caractère précieux ! 

dimanche 17 mai 2020

EZECHIEL 2

V 1 à 9 : appel et mission d’Ezéchiel

V 1 et 2 : debout par l’Esprit

Nous avons quitté, à la fin du chapitre 1, Ezéchiel face contre terre suite à la fulgurance de la révélation reçue. La réaction d’Ezéchiel n’est pas unique. Elle rejoint celle de Daniel face au messager divin qui lui parle : Daniel 8,17 ; 10,9, ou de Jean face à Jésus glorifié : Apocalypse 1,17. Il est impossible à l’homme naturel de supporter la vision de la gloire qui vient du royaume de Dieu. Il lui faut bénéficier d’une grâce particulière pour cela. C’est ce que va vivre Ezéchiel. Alors qu’il mord la poussière, l’Esprit de Dieu, avec toute la douceur qui le caractérise, relève le prophète. Ezéchiel peut alors se tenir sur ses pieds pour recevoir de son Dieu l’ordre de mission qui lui est destiné.

S’il nous faut pour un instant être jeté face à terre contre Dieu, il n’est pas dans le plaisir de Dieu de nous laisser dans cette position. Pour un temps, il nous est bon d’être humilié : Lamentations 3,25 à 28. Le brisement, l’humiliation, le sentiment de notre néant, la conscience de notre état de péché sont des préliminaires nécessaires à un service utile à Dieu. Nous ne nous tenons pas debout pour parler en son nom par notre propre force, mais par celle de son Esprit. Et seul celui qui sait qu’il n’a rien à faire valoir bénéficie de ses ressources.

V 3 à 5 : la cible

Ezéchiel debout sur ses deux pieds, l’Eternel lui précise la cible de la mission qu’il lui confie. Dieu l’envoie en premier auprès de son peuple, les Israélites. Israël est le peuple élu de Dieu. A cause de sa vocation particulière, c’est vers lui que s’oriente en premier la parole de Dieu. Après que les Juifs aient rejeté le Christ, leur Sauveur, l’apôtre Paul ne dérogera pas de cette priorité. L’Evangile, dit-il, est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif d’abord, puis du non-Juif : Romains 1,16. Avant Paul, l’Eternel ouvre à Ezéchiel les portes d’un ministère dont la portée est universelle. Il ira vers les Israélites, mais aussi vers des nations rebelles qui se sont élevées contre lui. Les subdivisions du livre d’Ezéchiel suivront l’ordre de priorité établi ici par Dieu pour lui.

Ezéchiel n’est pas encore entré dans son ministère public. Mais l’Eternel le prévient : sa tâche ne sera pas aisée. Le peuple vers lequel il l’envoie, son peuple, est un peuple rétif. Sa tête est dure et son cœur endurci. Cet état ne date pas d’hier. Il est la caractéristique récurrente des générations qui ont précédé celle à laquelle Ezéchiel va s’adresser. « Hommes réfractaires, incirconcis de cœur et d’oreilles ! Vous vous opposez toujours au Saint-Esprit, vous êtes bien comme vos ancêtres », leur dira des siècles plus tard Etienne, le martyr : Actes 7,51. Oui, c’est vers des rebelles (mot qui revient ici 7 fois) qu’Ezéchiel est envoyé. Il ne doit donc pas s’attendre à être accueilli à bras ouverts.

Dans le chapitre 33 de son livre, l’Eternel va préciser à nouveau quel est le rôle qu’Ezéchiel va devoir jouer auprès des Israélites. Il est une sentinelle appelée à les avertir. Sa responsabilité est de leur parler au nom de son Dieu. La leur est de l’écouter. Ezéchiel ne doit pas conditionner la fidélité à sa mission à leur réaction. Que les Israélites l’écoutent ou non, ils doivent savoir qu’un prophète mandaté par Dieu se tient au milieu d’eux. Sa présence servira de témoignage contre eux. Au jour où la tempête dévastatrice de la colère de Dieu s’abattra sur eux, aucun ne pourra dire qu’il n’était pas prévenu.

V 6 à 8 : quant à toi…

Tous les prophètes appelés par Dieu peuvent en témoigner : le ministère est un service à risque. A plusieurs reprises, Jérémie ne manquera pas de s’en plaindre au Seigneur : Jérémie 15,10 à 21 ; 20,14 à 18. Le danger auquel Ezéchiel est exposé, en tant que prophète, est double. Le premier est de céder à la pression qui va être exercée sur lui pour qu’il se taise. Ezéchiel doit savoir qu’il ne peut se fier à personne dans son entourage. La corruption des cœurs est telle qu’il n’y a autour de lui ni droiture, ni fidélité. Juda est devenu un champ de ronces et d’épines, habité par des scorpions. La fourberie et la traîtrise sont partout. Ezéchiel doit refuser de se laisser impressionner par les autres. La crainte de Dieu doit prévaloir dans son cœur par rapport à la crainte des hommes. Le second danger qui guette le prophète, non des moindres, est la tentation de la conformité au milieu dans lequel il se trouve. Le cœur d’Ezéchiel n’est pas infaillible. Pour être fidèle à Dieu, il devra veiller avec une attention particulière sur lui-même. Qu’Ezéchiel se souvienne de Moïse et David ! L’appel de Dieu ne garantit pas par lui-même l’immunité contre la faute. « L’esprit est bien disposé, dira Jésus à ses disciples, mais la chair est faible ? Restez vigilants et priez : Matthieu 26,41. »

V 8 et 9 : ouvre ta bouche et mange

En tant que prophète, Ezéchiel n’est pas que le porte-voix de Dieu. Il doit, non seulement recevoir de lui la parole à transmettre, mais aussi l’assimiler. Dieu lui donne ainsi l’ordre d’ouvrir la bouche et de manger le livre qu’il lui tend. L’apôtre Jean, dont le livre est proche de celui d’Ezéchiel, recevra de la part de Dieu le même ordre : Apocalypse 10,9. Le ministère de prophète n’est en aucun cas un ministère froid et mécanique. C’est un ministère vivant pour lequel messager et message ne font qu’un. « J’ai recueilli tes paroles et je les ai dévorées, dira Jérémie : Jérémie 15,16. » Bien qu’elle vise un public précis, le premier que la Parole de Dieu touche et émeut est son messager. La parole est tissée dans les fibres de l’être de celui qui la délivre, ceci à tel point que Jean dira de Jésus qu’il est la Parole : Jean 1,1. Debout Ezéchiel ! Va par la force de l’Esprit ! Sois fidèle à ton Dieu et au message qu’il te charge de proclamer. Lui et toi, désormais, vous n’êtes qu’un !


samedi 16 mai 2020

EZECHIEL 1

V 1 à 3 : appel d’Ezéchiel

C’est la 30ème année de sa vie qu’Ezéchiel reçut de la part de Dieu les premières visions qui furent à l’origine de son ministère de prophète. Ce renseignement que nous donne Ezéchiel n’est pas anodin. 30 ans était l’âge auquel les prêtres entraient dans le sacerdoce : Nombres 4,3. Ezéchiel lorsqu’il reçut ses visions divines ne se trouvait pas à Jérusalem, là où était le temple, mais avec les exilés emportés à Babylone. Il n’avait pas la possibilité d’exercer son ministère de prêtre comme l’avait fait son père avant lui. Pour autant, cet homme de Dieu ne serait pas sans service. Le prêtre ne faisait pas fonction de sacrificateur seulement. Il devait aussi enseigner la Parole de Dieu. Ezéchiel serait donc prophète.

Même si le livre n’insiste pas sur ce point, le fait qu’Ezéchiel soit le fils du prêtre Buzi n’est pas anodin. Dieu se plaît à préparer ses serviteurs en leur donnant de naître dans la bonne lignée, celle qui leur donne le cadre de leur futur ministère. Rien n’est le fruit du hasard dans l’anamnèse de notre vie. Dieu sait de quelle influence nous avons besoin pour devenir les hommes qu’il veut que nous soyons. Aucune circonstance n’est fortuite. Tout contribue à la réalisation du dessein de Dieu, aussi bien pour notre propre construction que pour notre utilité au sein du peuple de Dieu.

V 4 à 28 : vision de la gloire de Dieu

Le ministère d’Ezéchiel débute par une vision de réalités qui échappent à la vue humaine : les réalités célestes. Cette révélation faite à Ezéchiel signe le caractère authentique du ministère dont il a la charge. Le prophète de Dieu ne s’institue pas dans sa charge lui-même. Il est un homme choisi par Dieu, à qui il lui a plu de se révéler. Le prophète de Dieu ne parle pas de sa propre autorité. Le message dont il est le porteur n’est pas le fruit de la spéculation ou de son imagination débordante. Il parle de choses qu’il a vues ou entendues de Dieu, de réalités qui ne sont pas du ressort de l’intelligence, mais de l’Esprit de Dieu : cf 1 Corinthiens 2,9. Pour être le héraut de Dieu, il n’est pas demandé au prophète de comprendre dans le détail le sens des révélations qu’il reçoit. Il n’est pas un professeur de la parole de Dieu, mais son média.

La vision qui inaugure le ministère d’Ezéchiel se découpe en 4 parties :

1ère partie : v 4 à 14 : la vision glorieuse 4 êtres vivants

La vision se centre sur la manifestation de 4 êtres vivants. Dans la description qu’en fait Ezéchiel, les 4 créatures, quoique séparées, possèdent les mêmes caractéristiques. Elles sont dotées de 4 visages et de 4 ailes. L’aspect de leurs figures ne relève pas du hasard. Elles sont, chacune d’elles, une représentation des composantes majeures de la création animée. Le lion représente l’ordre des animaux sauvages, le taureau, l’ordre domestique, et l’aigle la gente ailée. La figure d’homme évoque l’humanité. Une étroite solidarité les lie l’une à l’autre par le fait que, dans leur déplacement commun, leurs ailes ne cessent de se toucher. Les créatures agissent donc de concert et se déplacent ensemble dans la même direction. Leur apparition impressionne Ezéchiel par son aspect éblouissant. Il les décrit comme des braises ardentes, incandescentes. Plus tard, le prophète les identifiera comme des chérubins : Ezéchiel 10,15 et 20, des créatures porteuses de la gloire de Dieu : Psaumes 18,10 ; 80,1 ; 99,1. La même vision se retrouve dans l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible : Apocalypse 4,6 à 8.

La marche des chérubins dans leur déplacement n’est pas le fait de leur propre volonté. Ceux-ci, dit Ezéchiel, ne font que suivre la direction que leur indique l’Esprit. Les chérubins ne sont pas les décideurs de leurs actions, mais les exécutants des volontés de Dieu, par l’Esprit. Ils rappellent par leur soumission à toute la création de quelle manière fonctionne l’ordre normal des choses.

2ème partie : v 15 à 21 : la vision des roues

Alors que les êtres vivants sont dans la sphère céleste, les roues sont sur la terre, en connexion parfaite avec eux. Les roues font exactement ce que les êtres vivants font. Elles exécutent leur volonté sur terre. Si les êtres vivants, conduits par l’Esprit, vont dans une direction, les roues les suivent. S’ils décident de s’élever dans les airs, les roues font de même. C’est dans les roues, précise Ezéchiel, que se trouvait l’esprit des êtres vivants. Bien que mécaniques, les roues ne sont pas inertes. Elles sont chacune dotées de multiples yeux qui leur permettent de voir. Symbole de la création inanimée, les roues pleines d’yeux témoignent du fait que les actions de Dieu par la nature ne sont pas aveugles. Témoins des exactions des hommes, les forces de la nature sont les instruments de sa volonté et de son jugement. La Parole de Dieu l’affirme partout. La neige et la pluie ne tombent que parce que Dieu l’ordonne : Job 37,6. Les eaux du déluge n’ont recouvert la terre qu’au moment décidé par Dieu : Genèse 7,4. La sécheresse ne frappe les pays que sur son ordre : Aggée 1,11. Les essaims de criquets qui ravagent tout sur leur passage sont les armées de l’Eternel : Joël 2,25.

3ème partie : v 22 à 25 : la voûte céleste

Au-dessus de la tête des êtres vivants, Ezéchiel aperçoit une voûte céleste dont l’éclat est semblable à celui du cristal. D’une pureté et d’une transparence indescriptible, la voûte que contemple le prophète l’impressionne. Jamais il n’a vu un spectacle d’un tel éclat. La voûte céleste reflète le monde de Dieu, un monde dont la caractéristique la plus marquante est la sainteté absolue. Dans le monde de Dieu, tout est à nu et à découvert. Il n’y a de place pour aucune ombre, aucun nuage, aucune ténèbres. Le monde de Dieu est le royaume de la vérité, de la justice, de la transparence parfaites. La vision d’Ezéchiel rejoint celle donnée à Moïse, Aaron, Nadab, Abihu et les 70 anciens d’Israël au jour où ils se tenaient ensemble devant Dieu sur le mont Sinaï. « Sous les pieds de Dieu, ils virent comme une œuvre en saphir transparent, comme le ciel lui-même dans toute sa pureté : Exode 24,10. » C’est vers ce ciel que se tournent nos regards et notre attente.

4ème partie : v 26 à 28 : le trône

La voûte que voit Ezéchiel n’est pas l’élément le plus élevé de sa vision. Au-dessus d’elle se trouve un trône occupé par quelqu’un qui a un aspect humain. Le fait que la voûte se trouve sous le trône n’est pas anecdotique. Il souligne une vérité que ne cesse de rappeler l’Ecriture. Dieu n’est pas l’égal de ses créatures, fût-ce-t-elles dotées d’une gloire étincelante. Dieu est le Tout Autre qui se distingue par des caractéristiques uniques. Les chérubins peuvent être proches de lui. Ils ne sauraient supporter sa vue et son éclat : Esaïe 6,2.

Le Très-Haut habite une demeure éternelle et dans la sainteté. Il est et restera toujours au-dessus de tout et de tous. Pourtant, Ezéchiel souligne le fait que ce Dieu majestueux ne nous est pas étranger. Il possède dans sa personne quelque chose qui nous est bien familier : une allure humaine. Jésus-Christ n’est pas encore paru dans ce monde au moment où Ezéchiel écrit. Mais c’est lui que le prophète voit. En lui, par lui, le Dieu inaccessible nous est devenu proche. Le Dieu élevé s’est abaissé. Celui qui n’existait que sous la forme de Dieu a pris forme humaine… et l’a conservé. Jean, le visionnaire, l’a lui aussi contemplé sur le trône : Apocalypse 5,6. Il est celui qui partage avec son Père la gloire éternelle. Il est à la fois le Rédempteur des croyants et le Juge de tous les peuples. Rien de ce que va décrire et annoncer Ezéchiel dans son livre ne lui est étranger. Le Dieu qui a partagé notre humanité est le Dieu qui règne aujourd’hui et pour toujours au-dessus de tous les cieux !

La vision que reçut Ezéchiel avait de quoi l’impressionner, voire l’effrayer. Elle est porteuse cependant d’un message d’espérance. Le dernier élément que remarque Ezéchiel dans sa vision ne se rapporte ni aux roues, ni aux chérubins, ni au feu. Il s’agit de l’arc-en-ciel, le premier témoin de la grâce de Dieu pour un monde qui ne mérite que son jugement : Genèse 9,8 à 17. L’ordre des éléments apparus dans la vision d’Ezéchiel corrobore le récit biblique. Sa note de fin n’est pas marquée par la tristesse, l’échec, mais par la joie que procure la réconciliation accomplie par le Christ entre Dieu, le Créateur, et les hommes faits à son image. Tout rentre dans l’ordre et finit bien. Lorsque tout aura été soumis au Fils, alors le Fils lui-même se soumettra à celui qui lui a soumis toute chose, afin que Dieu soit tout en tous : 1 Corinthiens 15,28. Ce n’est pas le jugement, mais la grâce, qui est le cœur du message biblique.

V 28 : réaction d’Ezéchiel

La vision que reçoit Ezéchiel est si impressionnante qu’il ne peut rester debout. Il tombe à terre et se prosterne, confondu par la sainteté qui s’en dégage et sa propre insignifiance. Comme pour lui, le besoin de chaque serviteur de Dieu est d’être habité par cette double réalité. Être serviteur de Dieu ne se décrète pas. C’est le fruit d’un appel direct et personnel de Dieu. Ce ne sont ni les études, ni les talents naturels qui font le serviteur de Dieu, même si celles-ci lui sont utiles. Le préalable à tout ministère est une connaissance intime, personnelle de Dieu… et de sa propre petitesse devant lui. La vision de Dieu précède le message. Elle détermine la conscience que nous avons de la réalité céleste et équipe le serviteur de Dieu pour la mission périlleuse qui va être la sienne ici-bas. Le début d’Ezéchiel dans son ministère n’est pas unique. Il est commun à la plupart des prophètes, une composante nécessaire de l’appel de Dieu aux grands hommes qui ont marqué l’histoire de la révélation ou de l’Eglise. Que Dieu nous donne la grâce de le connaître pour le servir !